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L'ancien château du Palais à Mailly (71)
Les Digoine du Palais

Le château du Palais à Mailly (carte de Cassini)

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Source : François Ginet-Donati, Le château du Palais, Bulletin de la Société d'Études du Brionnais, avril-mai 1928.

À un kilomètre environ du bourg de Mailly, au bas de la vallée, s'élève un groupe d'habitations ; c'est l'ancien château du Palais où logent aujourd'hui quelques familles de vignerons. Le bâtiment principal est flanqué de deux ailes, dans celle de droite subsistent quelques vestiges du château primitif : une tour cylindrique à demi démolie renfermait un escalier à vis ; elle a conservé une de ses baies à l'arête extérieure abattue en chanfrein. Une petite pièce rectangulaire est contiguë à cette tour ; ses murs de plus d'un mètre d’épaisseur supportent une voûte massive au cintre surbaissé. Ces restes de l’ancien château peuvent remonter au XIVe siècle. L'historien de la Bourgogne, Courtépée, signale que ce château qui possédait une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste fut brûlé au temps des guerres de religion. Le principal corps de logis comporte au rez-de-chaussée, une galerie prenant jour par une suite d'arcades, dont les cintres portent sur de forts piliers carrés ; l'étage est percé de grandes fenêtres dont l’entablement est supporté par un cordon mouluré qui se profile sur toute la longueur de la façade. Le toit à la Mansard repose sur une corniche de pierre. Une partie de ce bâtiment du côté du nord a été reconstruite et un toit plat a remplacé l'ancienne charpente à bris. Les chambres hautes sont restées dans leur état primitif. Cette construction date de la fin du XVIIe siècle.

Dans le mur de façade d'un petit bâtiment élevé à proximité est encastrée une pierre portant un petit médaillon circulaire très mutilé, nous croyons retrouver sous ces mutilations un ange vu de face, les ailes ouvertes ; sur les côtés de ce motif se lit la date 1722.

Deux autres médaillons très détériorés de même dimension et de même forme se voient également sur la façade d'un bâtiment élevé dans le prolongement des constructions primitives. Le premier représente une tête de femme vue de face à la chevelure enserrée dans un chaperon, cette coiffure que les femmes ont porté jusqu'au temps de la Renaissance. Le second représente une tête de guerrier barbu également vue de face. Ces trois bas-reliefs faisaient partie d'une frise d’une hauteur d'environ 0 m, 40, qui devait provenir de la partie démolie et reconstruite du côté nord dans le principal bâtiment.

Cette demeure seigneuriale, qui n'a d'un palais que le nom, fut possédée dès le XIVe siècle par Jean de Digoine. La maison de Digoine, d'ancienne chevalerie, a eu pour berceau la terre de Digoine (canton de Palinges), qui était première baronnie du Charollais. Ses armes figurent à la salle des Croisades du Palais de Versailles, elles sont « échiquetées de sable et d'argent de six points et de sept tires », elles ont pour tenants deux anges et pour devise « Virtutis, fortuna, comes ».

La branche aînée est tombée en quenouille avec Marie de Digoine qui épousa, en 1390, Robert de Damas.

La branche des seigneurs de Thianges finit avec Chrétien de Digoine : il avait pris parti pour Marie de Bourgogne. En 1481, Louis XI lui fit trancher la tête.

La branche des seigneurs du Palais a pour auteur Jean de Digoine, damoiseau fils de Robert sire de Digoine, grand chambellan de Bourgogne et de Anne de Blanchefort de Créquy, lequel épousa Guyette de Pouilly, en 1359. Bernard de Pouilly avait acquis la terre du Palais en 1288, de Pierre du Palais. D'après une transaction du 7 mai 1339 entre Jeanne de Chateauvillain dame de Semur et Etienne de Pouilly, seigneur du Palais, la justice du clocher est déclarée appartenir au seigneur de Semur et le reste à celui du Palais.

L’historien Saint Julien de Balleure, dans ses « Antiquités de Mascon » dit à propos des seigneurs du Palais « Le Palais est tenu et possédé par ceux du nom et des armes de Digoine, Claude de Digoine dernier décédé sieur du Palais de celle qualité de gentilhommes bien nés et bien créés, aiment mieux paraître par leurs bienfaits, que par leur beaucoup dire et piaffes (*), fut choisi par le très illustre et très magnanime prince et défenseur de la foi catholique, François de Lorraine duc de Guise, pour être maréchal des logis en sa compagnie de cent hommes d'armes. Qui est l’état auquel il est plus requis employer personnage de bonne conscience et inoffensible intégrité. »

(*) En patois brionnais on dit piaffou pour piaffeur qui veut dire bavard et vantard.

Parmi les descendants de Claude de Digoine, l'un deux ne sut conserver cette réputation de gentilhomme de bonne conscience et inoffensible intégrité que le vieux chroniqueur du XVIe siècle leur avait faite. En 1633, Marc-Antoine de Digoine avait enlevé et enfermé dans son chastel du Palais Marguerite Bonnefoy, l'honnête dame d'un notable tabellion, Léonard Bellot, de Marcigny. Cette affaire de séquestration eut son dénouement devant la justice du baillage de Mâcon.

Les juges prononcèrent que le sire du Palais par forces, violence et grandes menaces et sans raison avait retenu et fait garder au chastel du Palais par l’espace de douze jours la dame Bellot. En réparation de ce cas et aultres mentionnés en la plainte des mariés Bellot, il avait été condamné à leur payer trois cents livres tournois de dommages et intérêts et à aumoner deux cents livres aux pauvres prisonniers de cette ville de Mâcon.

Le 24 juillet 1699, toute la noblesse du Brionnais en grand costume d'apparat était réunie au château du Palais, c'était le jour de la célébration du baptême de Claude-Marthe de Digoine, fils de Messire Paul-Salomon de Digoine, chevalier-seigneur du Palais, Mailly, Charency, St-Bonnet-de-Cray, Aiguilly, et de dame Bénigne d’Albon : son parrain a été Messire Claude de Sainte-Colombe, comte et seigneur de Laubespin, St-Just, Croizy, Sarry et St-Didier ; sa marraine, dame Marthe d’Albon, marquise de Breissieux, comtesse de Suze, dame de Serre, Luppé, St-Julien, Moulin et en présence de haute et puissante dame Eléonore Damas Thianges, comtesse du Bourg et de dame Hilaire d'Albon, de Messire Gaspard de Vichy, seigneur et marquis de Champrond, de Messire Marc de Tenay, comte de St Christophe, de Messire Louis-François de Suze, marquis de Breissieux et de Messire Camille de Digoine du Palais, capitaine commandant les vaisseaux du roi (1).

Camille de Digoine du Palais était chef de l’Escadre royale, il se signala par de nombreux faits, de guerre ; le 12 septembre 1692, avec trois vaisseaux et trois brûlots il mit en déroute neuf vaisseaux hollandais. Il était commandeur de Beugney de l’ordre de Malte (2).

(1) Archives municipales de Mailly.
(2) La commanderie du Beugney était située sur le territoire de la commune de Chassenard (Allier).

En 1777, lorsque Courtépée fit son voyage en Brionnais, il s'arrête au Palais et relate dans ses notes de voyage : « De Mailly, je descendis au Palais, château ancien à Monsieur le Marquis de Digoine, dernier rejeton d’une branche cadette de l’illustre maison de Bourgogne, ce seigneur peu riche, jeune, spirituel qui a des connaissances et qui m'était venu voir à Dijon, me reçut très honnêtement et m'engagea à prendre un lit, comme il n'était que quatre heures. Je montais à Mailly. Je revins au Palais dont le seigneur me fit voir ses titres ; J'y glanais plusieurs particularités sur les seigneurs voisins. J’y vis que le fief de la Palu avait appartenu au XVe siècle à une branche de la Palu Bouligneux, que de là Mailly fut surnommé Mailly-la-Palu. Je découvris que trois châteaux de la paroisse d'Iguerande, qu'on ne connaît plus aujourd'hui subsistaient au XIVe siècle, tels que ceux de la Motte-Camp, de Montformier, de la Forêt. Celui du Palais fut brûlé par les reitres qui s’emparèrent de Semur en 1576. Je vis aussi que Pierre de Luzy bâtard d’Oyé ayant épousé Antoinette du Palais avait été seigneur du lieu en 1418 et pannetier de Philippe le Bon en 1419.

Le Palais est appelé en 1396 Châteaufort et relevait de Marcigny en 1280 et maintenant du roi comme baron de Semur. Le marquis du Palais Alphonse-Honoré de Digoine était né en 1750. Il fut élu député de la noblesse aux États Généraux en 1759. Il émigra en 1793 et rentra en France en 1802. Il publia en 1814 une Réfutation des mémoires du général Dummouriez et en 1815, Quelques réflexions sur la situation de la France et de la Charte. Il mourut à Versailles, le 18 février 1832. Dans un ouvrage paru ces dernières années : Les députés de Saône-et-Loire aux assemblées de la Révolution, l'auteur Monsieur P. Montarlot écrit au sujet de la rentrée en France du marquis de Digoine : ce fut le retour de l’émigré dans toute sa navrante tristesse, son château du Palais avait été incendié, ses titres avaient allumé des feux de joie, M. Montarlot commet une double erreur.

Nous avons dit précédemment que le château du Palais était encore debout et si Courtépée recommençait son voyage en Brionnais, il retrouverait au Palais parmi les chambres hautes celle que lui offrît le jeune marquis de Digoine.

Quant aux titres qui avaient servi à allumer des feux de joie, les archives municipales de Marcigny nous renseignent d’une toute autre façon : nous y relevons que 25 fructidor de l’an VI l'administration municipale du canton de Marcigny avait envoyé au chef-lieu du département différents papiers du ci-devant district de Marcigny. Cet envoi comprenait quatre caisses numérotées, ficellées et étiquetées, la troisième contenait : les papiers trouvés dans la maison de l’émigré Leprêtre Vauban, avec l'inventaire d’iceux, de ceux trouvés dans la maison de l'émigré Noblet, dit d'Anglure ; de ceux trouvés dans la maison de l'émigrée veuve Vallory ; de ceux trouvés dans la maison de l'émigré Honoré Digoine...

Au mois de vendémiaire de l'an X, le marquis Honoré de Digoine rayé de la liste des émigrés rentre en France et se présente à la mairie de Marcigny où il expose que pendant son absence les livres de sa bibliothèque ont été enlevés et déposés dans la bibliothèque de Marcigny ; il demande à en faire le triage dans ceux qui restent et les faire emporter chez lui. Le maire considère qu'effectivement une partie appartiennent au réclamant, qu’à la suppression du district il n'a été conservé aucun inventaire, que ces catalogues et inventaires ont été envoyés au département avec les autres papiers du district, le renvoie aux autorités supérieures.

La Convention avait décrété que tous les livres saisis chez les émigrés, les instruments utiles aux sciences et aux arts seraient conservés pour servir à l'Instruction de tous les citoyens. Les administrateurs du district de Marcigny avaient scrupuleusement observé ce décret.

Honoré de Digoine reprit donc possession de ses titres comme le firent les émigrés du Brionnais qui rentrèrent en France après la Révolution.

Aujourd'hui l'ancienne demeure seigneuriale est abandonnée, les derniers vignerons qui l’habitaient ont eux aussi émigré vers les grandes villes. Il y a à peine un demi-siècle, la cour du Palais offrait une vive animation ; les dimanches d'été les villageois s’y assemblaient, les hommes jouaient aux quilles et les femmes contemplaient les beaux effets de leur adresse et de leur force musculaire. Les garçons et les filles dansaient au son de la musette, l’on buvait du vin clair qui rendait joyeux et l'on chantait les vieilles chansons du crû inspirées par le bon vin, les robustes filles du Brionnais et l'amour du sol.

Maintenant le vieux manoir silencieux aux murs lézardés n’a de charme et d'attrait que pour ceux qui savent revivre les époques disparues.

F. GINET DONATI

Blason de la famille de Digoine

À droite, blason de la famille de Digoine : Échiqueté d'argent et de sable de sept tires, chacune de six points.
(Armorial d'Hozier, volume XVII, Généralité de Lyon)

Compléments :

• Voyages de Claude Courtépée dans la province de Bourgogne en 1776 et 1777 (Mailly orthographié Mailli).

• Mailly dans l'Histoire du Brionnais de l'abbé Claude Courtépée (1779).

• Vente aux enchères des biens du domaine du Palais le 29 frimaire an II - 19 décembre 1793 (AD71, Q382).

• Quelques réflexions sur la situation de la France et de la Charte, par le Marquis Alphonse de Digoine du Palais (1750-1832), Maréchal des Camps et Armées du Roi, ancien Député de la Noblesse de Bourgogne pour le Bailliage d'Autun aux États Généraux de 1789 (1815, BnF/Gallica).

• Cadastre ancien de Mailly en 1825, section A dite des Chavannes, feuille 2 (AD71).

• Famille de Digoine - Inventaire des documents des collections Verchère de Reffye, Grégaine, Potignon de Montmegin et abbé Cucherat (2e partie, familles lettres C à M).

• Mailly par le Frère Maxime Dubois, Monographie des communes du Brionnais (1904).

• Armoiries de Guillaume de Digoine dans la salle des Croisades du Palais de Versailles.

• Inventaire départemental des années 1960 aux années 1980 par Raymond et Anne-Marie Oursel, Ferme à Mailly (ancien château).

• Biographie de Ferdinand, Alphonse, Honoré de Digoine du Palais de Mailly (1750-1832) sur le site de l'Assemblée nationale.

• Le château du Palais par Jean-Guy Langlois, Mémoire Brionnaise, n°23 (juin 2010).

Remerciements : Archives familiales et recherches de Max Nicolet.

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Photos familiales du "château" du Palais dans les années 1925-1930 - Cliquez pour agrandir
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