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Monographie des communes de l'arrondissement de Roanne
par le Frère Maxime Dubois (1901)

Roanne : L’Hôtel de Ville

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Source : Monographie des communes de l'arrondissement de Roanne (Imprimerie A. Bardiot à Saint-Étienne, 1901). Exemplaire de la Bibliothèque municipale de Lyon (collection jésuite des Fontaines), ouvrage numérisé par Google Livres en 2014.

Roanne La Bénisson-Dieu Briennon Saint-Maurice-sur-Loire Ouches Lentigny
Mably Pouilly-les-Nonains Saint-Léger Villemontais Riorges Villerest
La Pacaudière Tourzy Crozet Changy Urbise Montaiguet-en-Forez
Sail-les-Bains Saint-Bonnet-des-Cars Saint-Forgeux-l’Espinasse Saint-Martin-d’Estréaux Vivans Néronde
Balbigny Bussières Sainte-Agathe-en-Donzy Sainte-Colombe Saint-Cyr-de-Valorges Saint-Jodard
Piney Saint-Marcel-de-Félines Violay Perreux Combre Le Coteau
Commelle-Vernay Coutouvre Montagny Notre-Dame de Boisset Parigny Saint-Vincent de Boisset
Saint-Germain-Laval Amions Bully Dancé Grézolles Luré
Pommiers Saint-Georges-de-Baroilles Saint-Julien-d’Oddes Saint-Martin-la-Sauveté Noilieu Saint-Paul-de-Vézelin
Saint-Polgue Saint-Thurin Souternon Saint-Haon-le-Châtel Ambierle Arcon
Noailly Saint-Alban Les Noës Renaison Saint-André-d'Apchon Saint-Germain-L’Espinasse
Saint-Haon-le-Vieux Saint-Romain-la-Motte Saint-Rirand Saint-Just-en-Chevalet Champoly Cherrier
Cremeaux Juré Saint-Marcel-d'Urfé Saint-Priest-la-Prugne Saint-Romain-d’Urfé Saint-Symphorien-de-Lay
Chirassimont Cordelle Croizet Saint-Cyr-de-Favières Saint-Just-la-Pendue Fourneaux
Lay Machezal Neaux Neulise Pradines Régny
Saint-Priest-la-Roche Vendranges Saint-Victor-sur-Rhins Belmont Charlieu Boyer
Chandon Mars Jarnosse Maizilly Nandax Pouilly-sous-Charlieu
Saint-Denis-de-Cabanne Saint-Hilaire Saint-Nizier-sous-Charlieu Saint-Pierre-la-Noaille Villers Vougy


AVANT-PROPOS

L’actualité est aux monographies locales. Rien de plus instructif et de plus intéressant que ces études qui nous montrent la commune sous un jour nouveau.

On ne peut se défendre d'éprouver pour les ancêtres un sentiment de reconnaissance et d'admiration en considérant cette terre qu'ils ont arrosée de leurs sueurs, les travaux immenses qu'ils ont entrepris, les luttes opiniâtres qu'ils ont soutenues pour nous procurer le bien-être et la liberté dont nous jouissons.

Ces petites esquisses locales éclairent et complètent la grande histoire nationale. Comme l’a dit excellemment Victor Hugo : « L'Histoire de nos villages, c'est l'Histoire de la France en petits morceaux. »

Il est bon de faire connaissance avec sa petite patrie, c'est le meilleur moyen d'apprendre à aimer encore plus la Grande Patrie.

Heureux serais-je si chaque lecteur, fermant le volume, répétait les vers de notre illustre poète forézien, Victor de Laprade :

J’appris à chérir la France
À Notre-Dame d'Espérance,
En aimant notre vieux clocher.
C'est le clocher de mon baptême,
L'enfant qui n'aime pas le sien
Sera très mauvais citoyen
Et n'aimera rien que lui-même.

En terminant, qu’il me soit permis d’adresser l’expression de ma vive reconnaissance à MM. Félix Thiollier, Étienne Gautier, Chassain de la Plasse, Joseph Déchelette et Paul Roustan, qui, non contents de m’aider de leurs sages conseils, m’ont donné toute latitude de puiser dans leurs savantes publications.

F. M.

ROANNE (Rodumna)

Altitude : 284 mètres. — Population : 34.568 habitants. — À 80 kil. de Saint-Étienne, 485 de Paris. — Poste, télégraphe, téléphone. — Gare P.-L.-M. — Station du Chemin de fer départemental.

Roanne : L’Hôtel de Ville

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Cette ville tire son nom d’un mot celtique qui veut dire gué. C’était, avant la conquête romaine, un des principaux passages de la Loire.

À ce gué, venait aboutir le grand chemin de Sayette, qui passait par Feurs. Roanne était alors la capitale d’un des cinq Pagi qui composaient le territoire des Ségusiaves. Elle devint importante sous la domination romaine. Huit voies partaient de Roanne : 1° voie de Roanne à Feurs, par Commelle, le bois de Sayette, Neulise ; 2° voie de Roanne, quartier de la Livatte, à Autun et Nevers, par Briennon, Digoin, rive gauche de la Loire ; 3° seconde voie latérale à la Loire, par Aiguilly, Vougy ; là elle bifurquait avec embranchement sur Châlon par Charlieu, et second embranchement sur Autun, par Marcigny ; 4° voie de Roanne à Voroux et Clermont, par Saint-Germain-l’Espinasse et Saint-Martin-d’Estréaux ; 5° voie de Roanne à Vichy, par Riorges, Saint-Haon et la Croix-du-Sud ; 6° voie de Roanne à Moingt, le Vichy Ségusiave, par Saint-Maurice, Bussy et Chandieu ; 7° voie de Roanne à Lyon, par l’Hôpital, la Chapelle et Tarare ; 8° voie de Roanne à Lyon par Régny, Amplepuis et Tarare.

Des fouilles ont mis à découvert de nombreuses sculptures gallo-romaines, principalement dans les rues Saint-Jean, du Lycée, Bourgneuf et au Château. Les corps des défunts étaient, à l'époque païenne, c’est-à-dire avant le VIe siècle, tantôt brûlés, tantôt mis en cercueil. Ce qui le prouve, ce sont les nombreuses urnes funéraires, remplies de cendres et d’os calcinés, trouvées dans les quartiers ci-dessus nommés. D’autre part, en 1873, un sarcophage fut découvert dans la rue du Lycée ; il contenait un squelette entier et plusieurs vases ayant tenu des provisions, vin et nourriture. C’était l’usage des païens, qui croyaient aux jouissances terrestres dans l’autre vie. D’autres sarcophages ont été trouvés depuis ; ils appartiennent à l’époque mérovingienne.

Au Moyen Age, à la suite d’évènements inconnus, Roanne ne fut plus qu’un modeste bourg dont les maisons s’abritaient sous l’enceinte d’un château féodal. Ce bourg de Rohena occupait le quartier de Fontenille.

Le pagus Rodonensis, dont Roanne était la capitale, se réduit de plus en plus au profit des sires de Beaujeu, des barons de Semur, des comtes de Forez. Au XVe siècle, il ne comprend plus, sous le nom de baronnie de Roanez, que la moitié des seigneuries de Roanne et de Saint-Haon-le-Châtel, avec les paroisses de Saint-Romain-la-Motte et de Boisy.

Au XVIe siècle, cette baronnie devient un marquisat, puis duché pairie au profit des familles Gouffier de la Feuillade et d’Harcourt.

La suppression de nombreux péages sur la Loire, en 1438, favorise le commerce de Roanne. Un siècle plus tard, l’entrepôt fluvial de la ville est devenu considérable. Le XVIIe siècle voit l’installation d'un collège, d'un Hôtel-Dieu et de plusieurs communautés religieuses. Le premier pont sur la Loire date de 1630. Une ordonnance de 1675 lui donne droit à l’échevinage. À la Révolution, Roanne comptait près de 8.000 habitants ; aujourd’hui, la population dépasse 30.000. Le couvent des Pères Capucins était situé à l’angle oriental du nouvel Hôtel-de-Ville. Ils s’installèrent à Roanne en l’année 1570.

Celui des Minimes fut établi en 1634, sur l’emplacement de l’église actuelle de Notre-Dame-des-Victoires.

Tout auprès de l’église des Minimes, se trouve un florissant pensionnat de jeunes filles dirigé par les Dames Saint-Charles. La paroisse de Saint-Étienne possède un établissement scolaire, très renommé, tenu par les mêmes religieuses.

Le monastère des religieuses Ursulines fut bâti à la fin du XVIIe siècle. Il sert actuellement de presbytère et de Palais de Justice.

Le collège, aujourd’hui Lycée, fut fondé le 2 mars 1614, par Pierre Cotton, prédicateur du roi Henri IV et Provincial des Pères Jésuites, et par Jacques Cotton, seigneur de Chenevoux, son frère, qui donna son manoir de Roanne avec ses dépendances pour l’installation d’un collège dirigé par les Pères Jésuites. La façade et le portail de la chapelle sont de cette époque.

La ville de Roanne est aussi dotée d'un lycée de jeunes filles (1).

L’Hôtel-Dieu, bâti en 1638, succéda à une maladrerie très ancienne, existant aux abords de la place du Bruchet.

Le château fut, au Moyen Age, une maison très forte, il n’en subsiste qu’un donjon carré, aux angles arrondis, avec guette surmontant un comble plat à tuiles creuses (2).

ÉGLISE SAINT-ÉTIENNE

D’après La Mure, historien des comtes de Forez, cette église aurait été la chapelle, au Xe siècle, d’un prieuré bénédictin, sous le patronage de Saint-Étienne ; elle fut rebâtie en 1319 toujours dans l’enceinte du château, par Alice de Saint-Haon ; elle avait remplacé l'ancienne paroisse de Saint-Julien. L’église du XIVe siècle n’était pas solide. Sa réédification fut décidée. Elle fut commencée en 1461, puis interrompue, reprise en 1518 ; elle fut achevée en 1553, grâce aux libéralités du seigneur de Boisy, Claude Gouffier. Cette construction du XVIe siècle fut presque complètement rasée en 1835 pour cause d’agrandissement ; elle a été rebâtie par M. Chenavard, architecte lyonnais. Le bâtiment actuel, en forme de croix latine, mesure 49 m, 15 de long sur 14 mètres de largeur. C’était la dimension des deux travées du XVIe siècle qu’on avait voulu conserver et qui sont les plus voisines de la Croisée. Une tour carrée, trop volumineuse pour la façade exiguë qu’elle surmonte, se termine en terrasse sur l’étage du beffroi. Une seule verrière du XVIe siècle a été conservée, c’est celle qui représente le martyre de saint Sébastien.

Les deux croisillons se terminent par des absides semblables à l’abside majeure, dispositions dont on trouve des exemples sur les bords du Rhin, mais qui sont très rares en Forez (3).

ÉGLISE DE NOTRE-DAME DES MINIMES

Elle a été édifiée sur l'emplacement de la chapelle des Minimes qui, depuis 1801, servait de succursale. Cette église, en style du XIIIe siècle, a été bâtie de 1860 à 1869, d’après les plans et la direction de M. T. Desjardins, architecte diocésain. Le clocher et sa flèche datent de 1886. La longueur totale est de 51 m 50 ; la largeur du vaisseau est de 18 m 40 ; la hauteur sous clef de voûte, 18 m 55, et celle du clocher, 54 mètres.

Profil élégant et déambulatoire d’un grand effet monumental (4).

HÔTEL DE VILLE (5)

Vaste construction à deux étages, coiffée d’un comble avec lucarnes et haut campanile central. — C’est l’œuvre de M. Corroyer, architecte parisien. L’aspect est monumental, mais la façade principale est alourdie par un rang de baies formées d’archivoltes cintrées dont la hauteur est insuffisante pour leur largeur. L’emploi de la pierre calcaire blanche et les tons bleuâtres de la pierre de Volvic font un effet très original (6).

ÉGLISE SAINTE-ANNE

Edifice en style du XIIIe siècle, d’après les plans de M. Michaud. — Belle verrière de M. Maréchal de Metz. Figures remarquables d’une Vierge au Rosaire et de saint Dominique, dessinées par R. Balze, élève chéri de M. Ingres (7).

ÉGLISE SAINT-LOUIS

Edifice bâti en roman bourguignon, sur les plans et la direction de M. Michaud. L’emploi de moellons appareillés de porphyre rouge et de pierres noires de Volvic donne une coloration intense au style robuste du XIIe siècle choisi par l'architecte. Longueur totale, 51 mètres ; largeur des trois nefs, 18 m 50 ; hauteur de la grande nef, 17 m60 ; hauteur des tours et des flèches terminées, 46 mètres. La façade, de belles et harmonieuses proportions, est très savamment étudiée. Les deux hautes tours une fois terminées compléteront son aspect monumental (8).

LE PONT DE ROANNE (9)

Roanne : Le Pont du Coteau

Pl. II Roanne : Le Pont du Coteau.

La Loire, après avoir reçu le Renaison, se divisait autrefois en deux branches : la principale passait entre l’Ile et le quai des Charpentiers, la petite branche était entre l'Ile et le Coteau.

Avant 1630, aucun pont n’existait à Roanne. Le premier pont fut établi par Louis Gouffier, duc de Roannais ; une crue l’emporta en 1680. Un siècle plus tard, on jeta un nouveau pont en bois, ou plutôt on fit deux ponts pour relier Roanne au Coteau. Il avait trente travées et 250 mètres de long. Le bureau d’octroi est situé actuellement sur l’Ile. — En 1786, le pont qui reliait l’Ile au Coteau ayant eu besoin de réparations, l’ingénieur, M. de Varaigne, au lieu de le réparer, le supprima et fit faire une levée en terre qui ferma le second lit du fleuve. De nombreuses réclamations s’élevèrent. Elles n’étaient que trop fondées. Dans la nuit du 11 novembre 1790, la Loire, rejetée sur Roanne, inonda les quartiers bas, fit périr plusieurs centaines de personnes et causa pour plus de 4 millions de dégâts ; ce serait 10 millions de nos jours. M. de Varaigne, ingénieur principal, fut chargé de réparer le pont emporté. Malgré toutes les protestations des habitants, il construisit un pont de sept arches et changea la levée de place en forçant la Loire, par des barrages élevés à grands frais, à passer entre l’Ile et le Coteau. On commença les travaux en 1792 ; chaque hiver les arrêtait. Six mille prisonniers de guerre, Autrichiens, Prussiens, Piémontais, y furent employés en 1796, mais les travaux allaient lentement. En 1810, Napoléon fit allouer d’importants crédits ; en 1815, lorsque l’empereur passa à Roanne pour se rendre à l'île d’Elbe, les clefs de voûte n'étaient pas encore mises.

Repris en 1830, les travaux étaient enfin terminés quatre ans plus tard. On termina les parapets dans le courant de cette même année. La pierre fut fournie par les carrières de Saint-Maurice-lès-Châteauneuf et la chaux fut prise à Régny. Au mois de mai, un solide chariot, traîné par dix paires de bœufs, amenait une immense pierre ; elle fut placée presque au milieu du pont, où elle forme parapet sur le côté en amont. Sa longueur, d’un seul bloc, est de 7 m 50, elle mesure 0 m 41 de hauteur et 0 m 50 de largeur. Sa mise en place fut la dernière opération. Le pont de Roanne était achevé. Les travaux avaient duré quarante-deux ans et avaient coûté 3.500.000 francs. — L’ancien lit de la Loire est devenu le Bassin du Canal, et la Compagnie du Canal de Roanne à Digoin s’est trouvée fort heureuse de pouvoir y établir sa tête de ligne. Les quais de l’Ile sont redevenus un immense entrepôt de marchandises de toute nature que le Nord et le Midi s’adressent mutuellement (10).

INDUSTRIE ET COMMERCE DE LA VILLE DE ROANNE

Favorisés par de nombreuses voies de communication : chemins de fer, canal et fleuve, l’industrie et le commerce de Roanne se sont développés d’une manière prodigieuse au XIXe siècle.

Les principales industries sont :

1° La teinture et le tissage du coton ; 2° la teinture et le tissage de la soie ; 3° le tricotage de la laine pour les costumes de femme ; 4° la broderie sur mousseline ; 5° la broderie en soie sur mérinos, drap, etc. ; 6° la tannerie ; 7° la minoterie ; 8° la céramique ; 9° la papeterie ; 10° la navigation.

Teinture et tissage du coton. — Cette industrie, qui date de 1833, comprend deux branches distinctes : celle des cotonnades teintes et celle des mousselines. Les cotonnades portent dans le commerce le nom de toiles de Vichy ; elles sont très recherchées. La substitution des moteurs mécaniques aux métiers à la main lui a fait prendre, ces dernières années, un développement considérable. On compte plus de 2.000 métiers mécaniques dans sept grands établissements.

L'industrie de la cotonnade produit pour près de 20 millions de tissus. — Le tissage des mousselines occupe environ 25.000 ouvriers des deux sexes dans les cantons de Néronde, de Saint-Symphorien-de-Lay, de Perreux et de Belmont.

Teinture et tissage de la soie. — Roanne possède une importante teinturerie pour la soie. Elle est située près du Bassin. Quant au tissage, Charlieu est le centre de cette industrie, occupant près de 8.000 ouvriers, sous la direction de contremaîtres représentants de maisons lyonnaises.

Tricotage de laines blanchies et teintes pour costumes de femmes et d'enfants. — Cette industrie, toute d'élégance et de bon goût, a été créée à Roanne il y a peu d'années et occupe actuellement 3.000 ouvrières, surtout dans la campagne.

Broderie sur mousseline. — Autrefois, la broderie sur mousseline s'exécutait à la main ; actuellement, 3.000 ouvrières, disséminées dans les environs de Roanne et surtout à Saint-Symphorien-de-Lay et à Néronde, sont occupées à ce genre de travail ; mais d’importantes usines, mues par la vapeur, vont remplacer, par des machines à broder, l'ancien métier à la main.

Broderie en soie sur mérinos, drap, etc. — Cette broderie a pris naissance à Roanne il y a un siècle. Depuis, toutes les fabriques de Paris sont tributaires de cette branche industrielle roannaise. Créé spécialement pour occuper les loisirs des femmes et filles des ouvriers mariniers, c’est encore à ces mêmes familles que ce travail délicat est confié.

Tannerie. — Quatre grands ateliers établis à Roanne occupent près d’un millier d’ouvriers pour la préparation des peaux. Charlieu et Saint-Germain-Laval possèdent quelques tanneries.

Minoterie. — La proximité de deux grands centres de consommation : Lyon et Saint-Étienne, et les nombreux moyens de transports ont facilité l’établissement de cinq usines importantes qui produisent une grande quantité de farine.

Céramique. — Cinq grands établissements, l’un à Roanne deux dans ses faubourgs, le quatrième à Balbigny et le cinquième à Briennon, expédient chaque année des millions de tuiles, de briques, de carreaux, des vases artistiques et même des statues en terre cuite pour la décoration des jardins.

Papeterie. — La famille de Montgolfier a établi, aux portes de Roanne, à Villerest, une belle et vaste papeterie.

Navigation. — C’est la plus ancienne industrie de la ville ; c’est elle qui a donné naissance à la cité roannaise. Depuis l’établissement des chemins de fer, elle a considérablement perdu. La grande économie qu'elle présente sur le prix des transports permet d’espérer qu’elle reprendra son ancienne importance en favorisant de nouveaux établissements industriels dont le bas prix de transport est la cause principale de succès, tels que les fours à chaux, à plâtre, à briques, etc. (11).

LA BÉNISSON-DIEU

Altitude : 280 mètres. — Population : 562 habitants. — À 15 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Pouilly-sous-Charlieu ; à 6 kilom. — Fête patronale : saint Bernard.

La Bénisson-Dieu : L’Église de l’Abbaye La Bénisson-Dieu : Entrée de l’Église de l’Abbaye

Pl. III La Bénisson-Dieu : L’Église de l’Abbaye. Pl. IV. Entrée de l’Église de l’Abbaye.

Benedictio Dei, la Beneicum, la Beniçon aux XIIe et XIIIe siècles, puis la Benisson au XVIe siècle et enfin La Bénisson-Dieu.

On ne doit pas écrire Bénisson-Dieu avec une s, car ce n’est pas la forme latine Benedicamus, mais celle de Bénédiction qui a déterminé le vieux mot français Beneicum, lequel signifie bénédiction.

Ce territoire dépendait du Lyonnais avant 1789, et relevait de la paroisse de Briennon ; il a été érigé en commune indépendante en 1847.

Le village est bâti sur les bords de la Tessonne, petite rivière qui se jette dans la Loire. La grandiose église, seul débris du monastère cistercien fondé par saint Bernard en 1138, se dresse au milieu des maisons du bourg (12).

ABBAYE DE LA BÉNISSON-DIEU

Au XIIe siècle, la misère du peuple était grande. L'Église prêchait aux grands et aux peuples la charité, le travail, la paix ; son action n’était pas nulle.

Guillaume, comte d’Auvergne et duc d’Aquitaine, déclare, en fondant l’abbaye de Cluny, que lui et les siens entendent se conformer à ces deux préceptes de l’Evangile : « Les richesses de l’homme sont la rédemption de son âme. — Faites-vous des amis parmi les pauvres ». L’Auvergne, le Forez, le Lyonnais, la Bourgogne voient s’élever de nombreuses abbayes, refuges plus sûrs que le voisinage des forteresses féodales.

Cluny : Vue de l'Abbaye

Pl. VIII. Cluny : Vue de l'Abbaye.

L'institut monastique groupe les forces vitales d'une société, il met en pratique les trois mots fameux : liberté, égalité, fraternité. Il offre aux maladies de l’âme, la prière ; aux besoins de l'intelligence, l'étude ; aux souffrances matérielles, l'aumône ; à l’ouvrier, le travail ; au voyageur, l'hospitalité. La vie commune détruit les privilèges de rang et de fortune. L'administration conventuelle contient en germe l’organisation de la vie communale.

L’Église met un terme aux sanglantes luttes féodales. Un moine de Cluny propose la Trêve de Dieu et un moine de Saint-Rigaud, près de Charlieu, le célèbre Pierre l’Ermite, provoque la première croisade.

La première Renaissance française s’accomplit sous la conduite de saint Hugues, de saint Bernard, de Pierre le Vénérable.

Les abbayes de Charlieu et d’Ambierle furent d’importants ateliers artistiques. — Le sol était couvert de forêts et de terres incultes, les moines cisterciens, conduits par saint Bernard, allaient créer des centres agricoles au milieu des bois et des marécages. Cluny s’était donné la mission d’opérer la transformation intellectuelle et artistique de l’Europe occidentale ; Citeaux allait réaliser sa transformation économique par la réhabilitation de l’agriculture et du travail manuel.

ORIGINE DE CITEAUX

« L'an de l’Incarnation du Seigneur 1098, dit le petit Exode de Citeaux, Robert, de bienheureuse mémoire, premier abbé de Molesme au diocèse de Langres, se rendit avec quelques-uns de ses religieux auprès du vénérable Hugues, alors légat du Saint-Siège et archevêque de Lyon. Ces moines venaient promettre de se conformer en tout, désormais, aux saintes observances de la règle de leur père, saint Benoît. »

Ils vinrent à Molesme forts de l'appui que le prélat leur avait promis. Vingt et un religieux de cette abbaye résolurent de fonder un nouveau monastère où cette règle serait strictement observée. Ils se dirigèrent vers un affreux désert connu sous le nom de Citeaux et situé dans le diocèse de Châlon, et y firent de modestes constructions en bois. Eudes, duc de Bourgogne, les prit sous sa protection et, bientôt après, Citeaux fut érigé canoniquement en abbaye.

L'ordre de Citeaux se divisa en trois observances :

1° Commune observance ;
2° Moyenne observance ou observance de Sénanque ;
3° Observance des Cisterciens réformés ou Trappistes.

Les abbayes de Valbenoîte et de la Bénisson-Dieu dépendaient de l'observance de Sénanque, ainsi que les abbayes de Lérins, de Haute-Combe en Savoie, et de Bonneveau en Dauphiné.

La Mure fixe au 29 septembre 1138 la date de la fondation de l’abbaye de la Bénisson-Dieu. En la fête de saint Michel, douze moines envoyés de Clairvaux, sous la conduite d’Albéric, s’installèrent dans les prairies et les bois de La Chassagne et de Flaché, territoires concédés par deux seigneurs voisins : Girin de Bonnefont et Ponce de Pierrefitte.

Quarante ans après, l’abbaye n’est encore qu’une pauvre petite maison.

Comme toutes les filles de Citeaux, La Bénisson-Dieu, aux deux premiers siècles de son existence, fut à la fois un asile de prière et un vaste établissement agricole.

La grange cistercienne, au XIIe et au XIIIe siècle, est une ferme, centre d’opérations agricoles et industrielles, habitée temporairement au temps de la récolte par des religieux profès et, d’une façon continue, par des frères convers, non revêtus des fonctions sacerdotales et travaillant sous la direction d’un religieux ayant le titre de maître et frère hospitalier. Car, dans toutes les granges, l’hospitalité la plus large attend le voyageur à toute heure. À cet effet, une lampe brûle pendant la nuit dans une petite niche pratiquée au-dessus ou à côté de la porte.

Le cellier offre la même organisation intérieure que la grange. Le premier cellier bâti par La Bénisson-Dieu fut celui de Villerest au lieu de Limand (aujourd’hui des Moines). En outre de douze granges considérables, l’abbaye possédait en 1313, les cinq celliers de Villerest, Poent, Montbrison, Quincey et Semur, avec leurs dépendances.

Dès 1179, l’abbaye occupait les riches granges de La Chassagne, de Flaché, celles de Lina, de Mably, de Rioux, près Nervieux, la villa de La Regardière et d’immenses pâturages sur les montagnes de Sauvain et de Pierre-sur-Haute, sans parler des granges situées au-delà de Saint-Bonnet-le-Château.

Les biens possédés par les abbayes cisterciennes servirent à défricher les campagnes où les moines furent appelés, à y élever des constructions, des chapelles pour les paysans qu’ils employaient et surtout à exercer une large hospitalité et à répandre d’abondantes aumônes parmi le pauvre peuple si éprouvé au Moyen Age.

Tout d’abord, les premiers moines de La Bénisson-Dieu durent se contenter d’un modeste oratoire en bois, puis les aumônes affluèrent, les novices se multiplièrent si bien qu’avant la fin du XIIe siècle, les cinq cents religieux profès, novices, oblats ou frères convers furent obligés de reconstruire un plus vaste monastère, et les libéralités des comtes de Forez leur permirent d’élever la belle église cistercienne que nous admirons aujourd’hui. (Voir pl. III.)

C’est à ce moment que Guy II, comte de Forez, résigne le gouvernement du comté entre les mains de son fils et vient se retirer à La Bénisson-Dieu en qualité de Frère-Donné et y meurt en 1210.

Dominés par les exigences d’économie, de simplicité des formes et de suppression de toute décoration superflue, les moines constructeurs avaient adopté pour leurs absides la forme carrée, avec quatre chapelles également carrées ; les six cents abbatiales édifiées par Citeaux au XIIe siècle présentèrent invariablement, à peu d’exceptions près, cette ordonnance simple et régulière.

Les statuts cisterciens prohibaient toute espèce de peinture ou de sculpture, à moins qu’il ne s’agit de croix. Point de croix dorée, point d’ornement en soie, point de cierge. Les chandelles seules étaient permises, ainsi que cinq lampes.

Un seul clocher en bois, de hauteur modérée, et deux cloches seulement ne devant pas excéder le poids de 500 livres : telles étaient les décisions des chapitres généraux.

Telle dut être construite l’église abbatiale de La Bénisson-Dieu. Cette construction a été l’objet de réparations et d’adjonctions considérables au XVe et au XVIIe siècle. La façade seule est restée intacte, sauf le surélèvement du pignon. Le portail est surmonté d’une rose donnant dans la nef et d’un oculus ouvert sur les combles. (Voir pl. IV.)

Ce portail n’a que deux voussures ébrasées portées sur quatre colonnettes ; l’ensemble est remarquable par l’élégance et la finesse de l’ornementation. Pas de figures, comme le défendait la règle. L’archivolte supérieure est ornée de besans, elle recouvre une première voussure en forme de câble tordu qui encadre le tympan à trois lobes rayonnants. Le linteau monolithe est refouillé d’une croix potencée d'une grande pureté de dessin.

La rose est une élégante roue romane. D’un moyeu central, évidé d’un quatrefeuilles, partent seize rayons formés de petites colonnes à bases et chapiteaux reliés par des demi-cercles qui s’entrecroisent. Le tout inscrit dans un cercle saillant composé de moulures concentriques parmi lesquelles des tores unis ou chargés d'oves alternant avec un chevronnage de deux rubans contreplissés.

L’intérieur de l’église se compose de trois nefs ayant sept travées jusqu’au transept. Les cinq premières étaient réservées aux frères et aux étrangers, et les deux dernières pour les frères profès. Le chœur, comprenant l’abside et le transept, était élevé de trois marches au-dessus du sol et séparé du reste de l’église par deux murs pleins formant collatéraux et par un septum ou clôture posée sur l’emmarchement. Les collatéraux sont voûtés à la romaine. Mais pour les voûtes de la nef, on imagina de bander des arcs diagonaux à claveaux réguliers s’entrecroisant comme les arêtes romaines et contre lesquels on appuya la maçonnerie faite après coup de voûtains triangulaires de remplissage. On annulait ainsi la poussée des murs. — Ces voûtes sont la principale curiosité architectonique du monument.

Durant trois cents ans, l’église ne subit pas d’autre modification que l’enveloppe des murailles garnies de trous et d’échauguettes pour se défendre contre les incursions des Anglais.

En 1460, Pierre de la Fin, bachelier de l’Université de Paris, riche et de noble maison, était élu abbé du monastère ; peu de temps après, il était appelé à l’éminente dignité d’abbé de Pontigny, au diocèse d’Auxerre ; il garda l’abbaye roannaise en commende. Esprit fastueux, ardent et artistique, il releva de ses ruines Pontigny, édifia le château et la collégiale de Montaiguet et modifia complètement l’église de La Bénisson-Dieu.

La haute direction des abbayes cisterciennes appartenait aux cinq abbés des grands monastères de La Ferté, Citeaux, Pontigny, Clairvaux et Morimond, sous la réserve des chapitres généraux annuels. Ce contrôle disparut en fait en 1470, et Pierre de la Fin eut toute liberté pour satisfaire ses goûts artistiques.

La première œuvre ordonnée par le nouvel abbé de La Bénisson-Dieu fut l’installation sur la grande nef du comble immense dont la charpente est un modèle d’élégance et de solidité. La toiture fut garnie de tuiles émaillées à tons bien tranchés.

Pierre de la Fin édifia le clocher actuel sur l’angle méridional de la façade. C’est une puissante tour carrée de 4 m 40 de côté à l’intérieur et d’une hauteur de 51 mètres jusqu’au faîte d’une pyramide qui s’élance d’une terrasse à parapet et pinacles fleuronnés. Deux des angles sont flanqués de contre-forts de 2 m 60 de saillie, le troisième s’appuie à l’église et le quatrième est contourné d’une svelte tourelle d’escalier de 2 mètres en œuvre, s’élançant à une hauteur de 37 m 50.

L’installation de cette bizarre bâtisse eut pour motif de faire communiquer le logis abbatial et les bâtiments de service avec la prison et les salles d’archives et de bibliothèque, logées dans la tour neuve. Malheureusement, cette communication rendit nécessaire un corridor à deux étages qui masquèrent la façade. Cet appendice fut détruit au XVIIIe siècle.

Le relâchement de la règle au début du XIVe siècle, l’institution de la commende, les occupations intellectuelles tendant à remplacer le travail manuel, le difficile recrutement des moines convers, le nombre plus restreint des religieux furent autant de causes de ruine de cette florissante abbaye. Mais le coup le plus funeste lui fut surtout porté par les guerres de religion et celles de la Ligue.

Les huguenots, sous la conduite de Tavannes, et les Ligueurs sous celle du sieur de Frétey, lui causèrent les plus grands dommages (13). La visite archipresbytérale de Pierre Pomeyrs, curé de Saint-Germain-Laval, à l’abbaye de La Bénisson-Dieu, le 27 août 1596, nous apprend que les troupes de la Ligue y séjournèrent depuis le commencement du Carême, en 1594, jusqu’aux premiers jours d’automne 1595. Ces soldats vécurent sur les biens du prieuré et emportèrent tous les objets transportables. Ils laissèrent le monastère dans un tel état de délabrement que, lorsque les religieux vinrent s’y réinstaller, il leur fut impossible d’y mener la vie religieuse.

La suite de ces évènements amena la permutation des religieux et des religieuses Bernardines. Mme Françoise Nérestang, abbesse de Mégemont, vint habiter avec ses religieuses La Bénisson-Dieu, et son frère, Claude de Nérestang, devint prieur de Mégemont.

Née dans la paroisse de Firminy en Forez, novice à Bonlieu, puis abbesse de Mégemont, Mme de Nérestang put, grâce à son frère Jean-Claude, successeur du marquis Philibert de Nérestang, tué à l'attaque des Ponts-de-Cé, travailler à la restauration de sa nouvelle résidence. Les travaux furent terminés en 1640.

Pour des raisons inconnues, l’abside, ses chapelles annexes et le transept furent abandonnés, démolis en partie et séparés par de minces cloisons du reste de l’église. Les deux travées qui dépendaient de l’ancienne clôture des moines furent rendues au public et surélevées de 1 m 50 au moyen d’un faux plancher. De leurs bas-côtés on fit deux sacristies. La partie exhaussée de la grande nef devint le nouveau sanctuaire et, à la mince cloison la séparant de l’ancienne abside abandonnée, fut adossé l’autel principal surmonté d’un immense et riche rétable en bois sculpté.

On installa un chœur cloîtré pour les religieuses sur une estrade portée par quatre poutres qu’on fixa dans les piliers de la croisée des nefs. Pour se rendre à couvert de l’abbatial à ce nouveau chœur, on construisit tout le long du collatéral sud un corridor du plus mauvais effet.

Il fallait une tribune pour les religieuses malades ou pour les sœurs converses. Mme de Nérestang fit surélever les toitures des deux collatéraux jusqu’au tiers de la hauteur des fenêtres hautes qui furent ainsi obstruées d’une façon déplorable.

Toutefois, à côté de cette malheureuse mutilation, il est juste de signaler la luxueuse chapelle que la dévote abbesse fit édifier dans la seconde travée du collatéral sud.

Cette chapelle, dédiée à la Sainte Vierge, est revêtue de marbre et de peintures murales ; elle est séparée de la grande nef par une remarquable grille en menuiserie. Elle fut réservée pour servir de caveau funéraire à la famille de l’abbesse.

L’église, confisquée et mise en vente en 1790, fut adjugée à M. Charles Gambon, de Roanne. En 1817, il consentit à la vendre à cinq habitants de la localité, moyennant le prix de 3.600 livres et sous la condition d’en faire un édifice consacré à l’exercice public du culte. En 1826, une ordonnance royale érigeait La Bénisson-Dieu en paroisse indépendante de Briennon.

L’église possède un siège d'honneur à cinq places hiérarchiquement étagées ; ce devait être le trône abbatial de la salle capitulaire. Les belles stalles fixes édifiées par Pierre de la Fin ont été détruites par Mme F. de Nérestang.

Parmi les ouvrages d’art, il faut citer diverses broderies, entre autres une chasuble brodée sur satin blanc, exécutée au passé en soies de couleurs avec forts reliefs ; c’est un éblouissant fouillis de rinceaux, d’oiseaux et de fleurs au naturel.

La croix est dessinée par un large galon d’or fin ; tout au bas, sont brodées les armes des Nérestang. Plusieurs devants d’autel sont remarquables, celui surtout exécuté au plumetis en soie de couleur sur un mince tissu de laine blanche. Ce beau panneau de broderie nuée est armorié aux écussons de l'abbesse et du marquis de Nérestang son frère.

La plus grande partie de l’argenterie de l’église fut envoyée à la monnaie. Mais on sauva du naufrage révolutionnaire quatre pièces d’ancienne orfèvrerie. La première est une pyxide pour l’Eucharistie ; elle porte le nom d’Antoine de Senneterre, évêque de Clermont au XVIe siècle ; la deuxième est un reliquaire enrichi de cabochons, de perles, de turquoises et contenant le doigt de sainte Marguerite ; la troisième est une pièce remarquable sur laquelle on lit : « Françoise de Nérestang. — Bénisson-Dieu. » Le pied, découpé comme celui des calices du XVIIe siècle, porte trois statuettes soutenant une pyramide où sont renfermées une ceinture que La Mure dit avoir appartenu à saint Jean l’Evangéliste et une fiole ayant contenu du sang de sainte Catherine. Le quatrième reliquaire en argent contient un fragment de la vraie Croix, accompagné de dix autres reliques.

Choses intéressantes à visiter : les chapelles de la Vierge, de sainte Madeleine, de saint Bernard, et différentes statues ; celles de la Vierge, de Dieu le Père, un Calvaire, etc. (14)

BRIENNON

Altitude : 270 mètres. — Population : 1.374 habitants. — À 12 kilom. de Roanne. — Bureau de poste et gare de Pouilly-sous-Charlieu, à 2 kilom. — Industrie : céramique. — Fête patronale : Saint-lrénée.

Anciennement, le territoire de cette commune était situé partie en Forez, partie en Lyonnais, partie en Bourgogne.

Plusieurs tumulus, des monnaies, des urnes funéraires et des vases antiques attestent la présence des Gaulois et des Romains sur ce territoire. La voie romaine de Roanne à Autun et Nevers passait à Maltaverne et à Briennon.

Au Moyen Age, cette paroisse fit partie du Brionnais.

Dans un accord passé en 1503, à Bourbon-Lancy entre les ducs de Bourgogne et de Bourbon, il est question d'un château à Briennon. Était-il dans le voisinage de l’église actuelle ? Les renseignements précis font défaut. À la fin du IXe siècle, il est donné en apanage à Friolon, de la maison princière de Semur ; en 1066 il fut cédé à l’illustre prieuré de Marcigny qui venait d'être fondé par saint Hugues le Grand. Il fut ruiné durant la guerre de la Ligue.

ÉGLISE DE BRIENNON

L’église est sous le vocable de saint Irénée. Elle se compose d’un chœur ancien et d’un vaisseau moderne. La partie ancienne date de la fin du XIe siècle. Elle comprend une abside voûtée en cul de four, précédée d'un avant-chœur étroit formé par le rez-de-chaussée d’un clocher à trois étages.

L’intérêt architectonique de cette église primitive résulte de l’implantation curieuse de son clocher, entre l’abside et la nef. C'est un remarquable spécimen du passage du clocher-porche, antérieur au XIIe siècle, au clocher central porté sur doubleaux et piliers de la croisée ou de la grande nef. Cette disposition très rare offrait beaucoup d'inconvénients, car si les clochers-porche gênaient l’entrée de la nef par la présence des sonneurs et la rendaient très étroite, les clochers-chœur, pour les mêmes raisons, obstruaient l'entrée du sanctuaire. On y renonça bien vite. L'existence de ce clocher-chœur est une rareté architecturale (15).

RÉUNION DU TERRITOIRE DE BRIENNON À LA COURONNE

Briennon était un membre de la châtellenie de Charlieu, et c'est comme gardien que le roi de France y établit sa domination.

La garde royale ne détruisit pas le droit temporel des églises et des monastères qui en obtenaient le bénéfice, mais elle y superposait l’autorité plus immédiate du souverain, exercée par des officiers qui, à leurs fonctions militaires, joignaient la connaissance des cas royaux. Elle impliquait, pour les sénéchaux et baillis, le droit de tenir leurs assises dans les lieux où elle s’étendait, faculté qui leur était refusée sur les terres de tout autre seigneur ecclésiastique ou laïque.

Trois maisons religieuses avaient des biens à Briennon : le prieuré de Noaiily avait une maison secondaire à Maltaverne ; le prieuré de Marcigny y possédait la plus grande partie du territoire ; enfin l’abbaye de La Bénisson-Dieu.

La Bénisson-Dieu dépendait du Brionnais ; mais, dès 1340, les religieux, s’appuyant sur une charte de Louis VII, en date de 1140, se réclamaient de la protection royale ; une charte de saint Louis (1248) prouve aussi que le monastère était sous la garde royale. En fait, les comtes du Forez furent toujours les maîtres souverains de la plupart des possessions de La Bénisson-Dieu, mais du moins l'abbaye elle-même resta unie à la châtellenie de Charlieu, territoire de la couronne.

Le prieuré de Noailly dut vivre en bonne intelligence avec les barons de Semur, premiers seigneurs du pays, car il ne fit rien pour se soustraire à leur domination, et la parcelle de Maltaverne, enclavée dans la paroisse de Briennon, resta, jusqu'à la Révolution, dans la dépendance des puissants barons de Semur. Il n'en fut pas ainsi pour le prieuré de Marcigny.

Ce prieuré, fondé par les seigneurs de Semur, enrichi de leurs dons, gouverné à plusieurs reprises par des membres de leur famille, n’eut cependant pas toujours à se louer de leurs procédés.

Au commencement du XIVe siècle, un différend s’éleva entre eux au sujet du château de Briennon. Le prieur de Marcigny invoqua l’autorité du roi et celui-ci fit mettre le château en sa main. Jean de Châteauvilain, seigneur de Semur, protesta contre cette saisie et trouva un appui dans les religieuses de Marcigny qui reconnurent que leur prieuré était de la garde des seigneurs de Semur, nonobstant les prétentions contraires de leur prieur qui s’était mis en la garde du roi de France. Un nouveau conflit éclata sous le gendre et successeur de Jean II de Châteauvilain, Guichard de Beaujeu. Celui-ci, au mépris de l’autorité du bailly de Mâcon et du gardiateur royal, établi à Marcigny, entreprit violemment sur la justice du monastère. Une horrible exécution, celle d’un certain nombre de lépreux, vingt-trois, selon Courtépée, que ses gens firent brûler dans la léproserie de Marcigny, et divers autres excès attirèrent sur lui toute la sévérité du Parlement. Par arrêt du 31 mars 1325, il fut condamné à l'amende énorme de 100.000 livres tournois, plus d'un demi-million de francs de nos jours, envers le roi, et de 500 livres tournois de dommages intérêts envers le monastère, sans préjudice d’autres réparations (16). De ces événements date la perte, de ses droits de suzeraineté sur Briennon et probablement sur Saint-Pierre-la-Noaille, Saint-Bonnet-de-Cray et Iguerande dont la garde fut réunie à la châtellenie de Charlieu. On a lieu de croire que la forte amende encourue par Guichard de Beaujeu fut convertie en cession d’une partie de son domaine féodal (17).

Intérieur de la Basilique de Paray-le-Monial Abside de la Basilique de Paray-le-Monial

Pl. V. Intérieur de la Basilique de Paray-le-Monial. Pl. VI. Abside de la Basilique.

Basilique de Paray-le-Monial

Pl. VII. Basilique de Paray-le-Monial.

SAINT-MAURICE-SUR-LOIRE

Altitude : 410 mètres. — Population : 597 habitants. — À 12 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Roanne. — Gare du chemin de fer départemental. — Télégraphe de Villemontais, à 5 kilom. — Fête patronale : saint Maurice.

Cette commune a été partagée depuis peu de temps en deux communes distinctes : celle de Saint-Maurice-sur-Loire dont le bourg est né dans l’enceinte d’un vieux château féodal ; et celle de Saint-Jean-le-Puy dont le village entoure l’église d’un ancien prieuré relevant de Saint-Michel-de-la-Cluze, en Savoie. On trouve, sur le territoire de ces deux communes, beaucoup de vestiges de l’époque gauloise et romaine (18).

Au prieuré de Saint-Jean passait l’importante voie romaine de Roanne à Moingt. En ce lieu, s’embranchait une voie secondaire sur le chemin de Sayette, au-dessus de Cordelles, et traversait la Loire sur un pont dont on voit encore quatre piles de massive maçonnerie.

Le château, dont il reste un donjon, est très ancien. Il en est fait mention pour la première fois en 1020. Les ruines actuelles semblent dater de la fin du XIIe siècle. Il a servi de poste fortifié pour surveiller le cours de la Loire au défilé des Roches. On appelle défilé des Roches, un chenal d’une largeur variant de 80 à 120 mètres sur plus de six lieues de long, entre la plaine du Forez et celle du Roannais.

La Loire traverse le puissant barrage de grès anthracifère qui relie les monts du Forez à ceux du Beaujolais.

Cette communication n'existait pas avant l'époque pliocène qui compose les deux bassins de Feurs et de Roanne. Elle ne devint possible que par l’affaissement progressif du terrain. Ce chenal ne fut pas le résultat d’une perforation par les eaux, car les filons de porphyre quartzifère qui, de toutes parts, percent les grès du barrage naturel, eussent rendu ce travail de perforation indéfini, sinon impossible à cause de leur inaltérabilité. Le défilé des Roches est donc dû à une faille que le fleuve creusa de plus en plus dans la suite des temps (19).

Dans l'église de Saint-Maurice se trouve une chapelle gothique où se lisaient autrefois les épitaphes de Pierre, Jean et Guy de La Mure. L'église de Saint-Jean n'a qu'un seul reste de son ancien prieuré : c’est une tour massive et rectangulaire servant de clocher-porche. Le portail, en granit, est une œuvre d’une bonne facture.

OUCHES

Altitude : 323 mètres. — Population : 535 habitants. — À 7 kilom. de Roanne — Poste et gare de Roanne. — Châteaux : Grand-Orme, Chassain de la Place, Les Jalleys, Origny. — Fête patronale : saint Georges.

Quelques débris de tuiles à rebords, trouvés sur ce territoire, annoncent une station gallo-romaine. Le château n'était, au XIIe siècle, qu'une grange assez importante pour recevoir l’ost de trois cents chevaux du sire de Beaujeu, Guichard II, à qui elle appartenait. Un siècle plus tard, cette grange était transformée en un castrum fortifié, entouré de larges fossés encore existants.

Les ruines actuelles sont du XVIe siècle et faisaient partie du manoir réédifié et habité par les d’Albon.

L'église paraît romane. Le bénitier octogonal est du XVIe siècle. Le rétable, en bois sculpté et doré de style Louis XIII provient du prieuré de Beaulieu, détruit pendant la Révolution (20).

Le prieur de Charlieu nommait à la cure.

LENTIGNY

Altitude : 372 mètres. — Population : 906 habitants. — À 9 kilom. de Roanne. — Poste de Villemontais, à 2 kilom. 1/2. — Gare de Roanne, à 8 kilom. — Fête patronale : l’Assomption.

Une église neuve a remplacé un ancien édifice qui a été, au XVIIIe siècle, un lieu de pèlerinage très fréquenté. La Sainte Vierge y était honorée sous le titre de Notre-Dame de l’Assomption.

Ce territoire était, au Moyen Age, traversé par la route secondaire de L'Espinasse à Saint-Jean, sur Saint-Maurice, par Saint-Romain, Pouilly et Ouches. Il était bordé, à l’ouest, par un autre chemin suivant le bas de la montagne, depuis Ambierle, pour aller s’embrancher sur l’iter franciscum tendant de Roanne à La Bouteresse.

C’est dans la plaine de Lentigny que furent mis en déroute en 1594, par le royaliste Guy de La Mure, seigneur de Saint-Maurice, les Ligueurs qui venaient de s’emparer de Villerest. Ce fait est constaté par l’épitaphe de Guy de La Mure qui se lisait dans la chapelle ancienne de l’église de Saint-Maurice.

Une charte d’accord, passée en 1308 entre Jean Ier, comte de Forez et Guillaume IV de Thiers, mentionne l'existence de la maison-forte de Chastellus, au sud-ouest de la paroisse (21).

MABLY

Altitude : 390 mètres. — Population : 1.723 habitants. — À 6 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Roanne. — Châteaux : Bon vert, Cornillon, Mably. — Fête patronale : saint Barthélemy.

Cette commune, limitée au levant par la Loire, est traversée dans toute sa longueur par le canal de Roanne à Digoin. Sur son territoire passaient deux voies romaines. La première et la plus importante partait de Roanne, quartier de La Livatte, pour se rendre à Autun, en laissant à droite la station gallo-romaine de Bonvert. La seconde voie traversait la Loire et tendait à la même ville que la première.

Grande église neuve sous le vocable de saint Roch.

Il ne reste aucun vestige du castel de l'ancienne seigneurie, plus tard vicomté de Mably, qui avait appartenu successivement aux d’Albon de Saint-André, aux d’Apchon, à Jean Donguy, à son gendre de Luzy-Couzan, au marquis de Digoine de Bays de Damas, aux de la Feuillade, et enfin à Henri d’Harcourt, dernier seigneur du duché du Roannais.

Une tour, qui paraît dater du XVIIe siècle, est le seul débris du château de la seigneurie de Cornillon, qui suivit, à peu de chose près, les vicissitudes de la terre de Mably. Le château actuel de Cornillon est une vaste et luxueuse résidence, édifiée de 1825 à 1830, par le comte Anglès, sur le modèle d’une des villas italiennes de Frascati. Parc somptueux de trente hectares, entre le canal et la route de Roanne à Briennon (22).

POUILLY-LES-NONAINS

Altitude : 327 mètres. — Population : 906 habitants. — À 7 kilom. de Roanne, — Poste de Saint-André-d’Apchon, à 4 kilom. — Gare de Roanne. — Station du chemin de fer départemental. — Châteaux : Mignardière, Saint-Cyr, Saint-Martin-de-Boisy. — Fête patronale : Conversion de saint Paul.

Cette commune comprend trois agglomérations distinctes : Saint-Léger, Pouilly et Saint-Martin-de-Boisy. Les deux premières ne forment qu’une paroisse. Saint-Martin forme l’autre. Une voie romaine traversait le territoire de Pouilly : c’était le Chemin des Soldats.

PRIEURÉ DE POUILLY-LES-NONAINS

Le bourg de Pouilly est né et a vécu à l’ombre de l'abbaye bénédictine de Saint-Menoux en Bourbonnais.

On ne connaît ni la date de fondation ni le fondateur de ce prieuré. On sait seulement qu’en 1202, Guy III, comte de Forez, avant de partir pour la quatrième Croisade, d’où il ne devait pas revenir, légua au monastère vingt sols forts de ceux à prendre chaque année, à la Toussaint, sur la cens de Saint-Just. On sait aussi que, dans les dernières années du XIIe siècle, Guy III avait consenti de nombreuses donations aux autres couvents de filles du Forez, notamment à ceux de l’ordre de Fontevrault : Beaulieu et Jourcey, près Saint-Galmier. Il s’était constitué confrère de l’église de Jourcey. Guy IV, Guy V et le comte Renaud fondent des anniversaires dans le couvent de Beaulieu et de Pouilly (23).

C’est sous l’administration de Guillaumette de Saint-André que fut édifiée la partie des bâtiments conventuels encore debout. Les abbesses de Saint-Menoux et de Saint-Pierre de Lyon, pour éviter la commende et par suite la déchéance du prieuré, affilièrent leur monastère à la congrégation des Bénédictines réformées de Chazal-Benoît. Un siècle plus tard, Richelieu supprimait leur autonomie ainsi que celle de Pouilly, en les fondant dans la puissante congrégation de Saint-Maur qui venait d’être érigée en 1618.

Faute de surveillance exercée par une administration locale autonome, les bâtiments tombèrent en ruines, et ils avaient aux trois quarts disparu lorsque la Révolution arriva.

Du logis prioral édifié par Dame Guillaumette d’Albon Saint-André, devenue en 1501 la cinquantième abbesse de Saint-Pierre de Lyon, il ne reste qu’une galerie ouverte, à deux étages (24).

SAINT-LÉGER

Le bourg est très ancien. Son église appartenait déjà, en 1153, à l’abbaye d’Ainay, comme en témoigne la bulle du pape Eugène III du 16 février 1153. Cette église est délaissée depuis l’union de Saint-Léger à Pouilly, en l’année 1824.

CHÂTEAU DE BOISY

Saint-Martin de Boisy doit son origine à un petit prieuré qui relevait d’Ambierle. Il existait avant le XIIe siècle. Ce village est surtout célèbre par son vieux château. (Voir pl. IX et X.)

Pouilly-les-Nonains : Château de Boisy, la Tour ronde

Pl. IX. Pouilly-les-Nonains : Château de Boisy, la Tour ronde.

Pouilly-les-Nonains : Château de Boisy, vue de l’ensemble

Pl. X. Pouilly-les-Nonains : Château de Boisy, vue de l’ensemble.

Anne d’Urfé, dans sa description du Forez, ajoute, après avoir dit que la première maison du Roannais est Saint-André : « La seconde est Boisy qui ne doict guières à Saint-André pour le bâtimant estant pourveue d’une belle salle et de plus belles chambres et ayant une tour carrée belle et forte qui montre bien son antiquité, ayant tout autour du chasteau de beaux et grands fossez et estant avoisinée de plusieurs belles touffes d’arbres, mais qui n’est ni en belle veue ni en bon air à cause des marez et estancs qui l’avoisinent. »

Le château de Boisy et le nom de Jacques Cœur sont inséparables, et cependant, le célèbre argentier du roi Charles VII ne fut seigneur de Boisy que pendant cinq ans. Mais, dans ce laps de temps, il y fit faire des travaux considérables soit de réparation ou de construction, soit pour y amener les eaux des montagnes de la Madeleine. Il vivait conçu de grands projets pour l'amélioration agricole et industrielle du pays. Sa disgrâce ne lui permit pas de les exécuter.

Boisy tire son nom d'un antique bois de chêne qui couvrait ce territoire. Au XIIIe siècle, c’était un petit fief à côté duquel était fondé un modeste prieuré de Bénédictins dépendant de Montverdun en Forez. Cette terre appartenait à une famille de hobereaux dont le nom patronymique était Simon, auquel ils ajoutèrent d'abord le surnom de Saint-Haon puis, plus tard, celui de Boisy.

Jean et Humbert de Boisy furent héritiers de richesses considérables de leur oncle, le cardinal de la Grange, et obtinrent du duc de Bourbon de remplacer l'ancienne maison de Boisy par un château-fort avec tours et fossés. Le donjon carré parait faire partie de cette première construction.

Jacques de Boisy vendit son château à Eustache de Lévis, qui le céda à son tour à Jacques Cœur, en 1447. Boisy, confisqué en 1453, fut vendu, pour 10.000 écus d'or, à Guillaume Gouffier, grand dignitaire de la cour de Charles VII — Les Gouffier étaient originaires du Poitou. Les membres de cette famille possédèrent successivement Boisy jusqu’en 1667. Arthus II Gouffier fut l’inventeur des carrosses publics dans lesquels on pouvait traverser Paris pour cinq sous. C’était le préludé de nos omnibus et de nos tramways. Il fut l’ami de Pascal et mourut à Port-Royal.

En 1667, Arthus Gouffier vendit à François d’Aubusson de la Feuillade, maréchal de France, son duché de Roannais au prix de 400.000 livres. Le dernier possesseur de Boisy fut le duc d’Harcourt qui émigra en 1789.

Du beau château décrit par Anne d'Urfé, il reste le donjon carré du haut duquel on peut juger du plan général du castel. Les constructions élevées en vue d'une défense sérieuse du côté de la plaine forment un quadrilatère de trois grosses tours rondes et d'un donjon carré. L'entrée principale est au nord, à côté du donjon. Les armes des Gouffier la surmontent, l'épée du grand écuyer de France, entourée du cordon de Saint-Michel, est sculptée au-dessus de l’écusson. L’écusson de la façade nord du donjon porte, mais bien effacée, la devise de Jacques Cœur : À vaillant cœur rien d'impossible.

Rien n’égale l'élégance sobre de la cour intérieure et surtout de la façade septentrionale avec ses grandes fenêtres à meneaux et celles du deuxième étage, aux clochetons élancés, aux sculptures délicatement fouillées.

La belle salle dont parle Anne d’Urfé est transformée en remise. Les bâtiments de l’est servent actuellement d'orangerie. Les charpentes de l'aile méridionale et de la tour ronde passent pour des chefs-d'œuvre.

On peut se rendre compte, du sommet de la tour, du système de fortifications employé au XIVe et au XVe siècle. Les mâchicoulis et les chemins de ronde destinés à défendre l'approche des remparts sont intacts, leurs ouvertures n’ont pas été bouchées ; et encore aujourd'hui, si quelques Malandrins ou Écorcheurs venaient attaquer le château, il serait très facile de les arroser d'eau bouillante, poix chauffée, plomb fondu et autres ingrédients malfaisants, en supposant que les assaillants n'aient pas d'artillerie (25).

VILLEMONTAIS

Altitude : 500 mètres. — Population : 119 habitants. — À 12 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de Roanne. — Station du chemin de fer départemental. — Fête patronale : saint Martin.

Cette paroisse était desservie, au Moyen Age, par la route qui, d’Ambierle, côtoyait la montagne pour s’embrancher sur le Chemin français.

De Villemontais, le panorama est immense, dominant la plaine roannaise jusqu’aux cimes du Lyonnais et du Beaujolais (26).

RIORGES

Altitude : 295 mètres. — Population : 2.550 habitants. — À 2 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Roanne. — Station du chemin de fer départemental. — Châteaux : Beaulieu, Neufbourg. — Industrie : céramique. — Fête patronale : saint Martin.

Par sa proximité de Roanne, son agréable situation, Riorges est le rendez-vous des Roannais, heureux de jouir du grand air et des charmes de la campagne. Autrefois, Riorges possédait un prieuré de Bénédictins relevant d’Ainay.

C’est au début du XIIe siècle, à l’occasion de la fondation du prieuré de Beaulieu pour les religieuses de l’ordre de Fontevrault, que le nom de Riorges apparaît pour la première fois. L’intervention de l'abbé d’Ainay était nécessaire puisque Beaulieu était sur son territoire. Il reçut en échange de ses droits une terre appelée Vergnole. Humbauld, 75e archevêque de Lyon, approuva la fondation, ainsi que le seigneur de Saint-Haon.

La charte de fondation du monastère des religieuses de Fontevrault est datée de Bouthéon, année 1115. Guy Ier, comte de Forez, en fut le fondateur.

Le prieuré bénédictin de Riorges figure dans la bulle du pape Innocent IV, en date du 17 novembre 1250, qui confirmait tous les droits et possessions appartenant à l'abbaye d'Ainay.

Guy IV, comte de Nevers et de Forez, partant pour la Terre Sainte, fait son testament en 1239 et lègue au prieuré trois sols à percevoir dans la censive de Cervières pour y fonder son anniversaire.

C’est au prieuré de Riorges que Louis de Villars, archevêque de Lyon, signe, le samedi avant les Rameaux de l’année 1305, l’érection en collégiale de l’église paroissiale de Saint-Nizier de Lyon.

En 1505, l’abbaye d’Ainay tombe en commende ; le prieuré de Riorges subit le même sort. Les guerres de religion leur donnèrent le dernier coup. Le prieuré demeura abandonné pendant vingt ans ; ce prieuré sans moines n’était plus qu'un simple bénéfice qui, de Messire C. Gayardon passa à la famille Cotton. Jacques Cotton avant assuré aux Jésuites une rente de 3.000 livres pour la fondation du collège de Roanne, leur donna le prieuré de Riorges.

Lorsqu’en 1762 la Société de Jésus fut expulsée de France, les missionnaires de Saint-Joseph furent appelés pour diriger le collège, mais, ayant refusé le serment constitutionnel en 1792, le collège fut supprimé et demeura propriété de la ville, et le prieuré de Riorges fut vendu comme bien national.

De grands changements ont été opérés depuis au prieuré. Le bâtiment principal seul est resté debout après avoir subi de nombreuses transformations extérieures et intérieures (27).

VILLEREST

Altitude : 360 mètres. — Population : 1.200 habitants. — À 5 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Roanne. — Châteaux : Braille, Champlong, Commières, Hervert, Moreau, Prieuré, Saigne. — Fête patronale : saint Prix.

Cette ancienne place forte commandait, avec la forteresse de Vernay, la sortie du défilé de Roches. Nombreuses traces, débris de silex taillés et éclatés, restes d'ateliers des Gaulois.

Le Château-Brûlé était un poste fortifié dont les murs, formés de gros blocs de granit porphyroïde, étaient vitrifiés afin de les rendre plus solides. Ces restes paraissent dater d'une époque peu antérieure à la venue de César dans les Gaules.

Le territoire était traversé par la grande voie romaine de Roanne à Moingt. Au Moyen Age, la route de Roanne à Villerest est désignée sous le nom de Grand Chemin Ferré.

L'église, sous le vocable de saint Priest, est une construction de trois âges différents. De l’édifice primitif datant du XIIe siècle, il ne reste que l’abside, le chœur, le transept et le clocher.

Le monastère de Marcigny possédait un prieuré à Villerest dès le commencement du XIIe siècle. Le bâtiment, désigné actuellement sous le nom de Maison du Prieur, ne paraît dater que du XVIe siècle. On trouve dans le bourg plusieurs maisons du XVe et du XVIe siècle bien conservées.

Villerest était une ville fermée, mais n’avait pas de fossés. Les murs étaient, tous les vingt mètres, flanqués de tours tantôt rectangulaires, tantôt rondes.

Il reste une porte fortifiée du XIIIe siècle (28).

LA PACAUDIÈRE

Altitude : 370 mètres. — Population : 1.932 habitants. — À 24 kilom. de Roanne. — Poste et gare de la localité — Châteaux : Bardons, Salle, Treillards. — Fête patronale : l’Assomption.

Cette commune comprend la partie orientale de l’ancienne paroisse de Tourzy (sauf un morceau de territoire réuni à Vivans) et une partie de la petite paroisse supprimée d'Arçon. Crozet en a fait partie jusqu’en 1871. Nombreux silex taillés et pierres polies à Tourzy, Villozon, la Salle. À Tourzy, sépultures romaines par ustion, urnes funéraires et médailles.

Voies romaines de Roanne à Voroux par Mariale ; le chemin des Vieux Soldats de Tourzy à Saint-Bonnet et à Ris en Auvergne.

Au bas du village de Crozet passe une route qui devint, dès le XVIe siècle, le chemin royal de Paris à Lyon. Il y avait un relais au lieu-dit La Ricarde, mais la poste et l'hôtellerie furent installées dans le domaine de Pacaud. De là, le nom de La Pacaudière.

L'institution des postes royales fit la fortune de ce bourg. La Pacaudière était comme La Palisse, Roanne, Saint-Symphorien et Tarare, un relais de repeüe et de giste, c’est-à-dire que les voyageurs y prenaient d’ordinaire le dîner ou la couchée, et ces hôtels, paraît-il, jouissaient d’une grande renommée gastronomique (29).

Le hameau, bâti au XIVe siècle, peut-être au XIIIe siècle dans la terre de Pacaud devint, au XVIIIe siècle, un bourg important qui avait un conducteur des travaux du Roi, des employés de la gabelle, une brigade de la maréchaussée et même un bureau de poste aux lettres.

ANCIENNES MAISONS — LE PETIT LOUVRE (30)

La Pacaudière : La maison du Petit Louvre

XI. La Pacaudière : La maison du Petit Louvre.

Le Petit Louvre a dû être bâti avant la confiscation des biens du connétable de Bourbon. Le duc passait à La Pacaudière toutes les fois qu’il allait de Bourbonnais en Forez ; il avait de grands bois dans sa châtellenie de Crozet ; il est donc probable que ce prince s’était ménagé sur sa route un hôtel digne de lui (31). On pourrait dire aussi que le Petit Louvre était une hôtellerie, car on trouve sur la route de Lyon à Saint-Symphorien une auberge portant la même enseigne ; il n’est pas rare de trouver en France d’autres hôtels du Louvre.

La belle architecture du Petit Louvre s’expliquerait, car, sur une route aussi fréquentée que celle de Paris à Lyon, il n’était pas rare de rencontrer, dans les hôtels, de grands personnages, des rois même qui y couchaient au hasard de leurs voyages. Ainsi, Louis XIII coucha, le 30 août 1632, à La Palisse, et le lendemain à La Pacaudière. D’ailleurs, le Petit Louvre était déjà un hôtel en 1686 (32).

Un ancien dessin de la fin du XVIe siècle, conservé à la Bibliothèque Nationale, montre distinctement trois fleurs de lis sur l’écusson de la porte d'entrée. Cette circonstance donne un grand poids à l’opinion que le Petit Louvre, avant de servir d’hôtel, fut une halte de chasse bâtie par les ducs de Bourbon ou du moins un édifice d’une destination officielle et publique. François Ier y aurait séjourné lorsqu’il vint prendre possession du Forez.

Cette magnifique demeure semble dater des premières années du XVIe siècle. C’est un heureux compromis entre l’art gothique et celui de la Renaissance. La porte d’entrée, d’un art plus raffiné, est d’une manière plus récente. Les deux génies nus qui la surmontent furent préservés du marteau révolutionnaire en faisant remarquer aux iconoclastes qu’il était juste de les épargner puisqu’ils étaient sans culottes.

En face du Petit Louvre est une autre maison du XVe siècle. Le tympan de la porte gothique est richement travaillé. Au-dessous, deux anges agenouillés, à droite et à gauche d’un écusson qui portait l’image de la Sainte Vierge. Cette maison est en effet l’ancien hôtel Notre-Dame mentionné dans les registres de la paroisse. Il semble qu’on l’appelait parfois : l’hôtel de l’Ange, à cause de sa porte sculptée qui lui servait d’enseigne (33).

TOURZY

À peu de distance de La Pacaudière, au-delà du ruisseau de Belle-Rivière qui descend de Crozet, se trouve la chapelle de Tourzy, entourée du cimetière communal.

Une pieuse légende raconte qu’à une époque reculée, les habitants du pays trouvèrent dans le creux d’un vieux chêne une statue de la Sainte Vierge, toute noire, d’une pierre inconnue. On y éleva une chapelle. De fréquents miracles ayant attiré un grand concours de peuple, une colonie de moines vint s’établir près de là, défricha les bois et bâtit une vaste église où fut placée la statue miraculeuse de Notre-Dame-de-Tourzy (34).

L’ancienneté de la statue n’est pas si reculée que le veut la légende ; aucune allusion à ce pèlerinage dans les nombreux testaments du XIVe et du XVe siècle. Les registres de Tourzy y mentionnent qu’en 1714, les paroisses de Saint-Martin, de Sail, d’Urbise, de Saint-Bonnet et de Chenay vinrent vénérer les reliques de saint Roch, mais rien ne trahit un pèlerinage à la Vierge noire de Tourzy, qui ne dut s’établir que plus tard.

Quant aux moines bâtisseurs, il se peut que le peuple ait pris les prêtres sociétaires de Tourzy pour ces cénobites défricheurs qui cultivèrent le terrain voisin de la chapelle.

Il est possible aussi que ce prétendu monastère soit tout simplement le prieuré d’Ambierle qui avait droit à la nomination de la cure de Tourzy, levait des dîmes dans la paroisse et possédait probablement près de l’église une grange et un grenier pour y recueillir le produit de ces dîmes. Mais si la légende est difficile à accepter, le nom de Tourzy est très ancien ; c’était peut-être une vieille paroisse datant de l’époque gallo-romaine, certainement plus ancienne que La Pacaudière et Crozet. (35)

Étienne Papon, prêtre et oncle du grand juge du Forez, fit élever la chapelle de Tourzy et y élut sa sépulture par testament du 17 juillet 1553.

CROZET

À 26 kilom. de Roanne. — Altitude : 450 mètres. — Population 848 habitants. — Poste et gare de La Pacaudière, à 2 kilom. — Mine de cuivre non exploitée. — Fête patronale : Nativité de saint Jean-Baptiste.

Crozet : Porte monumentale

XII. Crozet : Porte monumentale.

Ancienne ville du Forez dans un site pittoresque, siège d’une prévôté, puis d’une châtellenie. Elle appartint aux Blancs, vicomtes de Mâcon, puis aux comtes de Forez. Elle suivit la fortune des ducs de Bourbon jusqu’au connétable. Elle fut ensuite réunie au Roannais avec les possessions des Gouffier. Elle a été érigée en commune distincte de La Pacaudière, en 1871. Cette ancienne paroisse relevait du diocèse de Clermont et de l’élection de Roanne avant 1789.

Les Gaulois en avaient fait une de leurs principales stations.

Nombreux restes : pierres de fusion, de grès mangano-cuivreux, fers, haches, épées gauloises. Voie de Tourzy au Chemin des Soldats, voie sur Charlieu ; rocher fortifié de Recane avec nombreux débris romains.

La commune est assise sur le revers d’une petite colline couverte de vignobles. On appelle Crose ou Crase, en langage populaire, un ravin étroitement encaissé ; Crozet est précisément situé sur une croupe flanquée de deux crases profondes, dans lesquelles ont été pratiquées les routes qui conduisent au village. — Crozet doit peut-être son nom à cette circonstance (36).

L'assiette du bourg est des plus pittoresques. Sa situation était très favorable à la défense, car l’ennemi débouchant de la plaine n’avait devant lui qu’une côte rapide dominée par la forteresse. Si on fait l’ascension de Crozet par le ravin occidental, on côtoie un ruisseau et on a sous les yeux un site bizarre, où des fragments de murailles, de bastions convertis en jardins, des rochers à pic se mêlent aux premières maisons du village. Si on pénètre dans le bourg, le regard est attiré à chaque pas par quelques vestiges du Moyen Age ou de la Renaissance : ici se trouve un pan de mur en colombage ; là, une porte munie de son judas en fer ajouré ; plus loin, un modillon qui n’a plus rien à soutenir et, en face, un écusson qu’un maçon trop ingénieux a posé à l’envers. Cette patriarcale ville de Crozet n’est plus que l’ombre d’elle-même. Chaque année emporte un croisillon de ses fenêtres et un morceau de ses corniches décorées.

Une des vues de l’armorial de G. Revel nous montre les fortifications de Crozet au XVe siècle. C’était alors une petite cité close fort originale. On entrait dans la ville par la Grant Porte (37) ; la « Portelle jouxte le fossé de mur de vinteyn », dit un terrier de 1506, et la Porte-Vieille mentionné dans un titre de 1335. Il y avait trois tours, sans compter le donjon et les deux tours flanquantes de la porte : la tour du Coude, la tour Mauvent, la tour Gadin. Les rues principales allaient de la Grant Porte au Château ; de la Grant Porte à la chapelle du Terrail ; de la Colonne de l’Aulne au Terrail (38).

« Crozet avait encore un grenier pour serrer les grains de la duchesse, un four banier, une grenette et trois halles : l'alle de la Cordoannerie, l'alle de la Boucherie, l'alle de la Ferraterie, au rez-de-chaussée d'un grand nombre de maisons étaient des ouvrouers ou boutiques. »

La citadelle avait la forme d’un polygone irrégulier sans toit, aux murailles hautes et épaisses, sans autre ouverture qu’une porte sombre et abrupte à laquelle on arrivait par un étroit échelier. À l’un des angles du château était accolé un donjon qui subsiste encore, seul témoin d’un état social évanoui. L’Hôpital et la Confrérie étaient en dehors et au-dessous de la ville (39).

VIEILLES MAISONS

Maison Dauphin, ainsi nommée parce que Mgr Dauphin y est né en 1806 et y est mort en 1882.

Voici l’épitaphe qu’on lit au-dessous de son médaillon dans l’église de Crozet : 1806-1882 : « À Monseigneur Ete Dauphin, prélat de Sa Sainteté Léon XIII, fondateur du collège d’Oullins, doyen de l’église Sainte-Geneviève, chanoine du chapitre de Saint-Denis, directeur des écoles d’Orient, bienfaiteur insigne de cette paroisse. Ses anciens élèves. »

Une cheminée au rez-de-chaussée se trouve ornée d’un cep de vigne en relief entremêlé du monogramme religieux IHS. Ce logis devait servir de presbytère au curé de Tourzy. On remarquera dans la façade la disposition singulière et l’inégalité des portes et fenêtres. Nos pères avaient sur la symétrie d’autres idées que nous. Ils perçaient des ouvertures là où elles leur paraissaient commandées par la commodité du service.

MAISON PAPON

À quelques pas de la maison Dauphin, on voit la maison où vécut Jean Papon, le célèbre jurisconsulte forézien. La façade principale, du plus pur style Renaissance, est appareillée en briques vernissées formant un fond très doux sur lequel quatre fenêtres se détachent avec vigueur, entourées de médaillons symétriquement placés. Un cartouche encastré près d’une fenêtre porte la sentence suivante : Lex Domini immaculata, maxime d’un jurisconsulte désenchanté qui a vu de près la petitesse de la justice humaine. Au-dessus de la porte d’une tour d’angle se lit cette devise d’un pessimisme amer : Homo homini monstrum.

Dans la pièce éclairée par la grande fenêtre droite de la façade en briques se trouve une cheminée sur laquelle on lit cette légende au sens obscur : La qveve faict le monstre. Cette chambre communiquait par une porte, murée aujourd’hui, avec la pièce voisine lambrissée avec des poutres et des chevrons couverts de moulures. La cheminée est la principale curiosité artistique de Crozet : c’est un précieux morceau de sculpture parfaitement intact. Toute une scène se déroule sur cette cheminée. À gauche, un métier de tisserand devant lequel l’ouvrier est assis ; au milieu, la mort armée de sa faulx, figure d’un puissant relief ; à droite, une mère défend ses deux enfants contre la mort. Ces trois motifs sont reliés par cette légende explicative : Dum adhuc ordirer (mors, mot expliqué en rébus par l’image de la mort) succidit me. On peut voir dans cette scène la représentation allégorique d’un drame douloureux de famille, une allusion à la perte de deux enfants aimés, ravis en même temps par une mort prématurée, peut-être pendant la peste de 1524 qui décima la population (40).

CHANGY (41)

Altitude 360 mètres. — Population : 1.010 habitants. — À 19 kilom. de Roanne. — Poste et gare de La Pacaudière, à 4 kilom. — Château : Changy. — Fête patronale : saint Joseph.

Changy : Place du Marché

Pl. XIII. Changy : Place du Marché.

Ce bourg dépendait du Lyonnais et du diocèse de Clermont avant 1789. Au XVIIe siècle, on y transporta la justice de Charlieu à cause de la lutte des officiers royaux contre ceux du prieuré et de la turbulence de ses bourgeois. Changy fut rattaché, en 1375, à la châtellenie de Billy (Allier) avec L’Espinasse, Crozet, Arçon et Saint-Bonnet. En 1360, il tombe au pouvoir des Anglais. En 1373, le duc de Bourbon le reprend au duc de Lancastre. Les Ecorcheurs, débris des bandes de Rodrigue de Villandrando, l'occupaient en 1441. Le féroce Poncenat, lieutenant du terrible baron des Adrets, tué à la bataille de Cognat, avait été rapporté et enterré dans sa seigneurie de Changy ; il fut déterré par les soldats catholiques et ses cendres jetées au vent. Il avait été inhumé dans la chapelle protestante de Changy.

FRANÇOIS DE BAUCÉ, DIT LE CAPITAINE PONCENAT

La maison de Baucé est originaire du Bourbonnais et tire son nom d'une seigneurie, aujourd’hui commune dans le canton de Varennes-sur-Allier. Le fameux lieutenant du baron des Adrets se maria avec Françoise Mayne du Bourg. Cet acte, passé devant Denvallot, notaire à Saint-André, nous apprend que Poncenat était fils de noble Messire Nicolas de Baucé et qu’il avait pour frère Charles de Baucé, protonotaire apostolique et prieur commendataire d'Ambierle. Ce religieux, pour accroître le lustre de sa maison, avait abandonné son droit d'aînesse à son puîné ; il avait encore donné une autre preuve de sa condescendance envers Poncenat en embrassant la religion prétendue réformée ; c'est du moins ce qui semble résulter de l’inscription de son nom sur une liste publiée à Lyon en 1568.

On sait que le fougueux protestant dicta son testament dans son château de Changy, le 2 janvier 1568, quatre jours avant la bataille de Cognat, près de Gannat, où il devait trouver une mort obscure de la main de ses propres soldats, au moment où il s’apprêtait à jouir de la victoire que son habileté, non moins que sa vaillance, avait assurée à son parti. Dans son testament, il prend le titre de haut et puissant seigneur Messire, Chevalier seigneur de Poncenat, Changy, Droiturier et baron de L’Espinasse. Le testateur ordonne que son corps soit transporté dans la chapelle du temple de Changy et inhumé suivant les usages de l'église réformée. Sa dépouille fut rapportée à Changy et, quelques jours après, elle était arrachée au tombeau, brûlée, et ses cendres jetées au vent par les soldats catholiques de Chevrières et d'Urfé, furieux de la défaite qu’ils venaient de subir (42).

On a trouvé des silex taillés et des pierres polies, des monnaies éduennes et bituriges au Châtelard.

La voie romaine de Roanne à Tourzy traversait le bourg.

Restes du XVe et du XVIe siècle à la chapelle de la Madeleine, édifiée par le marquis de Lévis pour son fils unique.

À la Varenne, peintures murales, peu visibles, de la salle de justice transportée de Charlieu.

Changy rappelle le souvenir de la Bienheureuse Philippe de Chantemilan. Cette douce vierge, contemporaine de Jeanne d'Arc, naquit dans le Roannais en 1412 ou 1413, et y demeura vingt ans. Sa mère était gouvernante du château de Changy, pendant que la Bienheureuse était demoiselle de compagnie de la sœur de l’archevêque de Vienne, Jean de Norry.

« Elle a rendu à Dieu, dit un ancien chroniqueur, amour, honneur, hommage, obéissance ; à ses maîtres, obéissance, honneur et révérence ; à ses parents, piété ; à ses pareils et égaux, amitié ; aux moindres qu’elle, secours et compassion. Elle a eu vérité en sa bouche et loyauté en ses actions. Elle a eu pauvreté contre avarice, bénignité, douceur et amitié contre orgueil, pieuse et miséricordieuse aux maux qui surviennent tous les jours aux créatures, comme pauvreté, maladies, tribulations. »

Le Ciel récompensa ses obscures vertus, en lui accordant le don des miracles, puisqu'elle « a ressuscité seize morts », dit la chronique.

Elle mourut à Vienne en 1451.

URBISE

Altitude : 290 mètres. — Population : 444 habitants. — À 34 kilom. de Roanne. — Poste de La Pacaudière, à 11 kilom. — Gare de Saint-Martin-d’Estréaux, à 11 kilom. — Fête patronale : l’Assomption.

Ancienne contrée ayant appartenu aux Arvernes. La paroisse relevait, en 1789, du diocèse d’Autun.

Urbise a successivement reconnu pour seigneurs : les comtes de Forez et les Couzan, rivaux des comtes. On y aurait trouvé un menhir, aux Guilleminards, et quelques débris romains à la Madeleine.

Le chœur et le transept de l'église sont romans. Au-dessus d’un rétable en bois sculpté et doré, se trouve un tableau votif « de sire de Morainville, préservé d’accident », dit l'inscription (43).

MONTAIGUET EN FOREZ

Ce bourg, qui doit son origine au monastère de La Bénisson-Dieu, faisait partie du Bourbonnais et du Forez ; actuellement, il appartient au département de l'Allier. Le bon La Mure, énumérant les libéralités pieuses du comte de Forez, Guy II, ajoute qu'il donna le château de Montaiguet pour la plus grande partie à l’abbaye de La Bénisson-Dieu.

Les religieux eurent ensuite des démêlés avec les comtes de Forez au sujet de la haute justice que les moines prétendaient y exercer. Parmi les états de la criminalité, on relève, en 1330, une singulière affaire : c'est le jugement d'un porc coupable d'un infanticide, qui fut bel et bien condamné et pendu. Pareil acte est relaté dans les actes de la justice du prieuré de Charlieu. — L’abbaye, sans réussir à faire reconnaître la légitimité de ses droits, n'en continua pas moins à exercer pleinement les prérogatives seigneuriales.

Au XVIe siècle, Montaiguet, la plus belle possession des religieux Cisterciens de La Bénisson-Dieu, fut mise à contribution par le Trésor royal, que des guerres contre les protestants avaient épuisé. Ce fut le commencement de sa ruine.

Le château de Montaiguet fut édifié par P. de la Fin de Pontivy, abbé commendataire de La Bénisson-Dieu. — C’était un zélé religieux et un gentilhomme très pénétré de sa noblesse. Sa spécialité fut de bâtir. Toute sa vie se passa à restaurer ou achever ses couvents et leurs dépendances. Outre le château qui remplaçait une grange, Pierre de la Fin construisit la jolie porte fortifiée qui, aujourd'hui comme en 1497, sert d’accès au bourg et barre la route de La Palice. Il mit le comble à ses bienfaits et assura la prospérité de Montaiguet, en y élevant, à ses frais, sur un emplacement choisi dans la partie bourbonnaise du bourg, une église collégiale dotée d’un chapitre de quatre chanoines prébendés sur ses biens et ceux de sa famille.

L’établissement de la collégiale fut suivi de la construction des fortifications du bourg. Et pour assurer le bien-être de la population, il obtint l’établissement d’un marché tous les samedis et d’une foire par mois.

Au XVIIe siècle, les revenus ne permirent pas aux chanoines d’entretenir au complet leur collège de chapelains, ils arrivèrent à le supprimer complètement.

On sait que Claude de Nérestang, commendataire de La Bénisson-Dieu, réalisa l’échange original des religieux cisterciens contre des religieuses Bernardines, au profit de sa fille Françoise de Nérestang qui devint la première abbesse de la Bénisson-Dieu. Elle négligea Montaiguet, qui continua à dépérir. À la Révolution, le château fut municipalisé (44).

SAIL-LES-BAINS

Altitude : 310 mètres, — Population : 635 habitants. — À 32 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Saint-Martin-d’Estréaux, à 5 kilom. — Châteaux : de Chaugy, Martin, Sail. — Industrie : Etablissements de bains, Eaux thermales. — Fête patronale : saint Symphorien.

Station d’eaux thermales. Le mot gaulois Sail, veut dire : eau jaillissante, éruptive. On trouve sur le territoire de cette commune des silex taillés, de nombreux débris de poteries primitives, des monnaies arvernes, éduennes. Une voie romaine, de Chenay à Saint-Martin, traverse Sail. À Chaugy, ruines du très ancien castel de la famille de ce nom, dont quatre personnages sont peints sur les volets du rétable d'Ambierle. (Voir Pl. XVII et XVIII.)

SAINT-BONNET-DES-CARS

Altitude : 485 mètres. — Population : 1.250 habitants. — À 25 kilom. de Roanne. — Poste et gare de La Pacaudière, à 7 kilom. — Fête patronale : saint Bonnet.

Car vient de Carn, forteresse celtique ou construction en pierres sèches avec fossés. Ces enceintes fortifiées couronnent la plupart des cimes de cette commune et des territoires voisins, limites des Arvernes. On trouve dans ces cars des silex taillés, des tuiles à rebords, des poteries, du verre, des monnaies impériales qui témoignent du passage des Romains. Plusieurs voies romaines paraissent encore partiellement pavées et bordées de gros blocs de pierre. Le hameau de Biefs serait le berceau des Albi, les Blancs, vicomtes de Mâcon. Quelques auteurs les disent originaires de Briennon. L’abbaye d’Ambierle avait une mense, débris peut-être d'un vieux prieuré (45).

SAINT-FORGEUX-L’ESPINASSE

Altitude : 322 mètres. Population : 666 habitants. — À 16 kilom. de Roanne. — Poste d’Ambierle, à 4 kilom. — Gare de Saint-Germain-l’Espinasse, à 4 kilom. — Château de l’Espinasse. — Fête patronale : saint Ferréol.

Cette commune, avant 1789, était en Bourgogne, du bailliage de Semur, de l’archiprêtré de Roanne et de l'élection de Dijon. Elle est placée sous le patronage de saint Ferréol ou saint Forgeux et a joint à ce nom celui de L’Espinasse quand elle s’est accrue de cette ville bourguignonne (46).

L’Espinasse, ville franche au XIVe siècle, est une très ancienne station gauloise et romaine. Au Moyen Age, c’était une baronnie relevant de Semur. Elle existait en 1589, année où elle fut brûlée et détruite par les reitres protestants de Saulx-Tavannes qui venaient de saccager Marcigny. Il n’est resté que le donjon qui est encore debout.

La partie de cette ancienne paroisse, qui a été remise à Saint-Germain, dépendait du Forez. Le dernier débris du château féodal est une tour carrée à angles arrondis ; il s’élève sur les limites des Gaulois Ségusiaves et Brannovir, et plus tard du Forez et du Brionnais, bornes qui furent précisées en 1223 par un traité entre Marie de Semur et Guy IV de Forez. Ce château dut opposer résistance aux Anglais, en 1363, et aux bandes d'Ecorcheurs, aventuriers bourguignons et anglais qui, en 1441, au nombre de 4.000 chevaux, étaient cantonnés à Changy et à L’Espinasse et sur les frontières du Bourbonnais, dans le pays compris entre la Loire et l’Allier, qu’ils ravagèrent.

DESTRUCTION DU BOURG DE L’ESPINASSE

Ce bourg était important au XVIe siècle. Il possédait des halles où chaque année se tenaient, le 21 avril et le 14 septembre, des foires célèbres. Ces halles ont été transportées à Saint-Forgeux pendant la Révolution. Dans le village était un tribunal jugeant au civil et au criminel, là aussi se trouvaient le four, le pressoir et le moulin banal de la seigneurie. C’était donc une agglomération considérable.

La tour de L’Espinasse a une légende que les anciens du pays racontaient naguère dans les longues veillées d’hiver.

La voici telle que M. F. Noëlas l’a consignée dans ses légendes foréziennes. Il ne sera pas difficile d’y reconnaître le souvenir du seigneur huguenot qui posséda pendant quelques années la baronnie de L’Espinasse.

« On dit que, pendant les longues et froides nuits d’hiver, on entend souvent autour de l’ancien donjon de L’Espinasse, des bruits confus de chars qui roulent, de cloches qui sonnent, d’enfants qui pleurent. La tour s’enfonce alors de quelques lignes, et le voyageur attardé voit errer, sur les bords humides de la Tessonne, une femme au long voile blanc qui gémit tristement en regardant couler l’eau du torrent. C’est l’ombre de la ville de L’Espinasse qui, sur ses ruines, pleure sa splendeur passée.

« Grande, en effet, était cette ville de L’Espinasse qui, un jour, disparut sous la malédiction de Dieu. Ses rues populeuses s’étendaient de Jambelière à Châtelard ; ses marchés étaient célèbres dans le monde entier.

« Cette ville appartenait au comte de Châteauguet, seigneur méchant et cruel, sur le compte duquel on racontait, en se signant, de lugubres histoires. Il était huguenot. Un soir, qu'il avait bu plus que de raison, il appela un de ses pages : « Par les cent diables, s’écria-t-il, je suis aujourd’hui bien fatigué ; jusqu’ici, je me suis bien amusé ; mais je veux me convertir. Qu’on aille quérir le moine de Noailly. » On court aussitôt au monastère. Le père prieur ne se fait pas attendre ; il s’agissait de retirer une âme des griffes du diable. Il arriva portant entre ses mains la sainte hostie.

« Dès qu’il fut entré dans la chambre, il se met à genoux au pied du lit du moribond ; toute l’assistance l’imite. Il se relève et allait s’approcher du malade pour l’exhorter à la pénitence, lorsque, tout d’un coup, sort de dessous les draps blancs la tête cornue d’un affreux bouc que l’on avait coiffé d’un béguin...

« Le moine se retourne épouvanté ; il se trouve en face du comte lui-même, le pistolet au poing :

« Moine, mon ami, tu vas de suite donner ce que tu portes « à cette bête. » Le religieux, sans paraître s’émouvoir, fait un grand signe de croix et avale le corps de Notre-Seigneur. À l’instant même, un bruit effroyable retentit dans toute la vallée, la terre s’entr’ouvre, et la ville tout entière s’engloutit au fond des enfers, entraînant avec elle le baron maudit. »

Vous venez d’entendre la légende, voici l’histoire :

Au printemps de 1590, les troupes protestantes du sieur de Tavannes, qui tenaient pour le roi huguenot Henri IV, résolurent de s'emparer de Marcigny, car on savait que la tour Milamperle était complètement remplie de sel, et Tavannes comptait là-dessus pour payer ses soldats. Cette tour paraissait au premier abord bien défendue ; elle était entourée de fossés et de guérites. Ordre fut donné de l’attaquer. Des mousquetaires, à la faveur d’un char de foin, s’approchèrent des murailles et se disposèrent à y pratiquer une brèche. La tour ne renfermait que trente soldats. Ceux-ci, craignant les suites d’un assaut, se rendirent à la première sommation. La ville de Marcigny fit de même. Tavannes s'empara aussitôt du sel et le fit vendre d'après les indications des receveurs et contrôleurs et paya ses troupes ; mais, averti que l’ennemi le surveillait, il se tint sur ses gardes. Quelques jours après, le sieur de Varennes, gouverneur de Mâcon, pour la Ligue, était en face de Marcigny, sur le côté gauche de la Loire.

Les Ligueurs observaient les mouvements des protestants. Tavannes, ayant reçu du renfort, résolut de livrer bataille et décida que le lendemain matin, on traverserait la Loire. Il avait à peine fait deux lieues, que les paysans l’avertirent que l’ennemi se retirait. Le capitaine huguenot pressa la marche de sa troupe et arriva à la tombée de la nuit à L’Espinasse. Le sieur de Varennes, commandant des troupes catholiques, venait lui-même d’y arriver et comptait y passer la nuit, mais il n’avait pas eu le temps ou pris la précaution de placer des sentinelles. Tavannes, sans s’attarder, ordonne au marquis de Mirabeau, son lieutenant, de charger. Il fait descendre de cheval tous les arquebusiers, car l’infanterie n’était pas encore arrivée, met le feu à une maison pour s’éclairer et se porte aux issues du village pour les garder.

Le marquis se précipite dans le bourg : l'ennemi, surpris, fuit de toutes parts, et Tavannes tue ou fait prisonnier tout ce qui lui tombe entre les mains. L’Espinasse, incendié, fut abandonné et les troupes revinrent à Marcigny. Le village, entièrement brûlé, n’a jamais été rebâti (47).

SAINT-MARTIN-D’ESTRÉAUX

Altitude : 470 mètres. — Population : 1.734 habitants. — À 32 kilomètres de Roanne. — Poste et gare de cette localité. — Châteaux : de la Fayolle ; Châteaumorand, Lalière. — Fête patronale : saint Martin.

Le nom d’Estréaux vient du mot latin strata, routes romaines. Une légende veut que saint Martin, apôtre des Gaules, allant de Clermont à Autun, se serait arrêté sur les limites des Arvernes et des Eduens et y aurait guéri un aveugle ; le bourg aurait gardé son nom.

L'histoire de la paroisse se confond avec celle des châteaux de Lalière et de Châteaumorand.

Nombreux mégalithes : la pierre à Grégoule, la pierre Maine et celle des Cosaques : on dirait de véritables cromlechs.

Lalière, restes d’une maison-forte au XVe siècle, rappelle la fuite du connétable de Bourbon (48).

Le manoir de Châteaumorand, est une construction très élégante en style François Ier, édifiée, vers 1520-1530, par Jean et Antoine de Lévis, barons de Châteaumorand ; il fut déplorablement remanié sur l’ordre du comte Charles de Lévis, en 1747. Il a été construit sur l’emplacement d’une ancienne demeure féodale. Une vaste galerie dite des portraits, existante encore, avait été installée dans le voisinage du château, au début du XVIIe siècle, par les maris de la belle Diane, Anne et Honoré d’Urfé. On y voit encore des traces de peintures au plafond. Il appartient actuellement à M. Maridet.

LALIÈRE

Elevé au milieu de maigres pâturages, de buissons et de rochers, ce manoir devait être un séjour peu agréable.

À quelle époque fut-il élevé ? Il est difficile de le conjecturer. Ce qui en reste doit dater du XVe siècle. Les souterrains sont intéressants à visiter. Si on s'enfonce par un couloir obscur et obstrué, on arrive dans la grande tour d'angle. Là s’ouvre un trou béant : ce sont les oubliettes, la grande curiosité de Lalière. Il est aisé, sans même avoir autour du cœur un triple airain, de descendre avec une échelle dans cet abîme.

On se trouve alors dans une chambre ronde voûtée, grossièrement et très faiblement éclairée par deux meurtrières dont l’une donne sur le fossé et l’autre sur la campagne.

Sont-ce là de véritables oubliettes ? Non ; on ne croit guère à ces tombeaux fermés pour jamais, inventés par les terreurs populaires où le caprice d’un seigneur enfouissait un tenancier qui avait refusé de payer la taille et fermait sur sa tête la pierre qui le retranchait des vivants. En ce sens, il n’y a peut-être pas eu d’oubliettes, mais quelques-unes de ces chambres souterraines ont pu être au moins d’affreuses prisons où le prévenu pourrissait en attendant la sentence du juge seigneurial. Depuis que M. Viollet-le-Duc a dit qu’il ne connaissait qu’un ou deux exemples à peu près authentiques d’oubliettes, Coucy et le château d’Avignon, il est de mode de regarder comme des attardés ceux qui croient encore à ce genre de prison.

Cette excursion quand même, éveille au moins des doutes pénibles sur la douceur de l’état social au Moyen Age.

Le premier acte public qui nous soit connu des seigneurs de Lalière date de 1287. C’étaient de modestes gentilshommes qui durent partager leur vie entre les hasards de la guerre et leur paisible existence dans leur châtel, où ils revenaient après avoir combattu sous la bannière d'un baron de Lajalier ou de Châteaumorand, défricher leurs bruyères et arrondir leur patrimoine. Les emplois qu'ils occupèrent à la cour des comtes de Forez et des ducs de Bourbon les mirent en relief.

Un des chevaliers de Lalière, Jean de Vitry, est surtout connu pour avoir trempé dans la trahison du connétable Charles de Bourbon.

Charles III, dit le connétable de Bourbon, par son mariage avec Suzanne de Bourbon, fille d'Anne de France, devint le plus riche seigneur du royaume. Elle lui laissa, à sa mort, les duchés d’Auvergne et de Bourbonnais. Charles, qui devait avoir un si triste rôle dans l’histoire, fut en même temps un ambitieux et une victime, un brave et un traître.

Beau cavalier, esprit supérieur, il devint, par ses qualités, le rival heureux de François Ier. La folle passion qu'il inspira à Louise de Savoie, alors très influente sur son fils, le mit hors de pair à la cour.

Charles se conduisit loyalement et ne craignit pas de s'aliéner par des refus, les grands de la cour et la reine-mère elle-même. Le chancelier Duprat, l'amiral Bonnivet, le maréchal de Châtillon formèrent une conjuration contre le duc et parvinrent à le perdre dans l’esprit du roi et décidèrent Louise de Savoie à venger le refus de sa main.

Charles était un vaillant capitaine. Avec Bayard, en 1507, il vainquit les Génois ; il triompha à Agnadel (1509) et aida puissamment à la victoire de Marignan (1515). Il est fait alors connétable de France, gouverneur de la Lombardie et de Milan qu’il restaure et conserve à la France par sa bravoure, sa prudence et sa fortune.

Malheureusement, le roi se montra jaloux des honneurs rendus à son vassal ; il lui enlève le titre de gouverneur sans le rembourser des sommes considérables qu'il a dépensées pour fortifier et défendre le Milanais.

François Ier dut le supporter à la cour, car il eût été difficile de rompre avec un prince du sang, escorté d’une maison de cinq cents gentilshommes et dont la force morale était immense sur l’armée et sur le peuple, celui enfin dont Henri VIII, roi d’Angleterre, avait dit : « Si j’avais un pareil sujet, je ne lui laisserais pas longtemps la tête sur les épaules. »

Le décourager, l’amener, par l’indignation, à se compromettre, à manquer de respect à la couronne, fut la politique préconisée par l’entourage de François Ier.

Lautrec fut nommé gouverneur de Milan et le duc d’Alençon eut le commandement de l’avant-garde, honneur qui appartenait au connétable. Charles resta calme sous l’affront et servit bravement dans les rangs.

À l’occasion de la naissance de son fils, il froissa le roi et la cour par le luxe qu’il déploya dans cette fête. Si on ajoute à cela la brusque franchise qui l’avait fait surnommer « le chevalier mal endurant », son mépris pour le chancelier Duprat auquel il refusa dédaigneusement de céder ou vendre les domaines de Thiers et ceux de Thouri, on comprendra la décision extrême que prirent le roi et son conseil de ruiner et humilier Bourbon en lui enlevant son duché.

Louise de Savoie descendait de Charles Ier de Bourbon. Par suite du contrat de mariage de Pierre II de Bourbon, fils de Charles Ier, avec Anne de France, le duché devait revenir à la couronne ; mais ce prince n’avait engagé que lui, et les droits de la branche du connétable, les Bourbon-Montpensier, n’étaient pas aliénés. Il s’ensuivit un procès.

Louise de Savoie tenta une transaction avec Charles, mais il se contenta d’exprimer son dégoût pour tous les procédés employés contre lui. — Alors ses biens furent mis sous séquestre.

Sur ces entrefaites, la mort de la grande douairière, Anne de France, arriva. — On dit qu’à son lit de mort cette souveraine conseilla à son gendre de soutenir Charles Quint qui, de son côté, ambitionnait la couronne de France (49).

Les principaux complices du duc de Bourbon ne furent pas Antoine de Chabannes, évêque du Puy ; Jacques Hurault, évêque d’Autun ; François d’Escars, René de Bretagne, Jean de Poitiers, grands personnages qui suivirent sa fortune sans savoir le dernier mot de ses desseins. Les vrais affidés furent Anne du Peloux ; Jean de Vitry, seigneur de Lalière, et Philibert de Saint-Bonnet, seigneur de Lucy, intelligents, actifs, aveuglément dévoués à sa personne.

En 1521, le roi, brusquement attaqué par Charles-Quint, fit appel au duc de Bourbon qui vint au secours de la Picardie. Pendant cette expédition, la duchesse Suzanne de Bourbon vint à mourir. Louise de Savoie, à l’instigation du chancelier Duprat, réclama les domaines de la maison de Bourbon, tenus en apanage. Dès ce moment, le connétable prépara sa vengeance. Les seigneurs de Lurcy et de Lalière furent chargés des négociations avec l’ennemi.

En 1523, le duc de Bourbon fit un pèlerinage au Puy et s’établit ensuite au château de Montbrison, qui devint le centre de toutes les intrigues. Le connétable parvint à attirer dans son parti Jean de Poitiers, comte de Saint-Vallier, aussi maltraité par le roi que lui ; mais il ne lui dévoila pas tous ses plans ; pendant ce temps, Lalière, peu avant la conférence de Montbrison, parcourait le pays pour les affaires du connétable. On le vit au Puy, à Saint-Marcellin, en Forez, à Lyon, à Montbrison.

Lalière fut un des deux gentilshommes qui allèrent chercher Beaurain, l'envoyé de Charles-Quint, à Bourg-en-Bresse ; ils l’amenèrent à travers les Dombes, le Beaujolais et le Forez, jusqu’à Montbrison. Là, le duc signa avec Beaurain, dans la nuit du 18 juillet 1523, un traité qui ouvrait la France aux étrangers ; il était stipulé que l’empereur fournirait au connétable dix mille piétons allemands. Le duc devait lever une armée dont le commandement serait donné à Peloux, à Lalière et au capitaine Godinière. En même temps, le duc passait avec Charles-Quint un engagement par lequel, en retour de son aide, on lui assurerait la main d’Eléonore d’Autriche, sœur de Charles-Quint. Charles devait être réintégré dans son duché, dont le Beaujolais, estimé à vingt mille écus de revenu, serait donné en douaire à Eléonore, laquelle devait hériter de l’empire d’Autriche, si l’empereur et l’archiduc mouraient sans postérité.

Le traité de Montbrison à peine signé dans le plus grand mystère, Beaurain repartit cette nuit même pour Gênes par des chemins détournés. Lalière dîna avec lui à Villechenève, puis le lendemain à Châtillon-les-Dombes et, le jour suivant, Lalière le quitta.

Le connétable, après être resté quelques jours encore à Montbrison, traversa de nouveau le Forez et revint à Moulins, fatigué et souffrant ; il prit, en passant, un peu de repos au château de Lalière.

Cependant, François Ier s’acheminait vers Lyon pour la conquête du Milanais. Il fut averti de la trahison du connétable ; mais, espérant le ramener à lui, le roi affecta, à son passage à Moulins, une grande confiance envers le duc, tout en prenant des précautions pour sa sûreté. Le duc promit de l’accompagner en Italie et d’aller le rejoindre à Lyon.

Pour gagner du temps, le connétable feignit d’être malade, espérant que le roi, fatigué de l’attendre, passerait les Alpes sans lui ; c’était le moment attendu par le duc de Bourbon et l’empereur Charles-Quint pour l’exécution de leurs projets ; mais François Ier, ne voulant pas laisser derrière lui un homme si dangereux, lui expédiait message sur message pour hâter sa marche. Le duc fit répondre au roi, par un exprès, que le médecin ne répondait pas de sa vie s'il s'obstinait à continuer sa route et qu’il allait « retourner vers air natal ».

Le connétable pensait si peu à rejoindre le roi, qu'à ce moment même Lalière lui amenait, de Bourg-en-Bresse, sir John Russell, ambassadeur du roi d'Angleterre, avec le secrétaire Chanteau et le capitaine Laguinquam. La rencontre eut lieu à Gayette. Dans la nuit du 7 au 8 septembre, le connétable consomma sa trahison en signant avec Henri VIII un traité d’alliance offensive et défensive. Les principales clauses de cette convention avaient été arrêtées à Londres, un mois auparavant, entre Henri VIII et probablement Lalière.

Le duc de Bourbon, pour tromper le roi, envoya porter à François Ier, par l'évêque d'Autun, une promesse de bon et loyal service sous la condition qu'on lui rendrait ses biens séquestrés par un arrêt du parlement. L’évêque fut arrêté à La Pacaudière. Le connétable, apprenant que les troupes du maréchal de la Palisse étaient à sa poursuite, s'enfuit jusqu’à Lière en Fenesse, dans la Franche-Comté, où il trouva réunis ses complices : Lalière, Lurcy et quelques autres. Ces derniers avaient eu soin d'emporter dans leur course de bons sacs d’écus d'or que le connétable leur avait confiés. Charles-Quint confia la lieutenance générale de son armée d’Italie au connétable. Celui-ci battit Bonivet à La Biagrasso et fit prisonnier le roi François Ier devant Pavie, le 24 février 1525. Le traité de Madrid, qui rendait au duc ses biens, ne fut pas tenu. Charles-Quint ne se montra pas plus reconnaissant que François Ier.

Alors Charles III résolut de régner en personne sur le Milanais.

Sous prétexte que le pape Clément VII était en conflit avec Charles-Quint et Henri VIII et pour s'assurer le dévouement des aventuriers dont il composa son armée, il leur offrit le pillage de Rome.

Après une marche furieuse à travers l’Italie, il arrive devant Rome le 6 mai 1527. Il donne le signal de l’attaque, il s’élance sur une échelle et tombe mortellement blessé d’un coup d’arquebuse de la main, dit-on, du célèbre Benvenuto Cellini. Son corps fut transporté à Gaëte, pendant que ses bandes dévastaient Rome pour le venger.

Le parlement de Paris flétrit Charles et ordonna que la porte de son hôtel fût peinte en jaune, couleur des traîtres.

Ses biens furent confisqués, par arrêt du 26 juillet 1527, au profit de la couronne, laquelle, le 25 août suivant, les donna à Louise de Savoie.

Les partisans du connétable furent condamnés à mort par contumace et plus tard ils furent amnistiés. Le seigneur de Lalière resta au service de Charles-Quint.

Un des descendants des seigneurs de Lalière, Claude la Guiche, seigneur de Saint-Gérand, et son frère M. de Chitain, renouvelèrent, au XVIIe siècle, les exploits des Routiers et des Tard-Venus. M. de Saint-Gérand et M. de Chitain nourrissaient une haine violente contre Diane de Châteaumorand parce qu’elle faisait respecter ses droits de haute justice sur la terre de Lalière, alors que les seigneurs de Lalière ne pouvaient garder leurs prisonniers plus de vingt-quatre heures et ne connaissaient que des affaires au-dessous de soixante sols et un denier tournois. Mécontent, M. de Chitain dut faire une incursion armée sur les terres de Châteaumorand. Diane demanda secours à Montbrison. Guillaume de la Chaize, prévôt de la maréchaussée de France au bailliage de Forez, assisté de son lieutenant et de son greffier, se rendit a Châteaumorand le 10 novembre 1613 et s’installa à Saint-Martin-d’Estréaux, à l’Image Notre-Dame, pour faire son enquête et il apprit les faits suivants :

Le jeudi 7 novembre, après le coucher du soleil, deux cents soldats à pied et à cheval, armés d’épées, de pistolets et d’arquebuses, commandés par M. de Saint-Gérand, M. de Chitain et leurs amis, arrivèrent autour de Châteaumorand. Ils essayèrent d’y pénétrer par surprise, afin d’enlever dans les archives les titres établissant les droits de Diane sur Lalière. La ruse fut éventée ; les soldats se répandirent dans les domaines des paroisses de Saint-Martin, de Sail et de Saint-Pierre-Laval, de préférence dans ceux qui appartenaient à Châteaumorand. Ils commirent des ravages jusqu’au 11 novembre, tuant les oies et les poules, assommant les brebis, enfonçant les coffres, volant les œufs, les fromages, le lard, le pain, le vin, pêchant les étangs, brûlant le bois des granges, nourrissant leurs chevaux de foin et de gerbes de blé.

À Rochères, quelques-uns de ces garnements s’amusèrent à répandre dans la cour du blé fraîchement battu, et comme on leur en faisait des reproches : « Par la sang Dieu, dirent-ils nous avons un bon maître, M. de Saint-Gérand, il nous avouera bien de tout ce que nous faisons ; mort-Dieu, nous avons l’ordre de ruiner les maisons de Châteaumorand et de n’y laisser que les quatre murs. »

Il va sans dire qu’il n’était pas question d’indemnités. On se moquait de ceux qui osaient demander de l’argent, ou même on faisait pire. Un malheureux paysan ayant dit qu’il était un pauvre homme et qu’on devait lui payer quelque chose de son bien, un soldat « luy voulust bailler ung coup d’épée ; et de faict ung d’eulx luy bâillat ung si grand coup de poing par la teste, qu’il la pensa ramasser par terre ».

Dans le courant de la même semaine, MM. de Saint-Gérand et de Chitain firent célébrer la quarantaine de leur grand-mère, Jacqueline de Chaugy, en l’église de Saint-Martin-d’Estréaux. Or, l’église servait de logement à ces troupes qui, après y avoir allumé un grand feu, entassèrent le produit de tous leurs larcins « poulles, oyes, pain, beurre, fromage, et tout ce qu'ils assemblaient pour leur nourriture ».

Henri IV, alléguant les services du comte de Saint-Gérand, lui accorda des lettres de rémission (50).

Honoré d’Urfé ne dut pas être très satisfait de la tournure du procès, car un arrêt du Conseil privé, du 27 février 1616, fit ensuite défense « de faire rechercher, ni poursuites contre lesdits sieurs à cause de l’assemblée des gens d’armes y mentionnée ».

Il faut remarquer que la politique ne fut pas étrangère à ces événements, car on reprochait au seigneur de Châteaumorand « d’avoir été de la Ligue ». Diane se réconcilia avec M. de Saint-Gérand qui venait d’être nommé maréchal de France.

Les suites de cette éternelle question de la justice de Lalière se terminèrent par un duel entre le marquis de Lévis-Châteaumorand et Godefroy de la Guiche, seigneur Chitain de Lalière. Celui-ci fut tué en janvier 1627, à Saint-Martin-d'Estréaux. M. le marquis s’en tira à bon compte ; il obtint des lettres de rémission et, depuis, l’histoire ne parla plus de la division entre les deux familles de Châteaumorand et de Lalière (51).

CHÂTEAUMORAND

Ce château est situé sur la paroisse de Saint-Martin-d’Estréaux. Le donjon de Châtelus fut le berceau de la famille de Châteaumorand qui dut l’habiter jusqu'au XVe siècle.

Le nom de Châtelus paraît pour la première fois en 1196, à l'occasion de l'achat d’une garenne. Un d’entre eux, Eustache de Châtelus, voulut se faire enterrer dans l’église de Saint-Pierre-Laval, où se voit encore sa tombe (1269). Il prit part à la septième croisade avec son suzerain, Guy V, comte de Forez. II alla rejoindre saint Louis en Egypte.

Les seigneurs de Châteaumorand étaient très riches ; ils étaient à la fois vassaux du comte de Forez, du duc de Bourbon, du duc de Bourgogne, et l’enceinte du château de Châteaumorand relevait du sire de Beaujeu. Ils avaient le rang supérieur de chevaliers bannerets, ils avaient le droit de déployer leur oriflamme et de grouper autour d’elle les seigneurs qui les suivaient dans leurs expéditions.

Hugues, fils de Guichard de Châtelus-Châteaumorand, naquit en 1325. Il rendit de grands services à Charles V en faisant la chasse aux aventuriers anglais qui, après la victoire de Duguesclin à Cocherel, infestaient le Centre et le Midi. Ce même seigneur suivit Louis II en Espagne pour aider Henri de Transtamarre à chasser les Maures de Grenade. Quelques années après, on le trouve sur le champ de bataille de Rosebecque, au premier rang de la noblesse forézienne. Quatre ans plus tard, il est au port de l’Ecluse avec tout le baronnage de France et près de 100.000 hommes, attendant le moment propice de faire une descente en Angleterre, expédition qui n’eut pas lieu pour des causes qui n'ont jamais été comprises.

En 1390, il prend part, avec ses deux fils, à une espèce de croisade contre le roi musulman de Tunis.

Ce grand seigneur fut un insigne bienfaiteur des Cordeliers de Charlieu, car, dit l’Histoire généalogique de la maison Châtelus-Châteaumorand : « Hugues était un grand dévot. » Ayant peut-être quelques petits péchés à payer — il y avait tant d’occasions sur les grandes routes de France et d'Espagne — il tâchait d’être au mieux avec les serviteurs du bon Dieu.

Il eut les rapports les plus étroits avec les Franciscains de Charlieu. Il alla même jusqu’à leur emprunter 3 francs d’or. On ne comprend guère comment des gens qui vivaient d’aumônes pussent prêter cette somme au seigneur de Châtelus, de Châteaumorand, de Montormentier, de Pierrefitte et autres lieux, mais la quittance du 10 février 1388 est encore aux archives. On comprend mieux comment il pouvait envoyer lui-même une provision de seigle à ces pauvres religieux. On sait qu’il leur fit bâtir les trois quarts du beau cloître que nous admirons encore aujourd’hui. Aussi obtint-il des lettres d’affiliation solennelles et quatre messes annuelles à perpétuité pour Hugues de Châteaumorand et Guillaumette Sennecy sa femme. Ils furent l’un et l’autre enterrés dans l’église conventuelle des Cordeliers, qu'ils avaient comblés de leurs dons.

Son fils, Jean de Châteaumorand, fut le plus célèbre de la famille des Châteaumorand. Froissart, la chronique de Boucicaut, le religieux de Saint-Denis, Christine de Pisan, Juvénal des Ursins en parlent avec le plus grand éloge.

Jean naquit en 1335, probablement à Saint-Martin-d’Estréaux, au château de son père. Il n’avait que quinze ans lorsqu’il s’empara, sous les murs de Souvigny, d’un aventurier anglais, nommé Michelet La Guide, qui ravageait le duché de Bourbon. Il combattit aux côtés de Duguesclin pour la délivrance du Poitou et s’empara d’un capitaine anglais au siège de Sainte-Sévère en Berry.

Après la glorieuse campagne de 1372, à laquelle prit part la noblesse du Bourbonnais et du Forez, Châteaumorand, en tête, il ne restait pas un Anglais dans le Poitou et la Saintonge.

En 1373, les Anglais débarquent 30.000 hommes à Calais et envoient des renforts à leurs garnisons de Guyenne. Ils traversèrent la France, en marchant sur Bordeaux. Duguesclin évita les batailles rangées et leur tua beaucoup de monde par une guerre d’escarmouches. Châteaumorand s’y distingua et fut le premier à l’assaut de la place de Brives. En 1374, de retour d'un voyage en Savoie avec son suzerain, le duc de Bourbon, il obtint, avec d’autres compagnons foréziens, la permission d'aller visiter, en Prusse, les chevaliers teutoniques. À son retour, il chasse de l’Auvergne les aventuriers qui se disaient Anglais et, en 1380, il assiste à la mort du bon Duguesclin devant Châteauneuf-de-Randon.

Au sacre de Charles VI, dans le festin d’apparat qui suivit la cérémonie du sacre, le nouveau roi, selon l’usage, reposa ses pieds sur la poitrine d’un jeune gentilhomme choisi parmi une des premières familles du royaume. Ce gentilhomme était Jean de Châteaumorand.

Les fêtes du sacre n’étaient pas terminées qu’on l’envoya à Nantes secourir cette place contre les Anglais commandés par Buckingham. Celui-ci fut obligé de lever le siège.

Pendant le siège, des chevaliers anglais et français s'étaient provoqués en duel. Il eut lieu en présence de Buckingham et du duc de Bretagne. Ce duel est resté célèbre dans l’histoire de la chevalerie.

Guillaume Farintonne, l’adversaire de Châteaumorand, ayant mal au genou, il avait été convenu qu’on ne prendrait pas « le harnais de jambe » et qu’on ne frapperait pas à découvert. Mais le pauvre Farintonne, aussitôt étourdi par « moult grands horions » que le chevalier français lui « assénait gentiment en pleine poitrine » perdit probablement la tête, oublia les conditions et perça de part en part la cuisse de son adversaire. À la vue de cet attentat inouï aux lois de l’honneur chevaleresque, le combat cessa et le malheureux Farintonne, honteux et désespéré, se confondit en excuses. Il fut traité de félon, « mis en petit pourpoint » et jeté en prison. Buckingham, courroucé de ce « coup de meschief» qui déshonorait son parti, offrit au chevalier forézien de lui livrer Farintonne pour en tirer telle rançon qu’il lui plairait. Châteaumorand refusa, disant que, pour ses affaires, il avait assez d’argent, que d’ailleurs il allait par le monde pour trouver honneur et non finance. Des présents que Buckingham le pressait d’accepter, il ne voulut retenir qu’un hanap d’or. Ce fut le trophée de cette expédition de Bretagne qui mit en évidence le nom du brave Châteaumorand. Guéri de sa blessure, il revint auprès du duc de Bourbon.

La révolte des Maillotins le ramena à Paris. Le mouvement était parti de Gand. La victoire de Rosebecque et la prise de Courtrai étouffèrent la révolte. Comme toujours, Châteaumorand était au premier rang.

Pour se débarrasser des Anglais, on résolut de faire une descente en Angleterre. Près de 100.000 hommes, avons nous dit, furent réunis au port de l’Ecluse. Le duc de Bourbon y amena 1.500 hommes ; Châteaumorand commandait une partie de ces troupes. La descente n’ayant pas eu lieu, on utilisa une partie de ces troupes pour aller au secours du roi de Castille, Henri de Transtamarre.

En 1390, les Génois font appel aux Français contre le roi de Tunis. Les Châteaumorand se firent remarquer par leurs prouesses, mais l'expédition ne réussit pas.

Six ans plus tard, le roi de Hongrie, menacé par le sultan Bajazet, envoya une ambassade à Charles VI pour obtenir du secours. Les chevaliers furent tués ou faits prisonniers à la malheureuse affaire de Nicopolis. Châteaumorand, alors auprès du roi de France, fut chargé de négocier, auprès du sultan, la rançon des prisonniers.

Les succès de Bajazet l’amenèrent près de Constantinople.

L’empereur Manuel, presque bloqué dans sa capitale, envoya son ministre demander du secours aux rois d’Occident.

Boucicaut et Châteaumorand réussirent à briser le blocus de la capitale grecque et gardèrent cette ville pendant trois ans contre les entreprises des Turcs et malgré la perfidie des Grecs qui cherchaient à introduire l’ennemi dans la place. Tamerlan, en attaquant Bajazet, mit Constantinople à l’abri de tout danger, et Châteaumorand une fois libre, visita Gênes, Chypre, et la Syrie.

Il fut employé dans diverses missions diplomatiques.

Jean de Châteaumorand eut la douleur de ne pas se survivre dans un fils capable de porter son nom. Il eut deux enfants : Louis et Agnette. Louis mourut jeune et Agnette unit le nom de Châteaumorand à l’illustre maison de Lévis.

Brémon de Lévis succéda à Jean de Châteaumorand, et s’attacha particulièrement au service de la cour de Bourbon. Son fils, Jean de Lévis-Châteaumorand, vit consommer près de son château, à Lalière, la trahison du connétable Charles de Bourbon, comte de Forez. En mourant, il laissa deux fils, Jean et Antoine. L’aîné devant continuer le nom et la fortune des Châteaumorand, il fut décidé qu’Antoine serait d’Église, et, dès l'année 1516, if fut pourvu de l’évêché de Saint-Paul-Trois-Châteaux, en Dauphiné. Ce n’était qu’un tout jeune adolescent, intelligent, de belles manières, le premier des enfants de chœur de la cathédrale. L’usage autorisait alors ce singulier abus en faveur des grandes familles qui donnaient leurs cadets à l’Église ; un Lévis n’avait pas besoin d’expérience pour gouverner son peuple. Antoine resta neuf ans à Saint-Paul-Trois-Châteaux ; en réalité, il achevait ses études, tandis que son grand Vicaire, l’évêque de Roséa, exerçait pour lui les fonctions épiscopales. C’était, en somme, un prélat purement décoratif. Nommé à l’évêché de Saint-Flour, il n’entra pas dans les ordres. Il succéda à son frère qui était mort ; il agrandit et embellit le château dans le style de la Renaissance.

Après lui, vint sa cousine Gabrielle de Lévis, à laquelle succéda Diane de Châteaumorand, mariée successivement à Anne d’Urfé et à Honoré d'Urfé. Diane, célèbre par sa beauté, est sans contredit la femme la plus illustre ou, si l’on aime mieux, la plus connue du pays de Forez.

Le roman d’Honoré d’Urfé, où l’on croyait reconnaître son histoire, lui donna, pendant plus d’un siècle, une véritable célébrité ; tout ce qui se piquait en France de littérature connaissait alors la belle et fière Astrée.

Jean-Claude de Lévis-Châteaumorand succéda à Diane. Il obtint du roi des lettres patentes pour transformer l’antique baronnie forézienne en marquisat.

Une de ses filles, Catherine-Antoinette, était supérieure à la Visitation de Paray quand la Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque y mourut.

L’histoire du château n’offre rien de remarquable jusqu’à la Révolution. Charles Lévis de Mirepoix, marquis de Châteaumorand, mourut sur l’échafaud.

Le 24 décembre 1864, les Châteaumorand quittaient une résidence que leurs aïeux avaient habitée six cent trente-trois ans.

M. Maridet est le nouveau propriétaire de cette maison princière (52).

VIVANS

Altitude : 315 mètres. — Population : 776 habitants. — À 31 kilom. de Roanne. — Poste et gare de La Pacaudière, à 8 kilom. — Châteaux : de la Curée, la Molière. — Fête patronale : l’Assomption.

Très ancienne commune qui faisait partie du bailliage de Semur en Bourgogne. Elle a englobé le territoire de l’antique Arson des Arvernes. Les ducs de Bourbon et de Bourgogne s’en sont disputé la possession pendant longtemps. En 1792, elle demanda à faire partie du Roannais.

Plusieurs voies romaines, le Chemin Romeret et la Vimoniale passaient vers les fossés de Vivans.

Nombreux restes gallo-romains, monnaies au cheval et à la chèvre trouvées à la Molière, à la Borde.

Le château de la Molière est un ancien fief des Chavagnac qui a été reconstruit récemment. La paroisse, avant la Révolution, relevait du diocèse de Clermont (53).

NÉRONDE (54)

Altitude : 510 mètres. — Population : 1.292 habitants. — Poste de Néronde. — Gare de Balbigny. — À 31 kilom. de Roanne ; 6 kilom. de Balbigny. — Industrie : mousseline. — Châteaux de : Lafay, Loye, Noërie. — Fête patronale : Nativité de Notre-Dame.

Vue générale de Néronde

Pl. XX. Vue générale de Néronde.

La découverte d’un bronze d’Adrien, empereur romain, dans la tour, et d’une médaille d’or de Sévère III, ainsi que l’existence d’un cippe antique dans la chapelle du cimetière démontre l’importance de cette ville au temps de la domination romaine. Le nom de Néronde (nigra unda) apparaît pour la première fois en 984, dans une charte de Burchard, archevêque de Lyon. Elle nous apprend que l’église de Lyon possédait une rente de quinze sous sur la chapelle de Néronde.

Les sires de Beaujeu et les comtes de Forez se disputèrent longtemps la possession de ce bourg, qui paraît avoir été fortifié dès le XIe siècle. Mais en 1210, les comtes de Forez en devinrent les maîtres absolus. Il ne reste des fortifications qu'une porte d’entrée et deux tours cylindriques.

Avant la Révolution, trois fiefs existaient à Néronde : 1° La Ferrière, près de l’église ; 2° La Fay ; 3° La Noirie.

CHAPELLE DE NÉRONDE

La nef paraît être du XIIe siècle, mais le chœur et la porte d’entrée sont du XIVe siècle. Cette chapelle renferme trois inscriptions de trois époques différentes. La première est gravée sur un cippe antique et paraît remonter au IIe siècle de notre ère ; en voici la traduction : « Aux Dieux mânes et à la mémoire éternelle, Titius Messala s’est fait élever ce tombeau de son vivant. » La deuxième est peinte en lettres gothiques sur les murs du chœur : « L’an de Notre-Seigneur 1309, le jour de l’Assomption de la bienheureuse Vierge Marie, les offices divins furent célébrés pour la première fois dans ce chœur, vivant alors Jean, très illustre comte de Forez. » La troisième, gravée sur une dalle du chœur avec les armes du défunt est l'épitaphe de Guichard Cotton, seigneur de Chenevoux, père du célèbre confesseur de Henri IV. » Cy gist Messire Guichard Cotton, seigneur de Chenevoux, décédé le 2 novembre 1590. Dieu lui donne le repos éternel » (55).

BALBIGNY

Altitude : 330 mètres. — Population : 1.718 habitants. — À 31 kilom. de Roanne. — Poste et gare de cette localité. — Industrie : céramique et chaux. — Châteaux de : La Tour, Le Mont, Les Sicots, la tour Charrette. — Fête patronale : saint Taurin, évêque.

C'est un centre de population fort ancien comme en témoignent, à la fois, son nom d'origine romaine et les antiquités de toutes sortes qu’on y a trouvées : armes antiques, tuiles à rebords, pierre milliaire.

Au nord de Balbigny, se trouve un hameau portant le nom de La Ville. On peut supposer, avec raison, que là se trouvait située la villa du riche gallo-romain qui a donné son nom à Balbigny.

Le chœur et la sacristie de l’église datent du XIIe siècle. Dans l'accord qui eut lieu entre l'archevêque de Lyon et les comtes de Forez, en 1173, Balbigny fut attribué au comte de Forez.

Dans un carrefour, près de la ligne du chemin de fer, se trouve un ancien autel à rebords servant de support à une croix. En ce point aboutit une rue qui porte le nom de Balbinus. Dans toutes les chartes du Moyen Age, le nom de Balbigny figure sous cette forme : Balbiniacus ou Balbiniacum, et non sous celle de Balbinacus ; d’où il résulte que ce village ne doit pas son nom à l’empereur Balbinus, mais à quelque riche propriétaire portant le nom de Balbinius. L'empereur Balbinus mourut en 237.

La pierre milliaire de Balbigny est une amphibolite et sert de chasse-roue à l’entrée d’une propriété sur le bord d’un chemin rural conduisant au hameau de La Ville.

Au commencement de ce siècle, existait à 600 mètres au nord du village et près du hameau de La Chal, un fort beau dolmen, formé de onze pierres. L'ensemble du monument mesurait 4 m 45 de longueur sur 2 mètres de largeur. Ce n'était point une œuvre romaine, on ne pouvait pas la qualifier de druidique puisqu'on trouve des dolmens au nord de l'Afrique aussi bien qu’au nord de l’Europe. C’était tout simplement un tombeau. Ce monument, unique dans nos pays, fut détruit, en 1811, par M. de la Noérie, propriétaire du fonds sur lequel il était situé, pour servir à la construction d’une digue sur la Loire. « On dépensa, dit P. Gras. 150 francs de poudre dans cette sacrilège opération ; mais le fleuve a vengé l'Antiquité en entraînant la chaussée et une partie du terrain qu'elle devait mettre à l'abri de ses ravages (56).

Au Moyen Age, Balbigny possédait un château-fort situé près de l'église. Le châtelain prit le titre de seigneur de Balbigny.

Les relations avec les comtes de Forez furent assez étroites, puisque Renaud, en partant pour la Croisade (1270), légua à deux filles de Dalmas de Balbigny, religieuses à Montbrison, une rente annuelle de vingt sous viennois. Cette famille disparaît sur la fin du XIIIe siècle.

À 600 mètres au nord de Balbigny, presque sur la route nationale, se trouve le fief de La Chal. La Mure, dans son histoire inédite des doyens du Chapitre de l’église de Lyon, nous apprend que : « Girinus Calvus est vulgairement, en français, Girin Chal, de la noble famille de Chal. On croit que c’est cette famille qui fit bâtir en Forez le château et maison noble qui porte le nom de Chal dans le mandement et la châtellenie de Néronde. »

À la fin du XVIe siècle, cette terre avait passé aux mains d’un seigneur nommé Jean de la Chal, écuyer qui se rendit célèbre, pendant les guerres de religion, par ses excès et ses déprédations ; mais, arrêté dans son repaire, le 20 septembre 1571, Jean de la Chal fut condamné par le présidial de Lyon à avoir la tête tranchée sur la place du Marché de Montbrison ; ce qui fut exécuté le 9 février 1572 (57).

La Tour-Charrette est un ancien fief sans justice, situé à 2 kilomètres de Balbigny, sur la route conduisant à Néronde.

La tour carrée existante paraît remonter, au moins, au XVe siècle, mais le premier château paraît avoir existé au XIe siècle.

Entre les années 1115 et 1118, il est possédé par Vivion de Charrette. Cette famille s'éteignit au siècle suivant.

Béraud de Vassalieu rend hommage, en 1289, au comte Jean Ier, pour sa maison noble de Charrette.

Vers 1341, ce fief passe en la possession de la famille Raybe, qui le vendit, sur la fin du XIVe siècle, à Arthaud, seigneur de Boisvair, écuyer, moyennant la somme de 450 livres tournois.

La Tour-Charrette appartient, au commencement du XVIIe siècle, à Pierre de Raverie.

Au temps de la Ligue, cette famille rendit de grands services à la cause royale. En récompense, il succéda, en novembre 1627, à Jacques Cotton, dans l’office de Capitaine Châtelain de Néronde. La dernière famille qui posséda La Tour-Charrette jusqu’à a la Révolution fut Les Punctis de la Tour, dont le dernier membre, Louis-François-Marie Punctis de la Tour mourut sur l’échafaud, en 1793, à Feurs (58).

Actuellement, La Tour-Charrette appartient à M. le comte de Poncins.

Sur le territoire de Charrette, mais non dans le château, existait une maladrerie ou léproserie. Trompé par la similitude de ce nom de lieu avec celui de Charité donné à quelques hospices du Moyen Age, quelques personnes ont cru que la terre de Charrette devait son nom à cet hospice de Charité. C’est une erreur, car le nom de Charrette est porté dès le commencement du XIIe siècle, sous sa forme actuelle, par une ancienne famille chevaleresque et, s’il n’a subi aucune transformation à travers les siècles, il n’est guère possible de voir dans le nom actuel un vocable altéré et corrompu.

Impossible de retrouver la situation même approximative de cette ancienne léproserie, car l’horreur qu’inspirait la maladie de la lèpre était si grande que l’on a détruit les bâtiments servant à la séquestration des lépreux (59).

BUSSIÈRES

Altitude : 515 mètres. — Population : 2.142 habitants. — À 34 kilom. de Roanne. — Poste de Bussières. Gare de Balbigny, à 9 kilom. — Industrie : mousseline. — Châteaux de : Chenevoux, la Côte. — Fête patronale : saint Barthélemy.

Ce nom indique que la localité était autrefois couverte de buis. À l’est du village se trouvait le prieuré de Saint-Albin ; il relevait des chanoines réguliers de Saint-Irénée de Lyon. La chapelle, édifice du XIIe siècle, est assez bien conservée.

Quelques traces de peintures nous apprennent qu'au temps de sa splendeur, ce modeste édifice était richement décoré.

La seigneurie de Bussières appartenait, au XIVe siècle, à la famille Saint-Bonnet ; au siècle suivant, aux Saconnin de Pravieux, et au XVIIe siècle, aux seigneurs de Chenevoux.

Au hameau des Basses-Fenêtres, existe une ancienne chapelle dédiée à saint Roch, élevée en 1633, en exécution d'un vœu fait au moment de la terrible peste de 1628. C'est dans ce même hameau qu’est né, en 1793, le célèbre sculpteur Denis Foyatier, l’auteur de Spartacus, de Cincinnatus, de Jeanne d'Arc, de la célèbre statue du colonel Combe à Feurs (60).

CHÂTEAU DE CHENEVOUX

Ancien fief sans justice, qui a emprunté son nom à la nature du sol de la vallée où il est bâti et qui est très propre à la culture du chanvre.

Un acte de vente du 7 août 1267 nous montre qu’à cette date une famille, Jean de Chenevoux, y possédait un manoir. Le dernier représentant mâle de cette famille vivait entre les années 1450 et 1474.

En 1422, Thomas Flachat, seigneur de Varenne, épousa Anne de Chenevoux et devint co-seigneur de ce fief.

Son successeur fut Louis Merle, vaillant homme de guerre. Avant son mariage avec la dernière héritière de Chenevoux, il avait pris une part active à la guerre du Bien Public et combattu dans les rangs de l'armée du roi à la bataille de Montlhéry, qui mit fin à cette guerre en 1463.

La seigneurie passa ensuite aux Faverges-Rébé, puis fut achetée par Guichard Cotton, seigneur de Néronde. À ce moment, il était à la cour de Henri IV. Le roi, pour le récompenser de ses bons services, accorda des lettres de noblesse à son fils Jacques Cotton.

Lorsque les protestants ravagèrent le Forez, Guichard Cotton s'unit aux d’Urfé pour résister à leurs entreprises ; il n'hésita pas à se séparer de son ami Anne d’Urfé, au temps de la Ligue, pour rester fidèle à la cause royale. Il mourut en 1590. Pierre Cotton, son fils aîné, succéda à son père comme seigneur de Néronde. Il se distingua dans le Forez pendant les guerres de la Ligue. Après avoir assisté au blocus de Feurs, qui se rendit à Henri IV au mois de février 1594, il prit une part active au siège de Montrond, en juin 1595. Cette forteresse prise, il alla rejoindre les troupes royales qui assiégeaient Montbrison. Basoche, chef des Ligueurs, ne livra cette ville que moyennant 60.000 livres tournois. Mais les finances royales étaient épuisées ; Jacques Cotton, Guy de la Mure, seigneur de Chantois, et le sieur de Fornier avancèrent cette somme (61).

Pendant que Jacques Cotton guerroyait contre les Ligueurs, il fut cruellement éprouvé par le malheur. Le marquis de Saint-Sorlin, chef de la Ligue, irrité de l'incarcération de son frère, le duc de Nemours, enfermé à Pierre-Scize par le consulat lyonnais, se mit à parcourir le Forez avec ses troupes, en s'emparant des villes et des forteresses et en exerçant sa vengeance sur les terres des seigneurs royalistes. N'ayant pu s’emparer de Néronde, défendue par ses remparts et le courage de ses habitants, il se jeta sur le château de Chenevoux, qui fut livré au pillage. Plusieurs parents de Jacques Cotton furent faits prisonniers et ne purent recouvrer leur liberté qu’au prix d’une forte rançon, et plus d’un de ses amis et serviteurs payèrent de leur vie l’attachement à sa personne (62).

Jacques Cotton, sur les instances de son frère Pierre Cotton, de la Compagnie de Jésus, céda aux Pères Jésuites son château de Roanne pour y établir un collège.

La vocation de Pierre Cotton se dessina de bonne heure. Après avoir étudié les belles-lettres à Paris et suivi à Bourges le cours de droit du célèbre Cujas, il entra dans l’ordre des Pères Jésuites. Saint Charles Borromée et le célèbre cardinal Bellarmin furent successivement ses professeurs. Ayant terminé ses études au collège de la Trinité, à Lyon, le cardinal P. d’Epinac le chargea du ministère de la prédication dans la ville de Lyon. En 1594, il prêcha le carême à Roanne, puis il exerça son zèle à Grenoble, Avignon, Nîmes, Marseille. Après avoir converti à la religion catholique la marquise de Créqui, fille de Lesdiguières, il essaya vainement de ramener ce dernier à l’orthodoxie. Le vieux connétable ne consentit à abjurer qu’en 1622, mais il recommanda vivement le Père Cotton à Henri IV, qui l’appela à la cour. Il obtint du roi le rappel des membres de son ordre, expulsés en 1594. Par ses soins, la direction du collège de la Trinité à Lyon fut rendue aux Pères Jésuites par le consulat lyonnais (63). Il obtint aussi d’ouvrir un collège à Roanne. Après la mort de Henri IV, il devint le confesseur de Louis XIII. Mais le séjour de la cour ne lui convenait pas ; il la quitta pour retourner à ses œuvres de charité. Nommé provincial de son ordre, il mourut à Paris le 19 mars 1626.

Les Dulieu succédèrent aux Cotton par suite du mariage de Marie-Marthe Cotton, dernière héritière de Chenevoux.

En 1829, Chenevoux fut mis en vente ; il fut adjugé à M. Augustin-Benoît Desvernay, habitant Lay, au prix de 301.000 francs. M. Maurice Desvernay vient de faire reconstruire le château avec beaucoup de goût.

La famille Desvernay paraît originaire de Tramayes en Mâconnais. C’est là que, vers la fin du XVIIe siècle, un de ses membres vint s’établir à Régny, d’où ses descendants se répandirent dans le Forez et le Beaujolais. C’est ainsi qu’une de ses branches se fixa à Roanne et une autre à Lay.

L’acquisition de Chenevoux par M. Desvernay a ramené dans la contrée une famille dont le nom rappelle toujours aux habitants de Néronde le souvenir d’un homme d’un haut mérite et d’une bienfaisance inépuisable, l’abbé Claude Desvernay, curé archiprêtre de cette ville, entre les années 1750 et 1777, dont on lit encore l’épitaphe dans la nef septentrionale de l’église actuelle.

Fondé au XIIIe siècle, le château de Chenevoux a été construit à trois époques distinctes. D’après un dessin de Martellange, la construction primitive comportait un lourd donjon carré, défendant la porte d’entrée, un corps de logis sur cour, une enceinte rectangulaire flanquée de tours et d’échauguettes qu’entourait un large fossé.

Au nord-est, existait aussi une sorte de donjon muni de moucharabys et d’échauguettes destinés à surveiller la contrée environnante et à servir d’asile, en temps de péril et d’alarme, aux tenanciers et serviteurs.

Au XVIIe siècle, la sécurité règne pleine et entière dans les campagnes, les maisons fortes firent place aux maisons de plaisance. C’est à cette époque que Chenevoux fut reconstruit, sous le règne de Louis XIV, par les Dulieu, famille lyonnaise. En 1753, un incendie dévora cet édifice avec toutes les archives (64). Il fut relevé en 1735. La Révolution lui fit subir bien des outrages, quand un nouvel incendie vint le dévaster dans la nuit du 23 au 24 décembre 1811. Ce qui nécessita une nouvelle restauration. M. Maurice Desvernay, tout en conservant le plan et une notable partie des murs du XVIIe siècle, l’a fait transformer complètement dans un style qui est un mélange heureux du style Renaissance et celui du règne de Louis XIV (65).

SAINTE-AGATHE-EN-DONZY

Altitude : 692 mètres. — Population : 281 habitants. — À 40 kilom. de Roanne. — Poste de Bussières, à 4 kilom. — Gare de Balbigny, à 14 kilom. — Télégraphe de Néronde, à 7 kilom. — Fête patronale : sainte Agathe.

Cette commune est ainsi nommée parce qu’elle faisait partie de l’ancienne châtellenie de Donzy. Après le siège de Lyon, le général de Précy, chef de l’armée royaliste, y trouva un asile jusqu’au jour où il put passer en Suisse.

SAINTE-COLOMBE

Altitude : 628 mètres. — Population : 1.065 habitants. — À 32 kilom. de Roanne. — Poste de Néronde, à 8 kilom. — Gare de Balbigny, à 12 kilom. — Château : de Sainte-Colombe. — Fête patronale : sainte Colombe.

En 1229, Guy V, comte de Forez, vendit à Humbert, sire de Beaujeu, la terre de Sainte-Colombe, à la condition de n'y élever aucune forteresse. Mais, dès cette époque, la famille de Sainte-Colombe était en possession de la seigneurie et du château de ce village. Ce château est une construction du XVIe siècle, flanquée de deux tours cylindriques et d’une tour carrée. Cette ancienne famille habitait encore le château il y a trente ans. Entre Sainte-Colombe et Sainte-Agathe, on trouve le vieux château ruiné de Montcellier, forteresse élevée avant le XIIIe siècle par les comtes de Forez sur les limites de leur province. Des comtes de Forez, Montcellier passa aux mains des Saint-Albin, qui le possédèrent jusqu’à la Révolution.

Il n’en reste plus qu’une tour à moitié démolie (66).

SAINT-CYR-DE-VALORGES

Altitude : 640 mètres. — Population : 712 habitants. — À 28 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Just-la-Pendue, à 6 kilom. — Gare de Balbigny, à 16 kilom. — Fête patronale : saint Cyr.

Les Thomé de Saint-Cyr étaient seigneurs de ce village en 1789. Leur château a été détruit ; il en reste une haute tour carrée.

Sur une montagne escarpée, se trouve un débris imposant du vieux château féodal de Ressis. Possédé par les Sallemard par suite du mariage de la fille de Hugues de Ressis avec Hugues de Sallemard en 1344, il est resté en leur possession jusqu’en 1781, époque à laquelle François de Sainte-Colombe, marquis d’Aubépin, l'acheta moyennant la somme de 26.000 livres, il ne reste de ce château que le donjon, qui servait autrefois de prison. Ce château paraît avoir eu une certaine importance stratégique à l’époque des guerres civiles, car son possesseur, Geoffroy de Sallemard, dut, sur les ordres de Mandelot et d’Ornano, gouverneurs du Lyonnais, y entretenir une garnison permanente composée du contingent des villages voisins (67).

Cette paroisse faisait partie du Beaujolais et relevait du diocèse de Lyon, de l’archiprêtré de Néronde et de l’élection de Villefranche.

Les bénédictins de Cluny nommaient à la cure, et l’archevêque de Lyon percevait la dîme avant la Révolution.

SAINT-JODARD

Altitude : 434 mètres. — Population : 721 habitants. — À 22 kilom. de Roanne. — Poste et gare de cette localité. — Petit Séminaire du diocèse de Lyon. — Fête patronale : saint Gildas.

Ce village doit sa prospérité à son Petit Séminaire.

PETIT SÉMINAIRE DE SAINT-JODARD

En 1796, M. l'abbé Devis, chassé de Montbrison par la Révolution, réunit quatre ou cinq jeunes gens dans une maison de Saint-Jodard. Ce fut l’origine du Petit Séminaire. Un incendie le détruisit en partie, en 1827. Sous l’administration de M. E. Noyaux, cette florissante maison d'éducation fut rebâtie sur un plan plus vaste, par l’architecte Sainte Marie-Perrin. L’inauguration des nouveaux bâtiments eut lieu en l'année 1896.

Anciens supérieurs

MM. Barthélemy DEVIS, fondateur 1793-1803
Philibert GARDETTE, 2e supérieur 1803-1811
Claude BRIERY, 3e supérieur 1804-1828
Gaspard GARDETTE, 4e supérieur 1828-1843
Marcellin RULLIERE, 5e — 1843-1846
Pierre TAMAIN, 6e supérieur 1846-1856
Zacharie PARET, 7e — 1856-1869
Charles OLLAGNIER, 8e supérieur 1869-1877
Eugène NOYAUX 9e supérieur actuel.

Il est sorti de cette maison des évêques, de vaillants missionnaires, des professeurs distingués, des chrétiens fermes, dont la conduite et les œuvres honorent, édifient et servent l'Église. Mentionnons le cardinal Villecourt, NN. SS. Gouthe-Soulard, archevêque d'Aix ; Thibaudier, archevêque de Cambrai ; Epalle, martyrisé en Océanie ; Dubuis, évêque de Galveston ; Néraz (d'Anse), évêque de San-Antonio; Reynaud (de Sainte-Croix), évêque titulaire de Fussola, vicaire apostolique du Tché-Kiang (Chine) ; Durier (de Saint-Bonnet-des-Quarts), évêque de Natchitoches (Louisiane) ; Carrie (de Propières), vicaire apostolique du Congo ; Moreau, préfet apostolique de la Côte-d’Or (Afrique); Blettery (de Saint-Bonnet-des-Quarts), provicaire du Sutchuen oriental ; M. Charrier, confesseur de la foi, en 1842-1843 ; M. Bréchet (de Lyon), martyrisé au Tonkin, en 1883 ; M. Manissol (de Saint-Romain-d’Urfé), martyrisé au Tonkin, en 1884; le Bienheureux Bonnard, martyrisé au Tonkin, le Ier mai 1852 ; M. Jacquet, mariste, dévoré par les cannibales des Samoa ;

MM. Goutelle et Chouzy, qui ont écrit de si intéressants récits, l’un sur le Thibet, l’autre sur la Chine ; M. l’abbé Cholleton, grand vicaire de Mgr de Pins ; M. Claude Pavy, ancien grand vicaire d’Alger ; le père Colin, fondateur et premier supérieur de la Société de Marie ; le père Martin, supérieur général actuel ; M. l'abbé Griffon, directeur des orphelinats agricoles de Saint-lsidore-de-Seillon (Ain) ; MM. Meiller, docteur ès lettres, professeur de littérature, et Dadolle, recteur de l’Institut catholique de Lyon ; Charles Garnier, rédacteur en chef de la Gazette du Midi ; J. Guetton, rédacteur en chef de la Gazette d'Auvergne ; Mehlin, directeur d’un journal conservateur de l’Isère ; Giraud (de Saint-Priest-la-Roche), vicaire général de Pondichéry ; Chouzy, évêque de Pednelice, préfet apostolique du Kouang-si ; Forestier, provicaire apostolique des îles Samoa ; Rondy, provicaire apostolique du Coïmbatour ; M. l’abbé Piat, docteur, agrégé de philosophie, professeur à l’Institut catholique de Paris, auteur de l'Idée, ouvrage couronné par l’Académie Française ; M. l’abbé Reure, docteur ès lettres, professeur à l’Institut catholique de Lyon ; le chanoine Chaffangeon, auteur du Crucifix ; le Père Arduin, trappiste, auteur de la Religion en face de la Science ; le père Burnichon, jésuite, rédacteur des Etudes religieuses ; M. le chanoine Stanislas Laverrière, fondateur du journal les Missions catholiques ; M. le chanoine Davin, connu par ses travaux sur la sainte Ecriture et les Antiquités chrétiennes ; M. Emile Girardin, sculpteur, auteur de la Brodeuse forézienne et du Monument des combattants de Roanne etc.
(Centenaire du Petit Séminaire de Saint-Jodard.)

PINEY

Altitude : 416 mètres. — Population : 418 habitants. — À 26 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Saint-Jodard, à 2 kilom. — Fête patronale : saint Roch.

À l’origine, le territoire de cette commune était couvert de pins. Le nom de Piney apparaît pour la première fois, dans l’histoire, au Xe siècle. À cette époque, l’église, sous le vocable de Sainte-Marie, dépendait de Savigny. Une charte du 12 septembre 929 nous apprend que l’abbaye, pour s’assurer la protection d’un seigneur nommé Landric, céda l’usufruit, c’est-à-dire le casuel de cette église, sous la condition d’un cens de 2 sols, payables chaque année à la Saint-Martin. Le seigneur Landric prit le nom de son fief, et la famille de Piney, après avoir vécu en bonne intelligence avec l’abbaye de Savigny et donné plusieurs chanoines à l’Église de Lyon, s'éteignit vers 1284.

Au XIIIe siècle, la terre de Piney passa aux Chaudéron de la Ferté.

Au XVe siècle, nous voyons la famille de Sainte-Colombe. L’église était comprise autrefois dans l’enceinte du vieux château, aujourd'hui en ruines. L’église actuelle est moderne. Sur la place publique, belle croix, dont le fût et les croisillons sont du XVIe siècle (68).

LE PONT DE PINEY

« L’ancien pont de Piney, dit M. Chaverondier, paraît avoir été, au Moyen Age, le plus fréquenté de tous ceux du Forez, à en juger par les legs sans nombre qui lui sont faits à compter de l’année 1272, époque où commence le recueil des testaments que possèdent les archives de la Loire (69) ».

La construction et l’entretien des ponts étaient considérés, au Moyen Age, comme une œuvre pie qui provoquait les libéralités des testateurs. La longue liste des bienfaiteurs du pont de Piney prouve qu’ils appartenaient à toutes les classes de la société.

Malgré les nombreux legs dont il fut l’objet, il tomba en ruines dans le cours du XVe siècle, probablement à la suite d’une forte crue de la Loire ; il ne fut pas rétabli. Cette inondation n’emporta que le tablier du pont, car les cinq piles qui le supportaient, au dire d’un témoin oculaire, Papire Masson, étaient très solides, et l’historien des Comtes de Forez, La Mure, traduisant le sentiment commun de son époque, croyait que le premier pont avait été édifié par les Romains. D’ailleurs, le mode de construction observé dans le pont du Gard se retrouve dans les piles de celui de Piney, et confirme l’opinion de son origine romaine.

La solidité des piles a facilité le rétablissement d’un nouveau pont et d’une œuvre nouvelle : la digue de Piney.

Au XVIe siècle, la prospérité du commerce obligea d’améliorer la navigation des voies fluviales. Il parut nécessaire de dégager le lit de la Loire des rochers qui obstruaient son cours entre Balbigny et la ville de Roanne, pour la rendre navigable jusqu’à Saint-Rambert.

En 1572, l’ingénieur Craponne offrit aux Etats de la province du Forez de rendre la Loire navigable jusqu’à Roanne, moyennant la somme de 80.000 livres. Ce projet fut accueilli favorablement et les fonds furent votés. Malheureusement, les guerres civiles et religieuses vinrent en retarder l’exécution.

On revint sur le projet proposé en 1606 et en 1665, mais ce fut sans succès.

Il fallut attendre jusqu’à 1701 la formation de la Compagnie Lagardette.

Cette Société commença les travaux dans l’année 1702. Les rochers de Piney qui gênaient la navigation furent enlevés et, en 1705, vingt-huit bateaux purent descendre de Saint-Rambert. Le cours de la Loire était enfin libre.

Si les bateliers se réjouirent de cette amélioration, il n’en fut pas de même des riverains. Au moment des fortes crues, les eaux du fleuve s’écoulaient avec une violence inaccoutumée et entraînaient tout sur leur passage.

Il fallut remplacer les barrages naturels par des barrages artificiels. Un arrêt du Conseil, du 23 juin 1711, ordonna la construction de trois digues : la première à Piney, sur les piles de l’ancien pont ; la seconde au château de la Roche, et la troisième à Saint-Maurice. Cette dernière, ayant été jugée inutile, ne fut pas construite.

M. Mathieu, ingénieur et architecte du roi, fut chargé de la direction des travaux qui ne durèrent qu’un an. La digue de Piney se compose, sur la rive droite, d’un barrage de 60 mètres de longueur et d’une épaisseur de 10 mètres, et une simple culée sur la rive gauche sert de support au tablier du pont placé à 20 mètres au-dessus de l’étiage.

Le fleuve n’a qu’un passage de 15 mètres seulement.

Pendant longtemps on douta de son utilité, lorsque l’inondation de 1846 vint la justifier jusqu’à l’évidence.

En effet, pendant cette grande crue, la digue remplit heureusement son office, en maintenant les eaux jusqu’à une hauteur de près de 22 mètres au-dessus de l’étiage et en refoulant une immense masse d’eau dans la plaine du Forez ; de telle sorte que la crue atteignit son maximum de hauteur à Roanne quatre ou cinq heures avant que ce vaste réservoir fût complètement rempli.

Les dégradations de la crue de 1846 ne furent réparées qu’en 1850.

Six ans plus tard, une nouvelle inondation fit soumettre à une nouvelle épreuve ce puissant barrage dont il triompha avec succès. Grâce à la digue de Piney, Roanne est préservée d’une inondation subite. En 1895, un pont métallique est venu remplacer le pont en bois construit vingt-cinq ans auparavant (70).

SAINT-MARCEL-DE-FÉLINES

Altitude : 490 mètres. — Population 1.322 habitants. — À 25 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de Balbigny, à 7 kilom. — Château : de Saint-Marcel. — Fête patronale : saint Marcel et saint Valérien.

Saint-Marcel-de-Félines : Le Château

Pl. XIV. Saint-Marcel-de-Félines : Le Château.

Deux versions prétendent expliquer l'origine du mot Félines. Suivant la première, le nom viendrait d'une ancienne fabrique de poteries établie au hameau de Félines, du temps des Romains. D'après la deuxième version, cette localité tirerait son nom de l'ancienne maison-forte de Félines.

L'ancienneté de cette station gauloise est attestée par l'oppidum du Châtelard. Des fouilles récentes ont mis à découvert le mur d’enceinte formé d’un assemblage de blocs de pierres et de poutres de bois. Dans l’enceinte de cette vieille ville des Ségusiaves, on a trouvé trente puits avec de nombreux débris de poteries romaines et des médailles des empereurs Domitien, Adrien, Dioclétien, Maximien. Deux mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, pouvaient y tenir garnison (71).

SEIGNEURIE DE SAINT-MARCEL

Au Moyen Age, Saint-Marcel-de-Félines a porté tantôt le nom de Saint-Marcel-de-Cis, du nom d'un hameau situé sur son territoire, tantôt celui de Saint-Marcel-lès-Néronde. Au XIIIe siècle, cette localité avait reçu le nom de Saint-Marcel-d'Urfé. Son nom actuel lui vient de l'ancienne maison-forte de Félines qui fut réunie à la terre de Saint-Marcel par Claude de Mars, au milieu du XVIe siècle.

Le fief de Saint-Marcel comprenait les droits de basse justice dans l’étendue de la paroisse ; une rente noble consistant en redevances de sommes et de denrées de diverses natures, les fours banaux, les droits de leyde et de charnage à Néronde, le port de Piney, deux moulins et écluses sur la Loire, et enfin le fief de Félines (72).

Possesseurs du château. — La famille de Saint-Marcel existait dès la fin du XIe siècle. Les Guerric vinrent ensuite, puis les Tholigny ou Thorigny, Claude de Mars de Luxembourg, enfin les Talaru qui possédèrent la terre de Saint-Marcel depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours. Aucune famille ne la surpasse dans la contrée par l'ancienneté de la race et par un éclat soutenu.

Originaire du lieu de Talaru, à Saint-Forgeux, près de Tarare, les Talaru ont leur nom inscrit dans nos cartulaires, dès le XIe siècle. Hugues de Talaru suivit Philippe-Auguste à la 3e croisade en 1191 (73). Leurs descendants ont fourni trois archevêques à Lyon, dont deux furent cardinaux. Ils comptent aussi vingt-six chanoines, comtes de Saint-Jean. Dans l'ordre militaire, ils ont fourni des chevaliers, des commandants de l’ordre de Malte, des officiers supérieurs et un lieutenant général.

Jean de Talaru combattit dans les rangs des Ligueurs, puis fut partisan d'Henri IV après son abjuration.

Le dernier des Talaru fut Louis-Justin de Talaru, né le Ier septembre 1769. Il émigra, puis devint officier dans la compagnie écossaise des gardes du roi Louis XVIII et chevalier de Saint-Louis. Nommé pair de France, en 1815, il fut envoyé comme ambassadeur à Madrid en 1823. Créé Grand d’Espagne par Ferdinand VII, il fut promu chevalier de la Toison d'or, Grand-Croix de l'ordre de Charles III et commandeur de l'ordre de Saint-Louis. Enfin il fut nommé, par Charles X, ministre d’Etat, et membre du Conseil privé en 1825.

Après la Révolution de Juillet, il se retira de la vie publique. Il consacra son immense fortune, évaluée à quatorze millions, à secourir les malheureux, sans oublier ses parents et ses amis. Il mourut le 12 mai 1850.

Le château appartient aujourd'hui au baron Piston.

Le château de Saint-Marcel (74), occupé par les Grandes Compagnies vulgairement appelées les Anglais, ne subit pas grands dommages, et il subsiste tel qu’il fut reconstruit entre les années 1582 et 1587, par Jean de Talaru de Chalmazel.

C'est un édifice carré, flanqué à trois de ses angles de fortes tours cylindriques et entouré de fossés qu'on ne peut franchir que sur un seul pont de pierre, autrefois pont levis.

La porte d'entrée, défendue jadis par un moucharaby dont il ne reste que les consoles, a conservé son vantail en chêne, orné de têtes de clous, portant la date de 1587.

La cour intérieure est entourée de trois côtés par une galerie couverte supportée par de sveltes colonnes.

Dans les chambres, garnies de meubles élégants, se trouvent de beaux portraits.

L'ancienne chapelle, dédiée à saint Roch, sert de caveau funéraire à la famille Piston (75).

VIOLAY

Altitude : 830 mètres. — Population : 1.910 habitants. — À 36 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Tarare (Rhône), à 11 kilom. — Télégraphe de Néronde, à 13 kilom. — Château : de Noailly. — Fête patronale : saint Georges.

Ce village est situé au pied du mont Boussièvre. Son sommet est couronné par la tour Matagrin ; altitude : 1.004 mètres.

Trois fiefs existaient dans cette commune : 1° Noailly, possession des Talaru au XVe siècle. (On sait que la famille des Talaru possédait la digue de Piney, qu’ils avaient fait élever sur la Loire et en percevaient le péage.) Le fief de Noailly est possédé actuellement par M. Matagrin, qui l’a fait restaurer dans le goût moderne ; 2° Villette, château-fort au XVIe siècle, qui relevait de la châtellenie de Donzy ; 3° Pelouzat, ancien fief de Justice, qui appartenait à la famille de La Chaise, qui fournit le célèbre confesseur de Louis XIV. Pelouzat n'est plus qu’une ferme (76).

PERREUX

Altitude : 365 mètres. — Population : 2.093 habitants. — À 5 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare du Coteau, à 3 kilom. — Châteaux de : Bourg, Le Bretail, Cerbué, Chervé, Cressez, Garde, Josserand, Pérelles, Les Paras, Les Mures, Pelouses, La Rouzière, Vavres, Vence. — Pensionnat des Frères Maristes. — Fête patronale : saint Bonnet.

Vue générale de Perreux

Pl. XXI. Vue générale de Perreux.

Avant le XVIIe siècle, la châtellenie de Perreux comprenait dix paroisses, appartenant toutes au Beaujolais, sauf une petite enclave relevant du Forez. Mais, par suite d’aliénations de justices et de seigneuries faites par les sires de Beaujeu, elle ne comprenait plus, en 1789, que la paroisse de Perreux et celle de Pouilly-sous-Charlieu.

La position du bourg, au sommet d’une colline argileuse, commande la plaine du Roannais et permet de suivre les méandres de la Loire jusqu’à sa sortie du département. À l’extrémité de cette sorte de falaise se dressait, au Moyen Age, un puissant château-fort. Voir Pl. XXI.

Cette forteresse existait déjà à la fin du XIe siècle, puisque le comte Arnaud de Forez la cédait à cette époque, avec ses dépendances, à Humbert II, sire de Beaujeu. Ce manoir devait être considérable ; car, quelques années plus tard, il logeait dans ses murs les nombreux seigneurs et leur suite, venus comme témoins pour assister à la cérémonie d’inféodation de la forteresse d’Urfé par Arnolphe Raimbi à sire Guichard de Beaujeu.

Thizy, Lay et Perreux formaient les trois places fortes qui couvraient cette partie du Beaujolais. Les seigneurs de Beaujeu les engagèrent au duc de Bourgogne au XIIIe siècle pour avoir son appui contre leurs voisins de Forez.

Mais, au siècle suivant, ce manoir féodal se transforme en demeure princière.

Édouard II, sire de Beaujeu, dernier descendant de cette illustre famille, fit don du Beaujolais au duc de Bourbon, le 23 juin 1400. Voici à quelle occasion :

Le prince Édouard, adonné à tous les vices, mais résolu et audacieux, fut jeté en prison au commencement de l’année 1400. Un de ses vassaux, Guyonnet de la Bessée, osa lui refuser la main de sa fille. Il fit plus, il soutint, les armes à la main, les justes revendications des habitants de Villefranche. L’irascible Édouard ne connut plus de bornes, et Guyonnet fut en butte à toutes les vexations imaginables. Guyonnet souleva les Caladois, mais ils ne purent forcer le château du sire de Beaujeu. Le roi de France ajourna Édouard au Parlement de Paris. L’huissier chargé de la signification fut séquestré par Édouard qui, après lui avoir fait avaler parchemin et sceau, le fit jeter dans les fossés du château, où il se rompit le cou.

Des hommes de guerre, envoyés par le roi, emmenèrent Édouard prisonnier à Paris, et ses crimes furent instruits.

L’affaire tournait mal et sentait la corde. En cette périlleuse occurrence, il se jeta désespérément dans les bras du duc de Bourbon, son cousin germain, qui l’avait secouru en plus d’un mauvais pas. On se doute bien que cette assistance n’était pas tout à fait désintéressée. En effet, il ne consentit à sauver Édouard que contre la remise de ses seigneuries. Cet acte eut lieu le 23 juin 1400, il achevait l’œuvre de concentration de la puissante maison de Bourbon qui, par l’alliance de Louis II avec Anne d’Auvergne et de Forez, avait agrandi ses domaines jusqu’aux portes du Beaujolais. Édouard recouvra sa liberté aussitôt l’acte signé et se retira au château de Perreux, où il mourut six semaines après, de honte et de regrets. Il fut enterré à Belleville. Quant à la famille de la Bessée, elle reçut, à titre de dédommagement, la seigneurie de Rogneins (Saint-Georges-de-Reneins) (77).

Les protestants s’emparèrent de la forteresse en 1570 et, quelques années plus tard, elle fut démolie. Il ne reste plus de ce château que l’abside de la chapelle seigneuriale, quelques tours, la base du donjon et la porte d’entrée. Cette porte, à peu près intacte, est un ouvrage en maçonnerie massive ; elle s’ouvre par une baie ogivale. Point de meurtrière ni de mâchicoulis extérieurs ; la défense consiste dans la solidité des vantaux renforcés par la herse et dans l’épaisseur des murs.

Cette porte, ainsi que le donjon, paraissent être du XVIIe siècle, tandis que l’abside de la chapelle, dont l’ordonnance élégante des trois baies à plein cintre rappelle l’école clunisienne, appartient à la fin du XIIe siècle.

L’église paroissiale est accolée à une sorte de nef latérale du XVIe siècle dont les voûtes sont compliquées de liernes et de tiercerons. C’est du mauvais gothique.

Parmi les constructions civiles, on trouve d’intéressants motifs décoratifs, entre autres un riche logis à deux étages en encorbellement, flanqué à l’un de ses angles d’une élégante poivrière.

L’hôpital, fondé par C. Dubois en 1669, est une vaste construction sans intérêt architectural.

Un prieuré bénédictin était situé à Villeneuve, sur la route de Saint-Haon-le-Châtel à Thizy par le pont d’Aiguilly et Montagny.

Le château du fief de Chervé et la maison fortifiée d’Orgeval et Cerbué ont disparu après avoir appartenu, depuis le XVe siècle, aux Ru des Bost du Montet et Sauvat et aux Papon de Crozet, famille du célèbre jurisconsulte forézien.

De nombreuses tuiles à rebord et poteries romaines, trouvées dans un champ au-dessus du bourg de Perreux, indiquent que cet endroit a dû servir de camp pendant l’occupation romaine (78).

COMBRE

Altitude : 477 mètres. — Population : 388 habitants. — À 20 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Victor-sur-Rhins, à 4 kilom. — Gare de Bourg-de-Thizy et de Saint-Victor-sur-Rhins, à 4 kilom. — Fête patronale : saint Étienne.

Église moderne. Près du village qui domine le riant vallon de la Trambouze, affluent du Rhins, se trouvent quelques débris de l’importante maison-forte des Farges, fief dont Thélis donnait l’aveu au début du XIIIe siècle et qui passa ensuite aux d’Arcy et aux Bissuet de Saint-Victor (79).

LE COTEAU

Altitude : 278 mètres. — Population : 4.391 habitants. — À 1 kilom. de Roanne. — Poste et gare du Coteau. — Châteaux : le Couvent, Raineville. — Fête patronale : saint Marc.

Ce territoire faisait partie de la seigneurie de Roanne, mais il fut cédé au XIVe siècle, par le comte Guy VII, au sire de Beaujeu et fit, depuis, partie du Beaujolais jusqu'en 1789.

Sur ce territoire, trois anciennes routes se croisaient : la voie Sayette et deux chemins de Roanne à Lyon, le premier par l’Hôpital de Pierre Fortunière, le second par Régny. Le Coteau, dépendant de Parigny, ne fut érigé en commune distincte qu'en 1846 (80).

COMMELLE-VERNAY

Altitude : 340 mètres. — Population : 661 habitants. — À 6 kilom. de Roanne. — Poste de Roanne. — Gare du Coteau, à 5 kilom. — Châteaux : Chassignol, Potet, Rochard, Villard. — Fête patronale : saint Jacques et saint Philippe.

Ces deux paroisses distinctes ne forment, depuis 1840, qu’une seule commune. Ce territoire était traversé par la ligne séparatrice des provinces de Forez et Beaujolais dont le tracé fut arrêté dans une transaction, en 1223, entre le sire de Beaujeu et Guy IV, comte de Forez. Elle suivait l'ancienne voie Sayette depuis le port de Roanne jusqu’à Crozet, par Varenne, Commelle et Cucurieu.

Le bourg de Vernay couronne une colline escarpée sur la rive droite de la Loire. Le donjon, dont il ne reste que quelques pans de muraille, était une des quatre places fortes du mandement de Saint-Maurice.

Ancien pèlerinage de la Vierge, statue d’un beau style du XIIIe siècle. Le 8 septembre est le jour fixé pour la fête du pèlerinage. Parmi les ex-voto, on remarque celui d’un seigneur de Chervé, daté de 1684. Ce doit être Jean-Baptiste du Saix, lequel possédait le fief de Chervé dans la paroisse de Perreux (81).

Avant 1789, les comtes de Lyon nommaient à la cure et percevaient la dîme.

COUTOUVRE

Altitude : 450 mètres. — Population : 1.722 habitants. — À 14 kilom. de Roanne. — Poste de Montagny, à 8 kilom. — Gare du Coteau, à 13 kilom. — Châteaux : la Varenne. — Industrie : cotonnades. — Fête patronale : saint Denis.

Splendide point de vue s’étendant sur les cimes du Mont-Pilat et de Pierre-sur-Haute. Dans l'église, beau rétable en bois sculpté provenant du canton suisse de Saint-Gall.

Fief de la Varenne, construction du XVIe siècle. En 1601, il appartenait aux d’Arcy. Il passa, au siècle dernier, dans la famille de Damas d’Audour. Maison-forte de Morland, ancien rendez-vous de chasse des ducs de Bourgogne, ouvrage du XVIe siècle. Il n’en reste qu’une haute construction carrée dite tour de Morland, qui domine tout le pays environnant (82).

Ce village dépendait du Beaujolais et du diocèse de Mâcon, archiprêtré de Beaujeu, et élection de Villefranche avant 1789.

MONTAGNY

Altitude : 490 mètres. — Population : 1.821 habitants. — À 16 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de Bourg-de-Thizy, à 7 kil. — Industrie : cotonnades. — Châteaux : d’Armont, De Villaine, Le Creux, Roche, Varenne. — Fête patronale : saint Sulpice.

Très belle situation d’où l’on découvre tout le Roannais. Le clocher domine comme un phare tout le canton de Perreux. Pas de monuments anciens. L’église est de forme basilicale dans le goût néo-grec (83).

NOTRE-DAME-DE-BOISSET

Altitude : 300 mètres. — Population : 340 habitants. — À 7 kilom. de Roanne. — Poste du Coteau, à 6 kilom. — Gare de L’Hôpital, à 2 kilom. — Château : Bussière. — Fête patronale : l’Assomption.

Ce territoire était traversé, au Moyen Age, par deux voies : celle de Roanne à Lyon par Régny et le chemin ferré tendant de Perreux à Flandre, le petit Neulise.

Au milieu des forêts qui couvraient anciennement cette paroisse, existait une chapelle romane dédiée à Notre-Dame-du-Bois. Les seigneurs de Perreux la visitaient durant leurs chasses. C’était un lieu de pèlerinage. Pierre l’Ermite l’aurait visitée.

Petit castel de Bussière, élevé au temps de la Renaissance. Les possesseurs jusqu’à la Révolution furent : les d'Arcy, les de Rébé, les de Vaurion et les Ferrier. Ils rendaient la justice dans la paroisse, dont le curé, était nommé par un chanoine d’Arbois (84).

PARIGNY

Altitude : 331 mètres. — Population : 355 habitants. — À 7 kilom. de Roanne. — Poste de Roanne. — Gare du Coteau, à 4 kilom. — Châteaux : d’Ailly, de Saligny. — Fête patronale : sainte Madeleine.

Joli village dans la vallée du Rhins au fond de laquelle passait le chemin de Roanne à L'Hôpital.

Au hameau, près le Rhins, se trouve une vieille maison, dite de Louis XIII. Elle aurait servi d'hôtellerie à ce roi qui, se rendant de Paris à Lyon, ne put coucher à Roanne à cause d’une épidémie.

Le 15 janvier 1659, Louis XIV y prit collation en compagnie de sa mère, Anne d'Autriche, du duc d'Anjou, de Monseigneur Mazarin et de Mademoiselle de Mancini.

Dans le village, élégant manoir du XVe siècle, siège alors d’une prévôté, maintenant presbytère. L'église, contiguë au château, était une ancienne construction de type ogival primaire contemporain de la remise en fief de Parigny à Humbert II, sire de Beaujeu, par Arthaud de la Porte au XIIe siècle. Elle a été remaniée totalement en 1860.

Lors de la guerre de Cent Ans, les murs de la nef avaient été exhaussés pour l’établissement d’un vaste refuge disposé en six chambres.

À peu de distance du village, château d'Ailly (85).

SAINT-VINCENT-DE-BOISSET

Altitude : 300 mètres. — Population : 380 habitants. — À 5 kilom. de Roanne. — Poste et gare du Coteau, à 4 kilom. — Château : de Saint-Vincent. — Fête patronale : saint Vincent.

Situation très pittoresque de l'église. Château de la Motte, vaste demeure seigneuriale bâtie au siècle dernier sur une immense terrasse dont la vue s'étend jusqu'aux monts de la Madeleine.

Le célèbre peintre Honoré Fragonard, ami et commensal du marquis de Saint-Vincent, châtelain de la Motte, y avait exécuté quatre superbes toiles décoratives, symbolisant d’une façon satyrique les principales religions. Transportées à Florence, ces peintures ont été rapportées en France et vendues (86).

SAINT-GERMAIN-LAVAL

Altitude : 430 mètres. — Population : 2.049 habitants. — À 36 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de Boën, à 12 kilom. — Station du chemin de fer départemental. — Industrie : toiles, appelées guinées, et fabrique de rubans. — Fête patronale : saint Germain.

Saint-Germain-Laval : Vue d’ensemble, le Couvent des Récollets

Pl. XV. Saint-Germain-Laval : Vue d’ensemble, le Couvent des Récollets.

Petite ville agréablement située sur une colline qui est une des ramifications des montagnes qui séparent le Forez du Roannais, et, particularité digne de remarque, ces montagnes semblent former la limite entre le nord et le midi de la France, entre la langue d’oïl et la langue d'oc. Celle-ci se reconnaît facilement dans les divers patois du Forez, tandis que le langage populaire du Roannais se ressent davantage de la langue officielle d’alors. (Voir Pl. XV.)

La rivière d’Aix contourne la colline. L’église paroissiale est un vaste édifice du XIVe siècle. Des legs faits en 1316 et 1321 pour sa construction nous apprennent qu’à cette époque il existait à Saint-Germain un hôpital, une confrérie de prêtres, une autre du Saint-Esprit et diverses œuvres de charité.

La ville était entourée de murs. Cette enceinte, fut construite de 1440 à 1448, en vertu d’une ordonnance du comte de Forez. Du château-fort existant à cette époque, il n’en reste que des constructions grossières servant actuellement de maison d’arrêt.

La seigneurie de Saint-Germain était partagée entre les de Baffie et les de Saint-Germain. En 1248, Guillaume de Baffie et, en 1230, Arthaud de Saint-Germain accordèrent une charte d’affranchissement aux habitants de la ville. En 1302, la famille de Saint-Germain échangea avec Jean Ier, comte de Forez, sa seigneurie contre celle de Montrond et l’autre partie de Saint-Germain fut vendue par de Crussol et Béatrix de Poitiers, sa femme, à Guy VII, comte de Forez, pour la somme de 5.000 florins d’or. Au XVIe siècle, Saint-Germain devint châtellenie royale et fut engagé aux familles Dupuy de Souternon et Bert.

Le clocher de la chapelle seigneuriale contient une cloche datée de 1559 ; elle sert pour l’horloge publique.

La chapelle des pénitents était située en face de la mairie. Cette confrérie, fondée en 1620, dépendait de l’archiconfrérie de Roanne.

LE COUVENT DES RÉCOLLETS

Jusqu’au XVIIe siècle, le territoire de Saint-Germain-Laval ne posséda aucun établissement monastique.

Seule au fond d’un vallon, au lieu de Baffie, s’élève une modeste chapelle, propriété de la Société de la Diana. C’est l'antique sanctuaire de Notre-Dame-de-Laval, lieu de pèlerinage de grande renommée.

Saint Louis, en revenant des saints Lieux, passa près du comté de Forez. Il fît présent au sire de Baffie d’une statue de la Sainte Vierge rapportée d’Orient. Celui-ci la déposa dans la chapelle, où, suivant la tradition, paraît avoir été inauguré, dans nos contrées, le culte de la Mère de Dieu (87).

Le Lyonnais, le Forez, le Bourbonnais, l’Auvergne envoyaient des foules compactes de fidèles aux pieds de la Vierge noire, à l’époque de la fête de la madone. Les prêtres sociétaires de la paroisse ne pouvaient alors suffire aux besoins du culte. Aussi les habitants appelaient-ils de tous leurs vœux la fondation d'un monastère dont les religieux seraient chapelains de Notre-Dame-de-Laval (88).

Au début du XVIIe siècle, un ordre religieux, introduit en France depuis peu, jouissait de la faveur populaire. Les moines de cet ordre, appelés Frères Mineurs de l’Etroite Observance, mais plus connus sous le nom de Récollets, appartenaient à la grande famille de saint François ; c’étaient des Cordeliers réformés.

Une députation des habitants se rendit à Lyon, auprès de l’archevêque, Mgr de Marquemont, pour obtenir l'autorisation de fonder une maison conventuelle. Ce ne fut que sept ans après qu’un religieux Récollet vint à Saint-Germain pour faire choix de l'emplacement.

Le délégué fut le Père Chérubin, de Marcigny, auteur de la vie de Françoise de Nérestang, première abbesse de La Bénisson-Dieu. Ce religieux obtient des habitants qu'ils fourniront tous les matériaux nécessaires à la construction et qu'ils subviendront par leurs aumônes à la subsistance des moines. Restait l’emplacement. C’est alors que Jean du Crozet offrit le terrain dit du Chalumet, en dehors des murs d'enceinte. Le 6 juillet, les fondations du couvent sont tracées par le Père Chérubin et, le 14 du même mois, le donateur, noble Jean du Crozet, pose la première pierre comme fondateur. Le bienfaiteur des Récollets était lieutenant des eaux et forêts ; il avait deux résidences, l’une à Montbrison, rue de la Barrière, et l’autre au château de Crozet, aujourd’hui démoli.

Il cultiva les muses et fit même paraître un ouvrage intitulé la Philocalie, œuvre analogue à l'Astrée.

En 1644, bien que le monastère ne fût pas terminé, les Révérends Pères Définiteurs de Lyon envoyèrent douze religieux.

La construction demeurait en suspens lorsque deux généreux bienfaiteurs vinrent en aide aux Récollets.

Messire Guy Arthaud, chanoine prébendé d’Angers, donna 300 livres pour la bâtisse de l’église à la charge d’une messe perpétuelle et de faire placer une plaque de cuivre contenant ses dons, intentions, portrait et armes dans la nef de ladite église.

Françoise de Nérestang, en considération du Père Chérubin, donna la permission de prendre dans les bois de Riour et de Vézelin, domaine de l’abbaye, les pièces nécessaires pour la charpente de la toiture.

Melchior de Saint-Priest, seigneur de Fontanez, et Jean de Saint-Priest, son fils, héritiers de Jean du Crozet, continuèrent son œuvre. Les bâtiments conventuels, élevés avec de si modiques ressources, se trouvaient insuffisants. C’est pourquoi, en 1757, les habitants de Saint-Germain les reconstruisirent sur un plan beaucoup plus vaste. C’est l’édifice actuellement occupé par les dames de Saint-Charles. Trente ans après, le manque de sujets fit supprimer le couvent des Récollets, par suite d’un décret de l’Archevêque de Lyon, sur une requête des supérieurs de l’ordre. En outre, le décret portait que l’immeuble serait vendu et que le produit de la vente serait versé à la caisse du diocèse pour être placé en acquisitions de rentes au profit des religieux.

Les habitants de Saint-Germain se trouvèrent lésés dans leurs droits et adressèrent au gouvernement deux requêtes : l’une pour revendiquer la propriété du couvent, l’autre pour y faire établir une école royale militaire.

La Révolution, qui éclata deux ans après, empêcha les réclamations d’aboutir.

Vendu comme bien national, le monastère fut adjugé à M. Barthélemy Chaverondier contre la somme de 6.600 livres pour la maison conventuelle et autant pour l’enclos. Près de l’ancien couvent, M. Barthélemy Chaverondier et son frère installèrent, sur le bord de la rivière d’Aix, une des premières filatures mécaniques qui aient été créées en France.

Pendant la guerre de 1870, l’ancien couvent servit à loger les élèves du Grand Séminaire de Lyon. Aujourd’hui, il appartient à la Congrégation des Dames Saint-Charles (89).

Saint-Germain conserve encore plusieurs maisons remarquables, l’une sur la place du Marché, l'autre au coin de la place : c'est l'ancienne maison du Vernay ; une tourelle supportée par une colonne d’ordre corinthien en fait un joli morceau de la Renaissance.

Au-dessus de la chapelle de Notre-Dame-de-Laval, on voit deux ponts sur l’Aix. Ils remontent au XIVe siècle. Ce sont les ponts de Laval ou de Baffie et le pont Morru. Pour ce dernier, en 1414, Philippe Piseys, curé de Saint-Jean-la Vêtre, légua dix écus d’or pour en achever la construction.

Verrières, à 2 kilomètres au sud-est de la ville, est une ancienne commanderie de Saint-Jean-de-Jérusalem. Il n’en reste que la chapelle, une maison d’habitation, des bâtiments de service et une tour ronde. Ces constructions, remaniées à plusieurs époques, peuvent remonter, les unes au XIIIe siècle et les autres au XVe et au XVIIIe siècle. La chapelle du XIIIe siècle est d'un style très pur et construite en appareil fort soigné. Ce château féodal appartient à M. F. Thiollier, le savant auteur du Forez pittoresque et monumental.

AMIONS

Altitude : 470 mètres. — Population : 580 habitants. — À 26 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Germain-Laval, à 6 kilom. — Gare de Saint-Jodard, à 9 kilom. — Station du chemin de fer départemental. — Fête patronale : l'Assomption.

Le village, placé au sommet d’un cône très aplati, domine la plaine du Forez. Les débris antiques abondent sur ce territoire. On a trouvé des cercueils de grès, des poteries, des tuiles à rebords indiquant la présence des Gallo-Romains.

Une abside, qui paraît du XIIe siècle, est la partie la plus ancienne de l’église.

La seigneurie d’Amions a appartenu aux d’Acre.

Fait à noter, c’était le chapitre du Puy qui nommait le curé de la paroisse, lequel jouissait de la dîme (90).

BULLY

Altitude : 480 mètres. — Population : 1.116 habitants. — À 22 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Germain-Laval, à 15 kilom. — Industrie : mines anthracifères. — Station du chemin de fer départemental. — Fête patronale : saint Michel.

La façade de l’église paroissiale est l'ancien portail du XVe siècle, formé de trois voussures reposant sur des colonnettes engagées, aux chapiteaux sculptés de feuillages. Une confrérie du Saint-Esprit était établie à Bully, comme presque partout en Forez. Du château de Chantois, il ne reste que la chapelle surmontée d’un campanile à deux baies ; date probable, fin du XIIIe siècle.

Le fief de Chantois a appartenu aux Bochard, aux Lavieu, de Rollot, de Varennes, de La Mure, de Foudras et du Bourg.

Le hameau de La Mure a dû donner son nom à la famille du célèbre historien du Forez. Cette paroisse, dont les comtes de Lyon nommaient à la cure, dépendait de la châtellenie de Saint-Maurice et de celle de Chantois (91).

DANCÉ

Altitude : 540 mètres. — Population : 406 habitants. — À 26 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Germain-Laval, à 10 kilom. — Gare de Saint-Jodard, à 9 kilom. — Station du chemin de fer départemental. — Fête patronale : Décollation de saint Jean-Baptiste.

Village situé sur la limite du Forez et du Roannais. Une petite éminence porte le nom de Châtelard de Sierve ; on y remarque des traces de murailles qui paraissent avoir eu une destination militaire.

Ancienne maison de Pierrefitte datant du VIIIe siècle, cheminée monumentale du XVIe siècle dans la salle commune de la maison. C’était un cas assez rare dans le Forez : le curé jouissait de la dîme (92).

GRÉZOLLES

Altitude : 570 mètres. — Population : 546 habitants. — À 36 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Germain-Laval, à 7 kilom. — Gare de Boën, à 20 kilom. — Châteaux : de Grézolles. — Fête patronale : l’Assomption.

Ce petit bourg est situé sur un étroit plateau, entre les vallées d’Aix et de Patouse.

Le château primitif a disparu en 1604 ; il était pourvu de pont-levis, mâchicoulis, canonnières et guérites. L'habitation actuelle a été construite au XVIIe siècle. Les familles des Lavieu, Allemond ont possédé la seigneurie de Grézolles.

Remarquable chapelle rurale contiguë au cimetière, datant du XVIe siècle. Sa fenêtre à meneaux porte un fragment de vitrail du XVe siècle, représentant sainte Barbe.

Il y avait à Grézolles une confrérie du Saint-Esprit, alors que cette paroisse dépendait de l’archiprêtré de Pommiers (93).

LURÉ

Altitude : 550 mètres. — Population : 349 habitants. — À 33 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Germain-Laval, à 17 kilom. — Gare de Boën, à 22 kilom. — Fête patronale : sainte Anne.

Ce village se réduit à quelques maisons éparses dans une large vallée. On a trouvé au nord-ouest, au lieu-dit La Châtre, de nombreux débris romains. On croit que ce fut une station militaire des Sarmates.

L’église, de style gothique, a été construite en 1848. À l’ouest, s’élève la chapelle rurale de Montbereau (94).

POMMIERS

Altitude : 350 mètres. — Population : 684 habitants. — À 34 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Germain-Laval, à 4 kilom. — Gares de Balbigny et de Boën, à 10 kilom. — Châteaux de : Pommiers, Vernoille. — Fête patronale : saint Julien.

Ce village fut un prieuré bénédictin qui relevait de Nantua. La chapelle sert d’église paroissiale ; c’est un précieux spécimen de l’art du XIe siècle en Forez.

Les bâtiments conventuels sont à peu près intacts ; ils datent du XIVe siècle. Le cloître est du XVIIe. La demeure du prieur, convertie aujourd'hui en presbytère, fut bâtie au XVe siècle.

Pommiers était autrefois le chef-lieu d'un archiprêtré qui comprenait trente-deux paroisses. Les voici telles que les mentionne les archives du XVIIIe siècle : Ailleux, Amions, Arthun, Bussy, Cervières, Cezay, annexe d’Ailleux, La Chamba ou La Madeleine, Champoly, Cleppé, Saint-Didier-sur-Rochefort, Saint-Étienne-le-Molard, Sainte-Foy-lès-Villedieu, Saint-Georges-de-Baroille, Saint-Germain-Laval, Grézolles, Saint-Jean-la-Vêtre, Saint-Julien-d'Oddes, Saint-Julien-la-Vêtre, Juré, Saint-Just-en-Chevalet, Saint-Marcel-d’Urfé, Saint-Martin-la-Sauveté, Misérieux, Nervieux, Noailleux, Pommiers, Saint-Priest-la-Prugne, Saint-Priest-la-Vêtre, annexe de Saint-Jean-la-Vêtre, Saint-Romain-d'Urfé, Les Salles, Souternon, Saint-Sulpice, Saint-Thurin, annexe de Saint-Martin-la-Sauveté, La Valla, annexe de Saint-Didier-sur-Rochefort, Verrières, Urfé, Saint-Sixte, annexe de Cervières.

Le vieux pont de la Valla, jeté sur l’Aix, date du XIVe siècle ou du XVe, il est maintenant en ruines. Un document, de l’an 1264, nous apprend qu’en cas de condamnation par la justice du Prieur à la peine de mort ou de mutilation d'un membre, le prisonnier devait être livré, près de ce pont, aux officiers du comte, chargé de l'exécution de la sentence.

Le Châtelard était un ancien fief démembré de la seigneurie de Nervieux en 1751. Il reste peu de chose des anciens fiefs de Vernoilles, des Crevants, du Chardon et des Chantois, situés sur le territoire de cette commune (95).

SAINT-GEORGES-DE-BAROILLE

Altitude : 390 mètres. — Population : 601 habitants. — À 30 kilom. de Roanne. — Poste de Nervieux. à 6 kilom. — Gare de Saint-Jodard, à 7 kilom. — Château : Collonge. — Fête patronale : saint Georges.

Petit village situé près des bords de la Loire. L’ancienne église était bâtie dans le cimetière. Un hôpital existait à Saint-Georges, au XIVe siècle.

Au confluent de la Loire et de l'Aix, se trouve le Châtelard de Chazi qui est un oppidum gaulois.

Le château de Crozet a été incendié, il y a peu de temps ; il n’y reste plus que quelques pans de mur.

La chapelle de Baroille est une des plus anciennes du Forez ; on la trouve mentionnée dans un pouillé de Lyon, au XIIIe siècle. Elle est dédiée à la Sainte Vierge. Il s’y fait un grand pèlerinage le 8 septembre. Au XVIIIe siècle, Saint-Georges faisait partie de l’archiprêtré de Pommiers. L'abbé du Prieuré jouissait de la dîme, nommait à la cure et rendait la justice (96).

SAINT-JULIEN-D’ODDES

Altitude : 400 mètres. — Population : 403 habitants. — À 30 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Germain-Laval, à 3 kilom. — Gare de Boën, à 15 kilom. — Fête patronale : saint Julien.

Rien de remarquable que sa petite église dont le chœur voûté en berceau ogival date du XIVe siècle. Dans la sacristie est la pierre tombale du curé Guillaume Châ paraissant être du XVIe ou du XVIIe siècle.

Au nord, l’ancien fief de Serchan ayant appartenu aux Groygnon, aux Mallet, du Bourg et Michon. Messieurs les chanoines, comtes de Lyon, nommaient à la cure de cette paroisse (97).

SAINT-MARTIN-LA-SAUVETÉ

Altitude : 671 mètres. — Population : 1.539 habitants. — À 33 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Germain-Laval, à 10 kilom. — Gare de L’Hôpital-sous-Rochefort, à 9 kilom. — Châteaux : Aix, Saint-Pulgent. — Fête patronale : saint Martin.

Des antiquités romaines ont été trouvées sur plusieurs points de cette commune. Une voie antique venant de Feurs passait à La Sauveté. Des cercueils de pierre ont été découverts près de l’église.

La Sauveté n’est qu’un village. Il y avait un château, qui appartenait à l’ordre de Malte et dépendait de Verrières.

Le château d'Aix, caché au fond de la vallée de l’Aix, est entouré d’un fossé rectangulaire qu’on franchit sur un pont à deux arches, terminé par un pont-levis maintenant détruit. C’est une construction du XVIe siècle. François de, la Chaize dit le Père de la Chaize y naquit en 1624 ; on y voit encore son portrait.

Le château de Saint-Pulgent fut un ancien fief de la commanderie de Verrières. Il appartient aux Chambodu de Saint-Pulgent. Le commandeur de la seigneurie de Verrières nommait à la cure de cette paroisse.

NOLLIEUX

Altitude : 510 mètres. — Population : 358 habitants. — À 33 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Germain-Laval, à 4 kilom. — Gare de Boën, à 15 kilom. — Fête patronale : saint Thomas, apôtre.

Petit village dont les pentes sont couvertes de vignes et de prairies. Son ancienne église, du XVe siècle, a disparu, sauf la partie inférieure du clocher et la porte qui s'y ouvrait.

L’ancienne maison seigneuriale des d’Albon est au nord de l’église ; sa cour, entourée de bâtiments, est restée à peu près intacte depuis le XVIe siècle. On y remarque un écusson des d’Albon.

Le territoire de cette commune était traversé au midi par l’ancienne voie d’Aquitaine (98).

Le prieur de Pommiers nommait à la cure.

SAINT-PAUL-DE-VÉZELIN

Altitude : 431 mètres. — Population : 705 habitants. — À 23 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Saint-Jodard, à 6 kilom. — Château : de Saint-Paul. — Fête patronale : Conversion de saint Paul.

Village situé sur un plateau très sain près de la Loire. L’air salubre qu’on y respire avait déjà été remarqué. Un recensement de 1759 y constate l’existence de huit vieillards âgés de près de cent ans (99).

La seigneurie de Saint-Paul appartenait, au XIIIe siècle, à la famille d’Acre.

L'ancien château de Vézelin, dont il reste une tour, date du XVIe siècle. Ce fief, en toute justice, appartenait à l’abbaye de La Bénisson-Dieu. Sur le bord du ruisseau du Charavey, on trouve, à la limite des communes de Saint-Paul, Amions et Dancé, de nombreuses tuiles à crochet, vieux débris romains (100).

SAINT-POLGUES

Altitude : 600 mètres. — Population : 441 habitants. — À 22 kilom. de Roanne, — Poste de Saint-Germain-Laval, à 11 kilom. — Gare de Roanne. — Station du Chemin de fer départemental. — Fête patronale : saint Pierre.

La tour du château domine les deux plaines du Forez et du Roannais. Ce château avait une enceinte rectangulaire. Un petit corps de logis, reste de la demeure seigneuriale, sert de presbytère. L’église paroissiale occupe l’emplacement de l’ancienne chapelle. On y lit l’épitaphe d’Antoine et de Jean d’Augerolles, assassinés en 1584, par Aymard, seigneur de Saint-Priest, et Pierre de Saint-Priest dans une querelle de chasse à Roche-la-Molière.

La seigneurie de Saint-Polgues a appartenu aux d’Augerolles, de La Richardie de Besse, Dubourg (101).

SAINT-THURIN

Altitude : 490 mètres. — Population : 474 habitants. — À 40 kilom. de Roanne. — Poste et gare de cette localité. — Fête patronale : saint Taurin, évêque.

Village construit sur la route nationale de Lyon à Clermont.

On a trouvé, en démolissant l'ancienne église, un tombeau antique qui devait être surmonté d'un cippe.

Le château de la Chaise, berceau de la famille du confesseur de Louis XIV, a conservé une tourelle et un bâtiment avec galerie, le tout du XVIIe siècle (102).

SOUTERNON

Altitude : 510 mètres. — Population : 918 habitants. — À 25 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Germain-Laval, à 5 kilom. — Gare de Boen ou de Balbigny, à 20 kilom. — Châteaux de : Souternon, Trouillères. — Fête patronale : saint Étienne.

Vue splendide sur toute la plaine du Forez. On signale deux pierres à empreintes : au village de Boisseret, la Croix Pejosée, l'autre à Chassonnay, la Croix de la Cale.

De l’ancienne église du XVe siècle, il reste le chevet, une chapelle à droite et l'ancienne sacristie. L’autel, en belle menuiserie, serait un don du Père de la Chaise, ainsi que le rétable qui le surmonte.

Au XVe siècle, Souternon possédait un hôpital, une confrérie de Saint-Jean-Baptiste et une du Saint-Esprit.

Le château de Souternon était indivis entre les comtes de Forez, d'Auchon, d’Amplepuis, de Cumbes, de Foudras et d'Urfé (103).

Le château de Pierrelas, ancien fief aujourd'hui détruit, s’élevait au couchant de Souternon.

SAINT-HAON-LE-CHATEL

Altitude : 490 mètres. — Population : 613 habitants. — À 13 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de Saint-Germain-l’Espinasse, à 5 kilom. — Fête patronale : saint Eustache.

Cette ancienne ville, située au milieu des vignobles de la Côte, justement renommés, couronne une butte de porphyre dominant la plaine du Roannais. Les restes de ses fortifications du Moyen Age lui donnent un air fort pittoresque.

Les Gaulois habitèrent cette localité, car on y a trouvé des silex taillés, des haches polies, des poteries primitives. Sur la montagne du Haut-de-Prandières, on a cru reconnaître des traces d'une enceinte gauloise. Des fouilles ont donné des médailles gauloises et des monnaies éduennes.

Les Romains avaient élevé une forteresse sur l’emplacement du vieux château Moyen Age, bien longtemps avant que ce dernier fût construit. On y a trouvé des sépultures et des monnaies romaines. La voie romaine, dite Chemin des Soldats, passait au pied du château-fort, ainsi qu’aux Ardaillons, petit monticule où, plus tard, le roi de France Charles VII fit installer une batterie pour assiéger Saint-Haon, pendant la guerre de la Praguerie.

Au XVe siècle, le château avait trois portes dont deux subsistent encore : la porte de l’Hôpital et la Poterie, dix-huit tours et un donjon entouré de fossés. La porte de l’Hôpital a encore ses vantaux du XVe siècle.

L’hôpital, fondé au XIVe siècle par Alice de Saint-Haon, dame de Couzan, a été à peu près complètement détruit.

Mais beaucoup de vieilles maisons datant des XVe et XVIe siècle sont encore debout. Celle qui sert d’Hôtel de Ville est l’ancienne demeure du prévôt. Ce manoir date du XVe siècle. Une des portes est remarquable par sa belle décoration sculptée, ses vantaux et sa ferronnerie. Sur le tympan ogival sont sculptées les armes et la devise de Jean Peltier, bourgeois de Renaison, qui devint successivement juge de Forez, conseiller du duc Pierre de Bourbon, prévôt héréditaire de Saint-Haon et de la Chambre, et enfin, en 1498, il fut président du Conseil et de la Chambre des Comptes de Bourbonnais. Il avait obtenu, en 1476, de relever le nom de l’illustre famille de Saint-Haon. Son fils signe : Charles de Saint-Haon Banassat, seigneur de Beaucresson. François Ier logea dans le logis de la prévôté, lorsqu’il vint, en 1534, prendre possession du comté de Forez.

La maison de l’Evêque, sise près du château, fut la résidence des seigneurs de Saint-Haon, de Pierrefitte, La Perrière, Lévis-Couzan. Elle fut le berceau de la famille de Boisy. Ce logis prit son nom de Jean II de Boisy, évêque d’Amiens et neveu du Cardinal de La Grange. La Fleur de Lys, construction du XVIe siècle, a été le manoir des Lissieux.

Belle statue de la Vierge sur le portail de l’église, précieux morceau du XVe siècle (104).

AMBIERLE

Altitude : 460 mètres. — Population : 2.577 habitants. — À 18 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de Saint-Germain-l’Espinasse, à 4 kilom. — Châteaux : Gaillard, la Grye, Lamurette. — Fête patronale : saint Martin.

Ambierle : Vue d’ensemble Ambierle : Volets du triptyque de l’Église

Pl. XVI. Ambierle : Vue d’ensemble. Pl. XVII. Volets du triptyque de l’Église.

Ambierle : Volets du triptyque de l'Église. Michel de Chaugy. Laurette de Jaucourt. Panneaux du triptyque de l’Église

Pl. XVIII. Ambierle : Volets du triptyque de l'Église. Michel de Chaugy. Laurette de Jaucourt. Pl. XIX. Panneaux du triptyque.

Cette vaste et belle commune faisait partie du Lyonnais avant 1789. Le bourg, à mi-côte, est dominé par les combles de la magnifique église de son ancienne abbaye bénédictine. (Voir Pl. XVI.)

Les Gaulois habitèrent le territoire de Pierrefitte et le mont Charmette, où l’on a trouvé des flèches de silex et un menhir qui a été détruit en 1858. Un oppidum des Ambluareti aurait, dit-on, occupé le sommet du Châtelard.

La voie romaine, dite voie des Soldats, venant de Roanne par Saint-Haon, passait sur la crête de la Charmette ; on y voit encore partiellement des pavés sur ce sommet.

Des poteries, des médailles consulaires et impériales y ont été trouvées ainsi qu’à la Collonge où s’élevait une habitation de colons cultivateurs. Tous les hameaux de cette commune présentent des traces de l’occupation romaine. La chapelle de Saint-Symphorien-de-Georges fut bâtie probablement sur l’emplacement d’un temple païen. On croit qu’elle a été le berceau du christianisme dans ce pays et que là fut élevée la première chapelle chrétienne du Roannais. Cependant, cette supposition ne repose sur aucun document connu.

Un des monuments les plus remarquables de la région est certainement l'église de l’abbaye bénédictine d’Ambierle.

Cette abbaye est très ancienne, puisque, dès l’an 902, elle reçut une charte de l’empereur d’Allemagne, Louis III dit l'Aveugle, roi d’Italie et de Provence.

À ce moment, trente mas ou villages dépendaient de sa seigneurie. La fondation de ce monastère est attribuée à sainte Clotilde, reine de France. Le monument actuel est une construction du XVe siècle, à trois nefs avec abside polygonale. Ce fut Antoine de Balzac d’Entragues, abbé commendataire et évêque de Die et de Valence, en 1475, qui fit élever l’église actuelle et peindre les vitraux des trente-huit baies ou roses qui éclairaient l’édifice. Douze sont encore garnies de leurs anciens vitraux. Toutes ces verrières, exécutées dans un même atelier, appartiennent à la grande école de peinture sur verre du XVe siècle.

En 1752, un incendie détruisit les bâtiments conventuels et la plus grande partie des documents de l’abbaye.

Il ne reste plus rien du château de Pierrefitte, dont les seigneurs ont joué un rôle dans l’histoire du pays.

Le château de Rouillère, maisons des champs des prieurs, est une construction gothique du XVIe siècle. Le château de Lamurette a été bâti au XVIIIe siècle. Beau rétable forézien du XVIIe siècle dans la chapelle du château de La Grye. Bons tableaux dont une toile du Pérugin, donnée par M. le duc de Persigny.

On a vu, au début de cette notice, qu'Ambierle faisait partie du Lyonnais. Voici comment M. V. Durand explique cette enclave lyonnaise au milieu du Roannais.

La partie nord du département de la Loire était autrefois morcelée en territoires bizarrement enchevêtrés appartenant respectivement au Forez, à la Bourgogne et au Lyonnais. Cette dernière province possédait diverses enclaves, isolées entre elles et séparées du Lyonnais par le Beaujolais. La principale avait Charlieu pour centre, avec tout ou partie d’une quinzaine de paroisses ; la seconde était Régny et son annexe Nâconne en plein Beaujolais ; le dernier groupe comprenait : Changy, Ambierle et partie des paroisses de Sail-les-Bains, Vivans et Saint-Bonnet-des-Lars.

L’origine de cette extension singulière paraît remonter au célèbre traité de 1173, entre l'Archevêque, l’église de Lyon et le comte de Forez. Ambierle et ses environs auraient été conservés en vertu de l’article 3, portant qu’au nord d’Amions, sur la rive gauche de la Loire, chacune des parties conserverait ses possessions, mais l’Archevêque ne pouvait élever de fortifications sur les siennes.

Les possessions ne sont pas détaillées ; on peut cependant croire qu’Ambierle en faisait partie, car une charte, de l’an 902, indique que ce territoire appartenait au comté primitif de Lyon. On sait qu’il passa sous l’obédience de Cluny en 938. Le prieur d’Ambierle était seigneur du lieu avec haute, moyenne et basse justice. Mais il n’est pas d’indépendance véritable, si on ne dispose d’une force suffisante pour la faire respecter. Aussi, voyons-nous qu’un seigneur, nommé Hugues, prit et ruina le château d’Ambierle. Il vint à, résipiscence et indemnisa l’abbaye de Cluny (972) (105).

Plus tard, le vicomte de Mâcon ayant la garde d’Ambierle s’y conduisit plutôt en maître et déprédateur qu’en gardien. Aussi, à la demande du prieur Arthaud et d’Étienne, abbé de Cluny, Louis VII prit le monastère sous sa protection, et un accord passé le Ier septembre 1180, entre Thibaud, abbé de Cluny, et le vicomte de Mâcon, remit Cluny en possession d’Ambierle et des fiefs environnants.

Par suite de la protection royale, Ambierle et ses dépendances devinrent pour ainsi dire pays de protectorat.

Une charte de 1180 nous apprend que Philippe-Auguste prit sous sa protection le prieuré de Charlieu. À cette époque, le roi acquit, par achat ou confiscation, les droits de seigneurie directs à Charlieu. Le domaine royal, dont Ambierle et Charlieu marquaient les deux extrémités, fut placé dans le ressort du bailliage du comté de Mâcon que saint Louis venait d’acquérir (1238) (106).

Revenons à l'église.

Parmi les merveilles contenues dans la célèbre église d’Ambierle, le triptyque passe à bon droit pour en être la perle. L’érudit M. Chassain de la Plasse en fait la description en ces termes, dans l’intéressante revue le Roannais Illustré :

« Le mot triptyque, qui en grec signifie littéralement trois plis, s'applique d'ordinaire à des images peintes ou sculptées de dimensions très variables et composées de trois panneaux dont les deux latéraux sont destinés, en se repliant, à recouvrir le panneau central.

« Ici la composition centrale comprend trois panneaux sculptés en bosse. Il faut, pour la recouvrir, quatre volets peints, dont les deux inférieurs, plus grands, sont eux-mêmes composés chacun de deux panneaux. En réalité, nous avons donc devant les yeux un polyptyque ; nous continuerons néanmoins à employer le triptyque que l’usage a consacré.

« Le milieu forme une espèce de niche surmontée de trois dais finement sculptés, dont le fond rappelle l'abside d'une église ogivale. Au centre, Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié ; au pied de la croix, les saintes femmes avec saint Jean ; sur les côtés, quatre cavaliers parmi lesquels on croit reconnaître Caïphe et Pilate. Dans le fond, deux personnages plus petits semblent insulter aux souffrances du Sauveur. En bas, dans le coin gauche de la composition, on voit le crâne d’Adam ; selon la tradition, le premier homme aurait été enterré au sommet du Calvaire. (Voir Pl. XIX.)

« Le panneau gauche est composé de trois scènes de la Passion : la trahison de Judas, le couronnement d’épines, la flagellation ; à droite, comme sujets correspondants, l’artiste a représenté la descente de la croix, la mise au tombeau et la résurrection. Chaque sujet est surmonté d’un dais sculpté.

« Dans le principe, les cheveux, les chairs des personnages et certaines portions des vêtements étaient peints au naturel ; le reste était recouvert d’une fine dorure, bien apparente encore en beaucoup d’endroits.

« Cette partie du triptyque est aujourd’hui en assez mauvais état. Plusieurs morceaux sont brisés, d’autres vermoulus. Néanmoins, l’œuvre reste encore étonnante d’effet. Le dessin est d’une correction remarquable pour l’époque ; les draperies sont traitées avec une réelle entente de la nature, les figures sont bien groupées, l’ensemble de la composition respire l’énergie et la sincérité.

« Ces sculptures malheureusement souffrent de l’écrasant voisinage des volets peints qui les encadrent. On s’y arrêterait davantage, si l’admiration n’était pas attirée bientôt et comme accaparée par ces pures merveilles qui s’étalent tout auprès. (Voir Pl. XVII et XVIII.)

« Au bas de chacun des grands panneaux inférieurs, est tracée une inscription de deux lignes en lettres d’or gothiques.

« Avec un peu d'attention, nous déchiffrons les huit vers suivants :

Ceste table en ce lieu présent
Donna pour fair à Dieu présent
Messi Michiel de Chaugy
Conseillé chambellain aussy,
Et le premier maistre d’hostel
Du noble prince dont nest tel,
Phlppe bon duc de Bourgogne
En lan que l’église tesmoigne.

« À ces huit vers, M. Guillien en ajoute deux autres qui complètent bien le sens de l’inscription :

Mil quatre cent soixante-six
Dieu voille qu’en sa gloire sit.

« Mais ces deux vers nous les chercherions en vain. Les anciens du pays ne se souviennent pas de les avoir vus ; il paraît probable que M. Guillien ne les a jamais lus de ses yeux ; il les aura empruntés sans doute à quelque description ou document antérieur. On peut donc les considérer comme authentiques et tenir pour certain qu’ils ont autrefois figuré dans l’inscription, mais à quel endroit ? Sur ce point, aucun renseignement, aucun indice ne permettent de hasarder une simple hypothèse.

« Nous connaissons maintenant le donateur du triptyque, Michel de Chaugy. Ce pieux chevalier appartenait à une ancienne famille de Bourgogne qui se rattachait aux ducs de ce pays, et qui peut-être tirait son nom du fief de Chaugy, près de Sail-les-Bains. Depuis la fin du neuvième siècle, la famille de Chaugy possédait le fief de Roussillon, par suite du mariage d’un autre Michel de Chaugy avec la fille unique de Gérard de Roussillon.

« C’est Gérard de Roussillon qui, de concert avec sa femme, Berthe d’Aquitaine, avait fondé l’abbaye d'Ambierle ; on s’explique dès lors le magnifique présent fait par Michel de Chaugy au monastère fondé par son illustre ancêtre.

« Michel de Chaugy n’était pas du reste le premier venu. Son courage lui avait valu le nom de brave, et il devait aux services rendus à Philippe le Bon une foule d’honneurs et de dignités, qu’il conserva à la cour de Charles le Téméraire et même sous Louis XI, après la réunion à la couronne du duché de Bourgogne.

« Selon une tradition généralement suivie au Moyen Age, le donateur du triptyque s’y est fait représenter avec trois autres membres de sa famille. Les quatre personnages, agenouillés sur des prie-Dieu armoriés, au milieu de la campagne, un livre ouvert devint chacun d’eux, restent en adoration devant le divin Crucifix, dont les panneaux sculptés représentent la Passion. Leurs saints patrons sont debout derrière eux.

« Sur le premier panneau, à droite, Michel de Chaugy est revêtu d’une armure complète. Une cotte blasonnée à ses armes, écartelées de Chaugy et de Roussillon, recouvre sa cuirasse. De ses deux mains, il tient son livre ouvert. Sa tête est nue et rasée, suivant l’usage adopté à la cour de Philippe le Bon et qui semble du reste redevenu de mode aujourd’hui ; à la suite d’une maladie, le duc ayant dû se faire couper les cheveux, tous ses nobles s’étaient fait raser comme lui. C’est ainsi qu’au dix-septième siècle les gens de qualité ont porté perruque à l’imitation du grand roi.

« Saint Michel est recouvert d’une armure comme un chevalier. Un manteau noir, richement brodé d’or et de perles et doublé d’une soie rouge carminé, laisse passer ses grandes ailes d’archange. D'un geste de protection, il appuie sa main gauche sur l’épaule du sire de Chaugy. De la main droite avec sa lame surmontée d’un crucifix et d’une oriflamme blanche à croix rouge, il presse contre terre un monstre étrange et difforme qui enroule ses bras et ses pattes rouges autour des jambes du saint.

« Dans le second panneau de droite, Laurette de Jaucourt, femme de Michel de Chaugy, prie, les mains jointes, vêtue d'une longue robe noire, qu’enferme à la taille une ceinture rouge et qui laisse voir seulement au-dessous du cou un bout de guimpe blanche. La tête est serrée dans un voile blanc, formant une sorte de petit hennin à deux pointes dont les bouts retombent carrément sur les épaules. L’étoffe de la coiffure est transparente ; par endroits, on voit au travers la dalmatique rouge brodée d’or qui recouvre l’aube blanche de saint Laurent. De la main droite, le saint tient une palme et, de l’autre, le gril, instrument de son martyre.

« À gauche, le panneau le plus près du centre est occupé par Jean de Chaugy, le père du donateur, revêtu comme son fils d’une armure et d’une cotte aux armes des de Chaugy, or et rouge. Saint Jean-Baptiste, qui l’accompagne, porte une courte tunique brune, laissant passer la jambe et le bras droits demi-nus et un long manteau rouge carmin tombant jusqu’à terre. Sur son bras gauche, repose l’Agneau divin couché sur le livre des Evangiles.

« Dans le second panneau de gauche, Antoinette de Montagu, femme de Jean de Chaugy, est vêtue et coiffée comme sa belle-fille ; la robe noire est seulement bordée d’une fourrure blanche. Derrière elle, est debout saint Antoine, mais avec des traits et sous un costume que nous ne sommes pas accoutumés de lui voir. Sa tête est couverte d’un casque d'acier, et l'on devine une armure complète sous sa robe brune d’ermite ; un manteau d’un gris violet sombre flotte sur ses épaules. M. Guillien pense qu’ici l'artiste a songé « à l'ordre militaire qui fut créé, selon quelques légendaires, « vers la fin du quatrième siècle (370) sous l’invocation de « saint Antoine. » Cette sèche et en même temps trop longue description ne peut donner une idée de l'art exquis que révèlent ces peintures.

« Le dessin est toujours correct, les attitudes aisées et naturelles. Les chairs sont peintes avec une sobriété et une finesse de modelé merveilleuses, dans une gamme claire où les ombres sont à peine indiquées ; on croit voir réalisé le type poursuivi par notre école moderne du plein air. Les physionomies des personnages sont empreintes d’une expression profondément religieuse, et pourtant on sent qu’on est en présence de portraits et de portraits ressemblants ; c'est une harmonieuse combinaison du réalisme le plus sincère et de l’idéalisme le plus élevé.

Les figures des saints respirent le calme et la grandeur, et ne sont pas moins bien traitées que les autres.

« Les accessoires sont d’une vérité et d'un fini étonnants ; ce n'est plus seulement l'apparence, c'est la structure intime des choses que nous avons sous les yeux. Les paysages qui servent de fonds sont pleins d’intérêt et témoignent d’une entente de la perspective bien rare chez les maîtres primitifs. Les premiers plans sont semés de fleurs empruntées à la nature et rendues avec une délicatesse extrême. Remarquons entre autres cet iris violet qui pousse à côté du prie-Dieu de Laurette de Jaucourt.

« Sur les deux petits volets supérieurs, deux anges soutiennent des écus aux armes de la famille du donateur. Celui de droite est revêtu d'une robe bleu tendre. Celui de gauche, d'un violet pâle. Les deux robes sont magistralement drapées.

« L'extérieur des volets est peint également, mais en grisaille. Les deux petits représentent l'Annonciation. Dans les quatre grands panneaux, sont figurées, en camaïeu, se détachant chacune sur un fond rouge brun simulant une niche, les quatre statues de sainte Anne, tenant la Vierge entre ses bras, sainte Catherine, sainte Marthe domptant la Tarasque, et saint Martin de Tours, patron du monastère d’Ambierle.

« Sur le socle à pans coupés de chaque statue figure un écu aux armes de Chaugy, de Roussillon et de Jaucourt ; ces écussons, ajoutés après coup, recouvrent les noms des saintes et du saint, dont quelques lettres seulement apparaissent par endroits.

« Malgré de remarquables qualités, notamment dans les draperies de l'Ange, de sainte Anne et de sainte Catherine, ces peintures n'offrent qu’un intérêt secondaire. Il est difficile d’admettre, comme on l’a dit quelquefois, qu’elles soient d’une époque plus récente que les autres ; mais bien certainement elles ne sont pas l'œuvre du même artiste. L’auteur des panneaux intérieurs aura sans doute laissé à un élève le soin de décorer l’extérieur des volets.

« Cet auteur, ce grand artiste, quel est-il ?

« À première vue, l'œuvre appartient à l’école flamande. Les Flandres, du reste, dépendaient du duc de Bourgogne, et l'on sait quelle place les artistes de ce pays n’ont cessé d’occuper à la cour de Philippe le Bon.

« Mais il reste à déterminer auquel des maîtres flamands, célèbres à cette époque, doit être attribué l’honneur de notre triptyque.

« La tâche est malaisée. L’œuvre ne porte point de signature. Les gothiques Flamands ne signaient pas leurs tableaux.

Ils apposaient parfois leur nom sur le cadre, mais ce n'est qu’à partir du seizième siècle que l’usage se généralisa de signer la peinture elle-même.

« Nous ne pouvons pas davantage trouver une indication dans le procédé employé. Sommes-nous en présence d'une peinture à la détrempe, c’est-à-dire à l'eau et à la colle et recouverte d'un vernis huileux ? S’agit-il au contraire d'une peinture exécutée suivant les procédés nouvellement inventés ou mis en honneur par Van Eyck ? C’est ce qu’il est impossible de reconnaître aujourd’hui. Peut-être même l'artiste s’est-il servi d’un procédé dont le secret serait perdu, réunissant la délicatesse de tons et la finesse de détails que permet la détrempe, à la facilité de modelé que donne la peinture à l’huile en séchant bien moins vite.

« M. Guillien n’avait pas hésité à attribuer le triptyque d’Ambierle à Jean de Bruges, dit Van Eyck. Il ne dissimulait cependant pas quelques objections, qu’il considérait comme très graves et sur lesquelles Prosper Mérimée insistait particulièrement dans une lettre du 27 février 1845.

« Notre savant compatriote reprochait aux figures du triptyque un peu de maigreur dans les membres et de longueur dans les extrémités, défaut qui, suivant lui, ne se retrouvait pas dans les œuvres de Van Eyck.

« De plus, Van Eyck est mort en 1440, et l'inscription du triptyque porte la date de 1466. Il fallait donc admettre que l’année indiquée fût celle de la dédicace, et non celle de l'exécution des peintures, circonstance tout à fait insolite, disait Prosper Mérimée.

« Ces deux objections n’avaient pas grande valeur. Cette exagération prétendue dans la longueur des figures n'existe pas en réalité, et quant à la date, en supposant bien authentiques les deux derniers vers qui ont disparu, la teneur même du reste de l’inscription montre bien que l’année 1466 se réfère à la donation du triptyque ; les peintures ont bien pu être exécutées quelques années auparavant.

« Néanmoins, on est aujourd’hui généralement d’accord pour les attribuer à un autre que Van Eyck. Celui qu’on nomme de préférence est un peintre dont les anciens chroniqueurs exaltaient le génie, mais dont le souvenir s’était en quelque sorte perdu pendant plus de trois siècles. C’est seulement, en effet, en 1856, que M. Alphonse Wauters, archiviste de la ville de Bruxelles, est venu remettre en lumière ce grand maître oublié. Il s’agit de Roger de la Pasture — en flamand Van der Weyden — né à Tournai, vers l’an 1400, et qui était, sinon l’élève direct, du moins le disciple de Van Eyck. Un grand nombre de tableaux primitivement attribués à ce dernier ont été depuis restitués à Van der Weyden. Le triptyque d’Ambierle devrait être de ce nombre.

« Van der Weyden, il est vrai, est mort en 1460. Mais nous venons de dire que la date de 1466 portée dans l’inscription ne saurait servir de base à une objection sérieuse. M. Francisque Odier, le restaurateur du triptyque, et M. Édouard Jeannez, qui l’a étudié avec tant de conscience, n’hésitent pas à en faire honneur à Van der Weyden. C’est aussi l’opinion de M. Étienne Gauthier, dont la compétence en pareille matière est indiscutable et qui a pu étudier la facture du maître dans les Flandres, en Allemagne et dans le célèbre triptyque de l’hôpital de Beaune, longtemps attribué à Van Eyck, et aujourd’hui restitué au peintre de Tournai.

« D'autres connaisseurs ont parlé de Hans Memling. D’autres encore, et parmi eux M. Félix Thiollier, ont signalé, sans rien conclure cependant, l’analogie frappante que présentaient nos peintures avec les tableaux de Pierre Claëis ou Claëssens. Les Claëssens étant d’un siècle au moins postérieurs à Philippe le Bon, ne peuvent être les auteurs du triptyque ; mais l’analogie constatée semblerait indiquer un auteur plus récent que Van der Weyden.

« La question n’est donc pas encore tranchée d’une manière définitive. La solution est d’autant plus difficile qu’on manque de points certains de comparaison. Parmi les œuvres des primitifs Flamands, en effet, quelques-unes seulement ont reçu une attribution incontestable ; ce sont celles qui sont mentionnées dans des documents contemporains ; pour les autres, il n’y a que des probabilités. En Belgique et en Hollande, même dans certains musées des plus fameux, il n’est pas rare de voir des tableaux médiocres attribués à de grands maîtres, tandis que tant d’autres, de véritables chefs-d’œuvre, restent sans attribution ; tout dépend de la présomption ou des scrupules du rédacteur du catalogue.

« Après tout, c’est le plus souvent un simple intérêt de curiosité qui nous fait rechercher l’auteur d’un tableau. Ce qui importe davantage, c’est de savoir si l’œuvre est bonne ou mauvaise. Or, les peintures d’Ambierle sont admirables ; sur ce point, tout le monde est d’accord.

« Nous avons fait allusion à la restauration du triptyque. Déjà, en 1845, M. Guillien signalait l’urgence en même temps que les difficultés d’une pareille entreprise. Depuis cette époque, l’état du triptyque, placé derrière le maître autel, contre des murs un peu humides, n’avait fait qu’empirer. Les couleurs, il est vrai, avaient conservé leur fraîcheur primitive, mais les ais des panneaux étaient disjoints ; quelques-uns avaient glissé. L’humidité avait semé quelques points, notamment sur le visage et les mains de Michel de Chaugy, de larges moisissures d’un vert noirâtre. Même un jour, un enfant de chœur distrait, avec son cierge allumé, avait brûlé le bout d’un panneau.

« Il fallait aviser et procéder à cette restauration intelligente dont M. Guillien avait si bien tracé le programme en quelques mots : « Rapprocher les ais disjoints, faire disparaître les ravages de l'humidité, éloigner enfin pour l'avenir toute cause de détérioration nouvelle. »

« Par malheur, les habitants d’Ambierle, avec un attachement opiniâtre et jaloux, se refusaient obstinément à se séparer de leur triptyque. Sous l’Empire, M. de Persigny avait proposé d’envoyer les volets à Paris pour les faire réparer : toute la commune s’était soulevée contre ce projet. Plus récemment, l'Etat était tout prêt à faire les frais coûteux d’une restauration complète, mais la même résistance se produisit.

« C'est alors que M. Édouard Jeannez, auquel notre pays doit tant pour la conservation de ses souvenirs historiques, eut l'idée d’ouvrir, sous les auspices de la Diana, une souscription pour arriver à une restauration sur place.

« La tâche a été confiée à M. Francisque Odier, un peintre lyonnais, dont l'éloge n’est plus à faire. Avec une adresse étonnante et une patience sans bornes, il a suivi à la lettre le programme de M. Guillien. Les ais des panneaux ont été rejoints sans qu'on ait cherché à dissimuler leurs assemblages ; les moisissures ont disparu, mais sans repeints inutiles ; enfin le triptyque a été installé à sa place actuelle, où, bien mieux éclairé, il est en même temps à l'abri des causes de détérioration permanente qui le menaçaient autrefois (107). »

ARCON

Altitude : 830 mètres. — Population : 508 habitants. — À 13 kilom. De Roanne. — Poste de Saint-Haon-le-Châtel, à 12 kilom. — Gare de Roanne, à 15 kilom. — Fête patronale : saint Pierre.

Cette commune, située en partie dans les monts de la Madeleine, est à près de 900 mètres d’altitude. Point culminant, la Pierre-du-jour, à 1.165 mètres.

Le haut plateau de la Madeleine a été un lieu de refuge, car on y a trouvé des épées et des monnaies gauloises. Une antique voie, venant de Roanne, passait sur la crête de la Madeleine pour se rendre à Gergovie.

À l’époque de la domination romaine, de nombreuses voies sillonnaient cette paroisse et se croisaient à la Croix-du-Seul (sud).

À la Madeleine, on a donné le nom de Champ-du-Massacre à un emplacement sur lequel on aurait trouvé des épées romaines et des lances burgundo-franques.

Au milieu du plateau de la Madeleine, s’élevait le prieuré de Sainte-Madeleine-des-Bois, dépendant de l’abbaye d'Ainay. Sa chapelle fut incendiée par Mandrin en 1750. C’était un lieu de pèlerinage pour les paroisses voisines : Saint-Just, Saint-Nicolas, La Prugne, Arcon, Les Noës. Arcon fut érigé en paroisse en 1717. Le seigneur de Saint-André-d’Apchon avait le choix du curé (108).

NOAILLY

Altitude : 320 mètres. — Population : 943 habitants. — À 12 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Saint-Germain-l’Espinasse, à 5 kilom. — Châteaux : Briquelandière, La Motte. — Fête patronale : saint Pierre.

Cette paroisse, partie en Brionnais, partie en Forez, doit son origine à un prieuré de Bénédictins qui, au XIIe siècle, dépendait de l’abbaye de Savigny (109), dont le prieur nommait le curé.

Elle a englobé la seigneurie de Bonnefont et l’antique paroisse de Saint-Julien.

De nombreux silex éclatés et taillés, un menhir, la Pierre qui Vire, un tumulus à Bonnefont, un cimetière gallo-romain au lieu de Mirlaudat et à Vieil-Bas, témoignent de l’antiquité de ce territoire.

Château ruiné et fief de Beclandière, ancienne seigneurie du bailliage de Semur dans l’ancienne paroisse de Saint-Julien.

Noailly était un fief du pays roannais. Il appartint d’abord à une famille gallo-romaine.

En 959, une dame, Eumène, fit donation, aux moines bénédictins de Savigny, d’une église dédiée à saint Pierre dans sa villa à Noailly, ainsi que des villas voisines d’Arcy et de Champagny. La charte de donation fut confirmée par le roi Lothaire, le 10 décembre 959. Les moines élevèrent des granges, et chaque année le cellerier et le pitancier de Savigny vinrent chercher le produit des fermes que faisaient valoir des valets sous la direction des frères convers.

Au XIe siècle, une colonie de religieux sortis de Savigny vint s’établir à Noailly. Le prieuré était fondé. Le couvent est souvent cité parmi les cent soixante bénéfices, cures, monastères dépendant de Savigny. C’était une des plus anciennes fondations de l’ordre.

Au XIIe siècle, deux familles seigneuriales : celle de Bonnefont et celle de Pierrefitte, fixées à côté du prieuré, se disputaient le tènement de Flachée, lorsque saint Bernard vint édifier un nouveau monastère à La Bénisson-Dieu, à quelques pas du territoire contesté. Moins d'un an après sa fondation, le tènement, objet du litige, fut donné au monastère et supprima la cause du différend. Des démêlés surgirent entre la nouvelle abbaye et le prieuré au sujet d’une terre réclamée par les moines de La Bénisson-Dieu et par l’abbé de Savigny. Saint Bernard, pour mettre fin à ces disputes, écrivit à Foulques, archevêque de Lyon, son ami : « Si j’ai bien mérité à vos yeux, écrit-il, ne soyez pas indifférent à l’égard des indigents et pauvres que j’ai à La Bénisson-Dieu. Ce que vous ferez pour eux, c’est à moi, ou plutôt à Jésus-Christ lui-même que vous l’aurez fait. L'objet principal de mes supplications, c‘est que vous les mettiez à l’abri des attaques des moines de Noailly qui les poursuivent. Arrêtez les vexations ou, si mes enfants ont tort, soyez leur juge ; et puisqu’ils sont éloignés de moi, montrez-vous leur père (110). »

On ne sait quel fut le résultat de cette intervention. Dans la suite, l’abbaye, soutenue par le comte de Forez et protégée par le roi de France, augmenta en puissance et en richesse et, si le prieuré de Noailly ne fut pas rayé de la liste des monastères, il fut, dès lors, complètement éclipsé par son voisin.

À l’époque des guerres de religion, le baron des Adrets occupa plusieurs fois Savigny. Le pauvre moutier de Noailly ne fut pas épargné, « car environ la Noël de l’année 1585, il fut pillé et ravagé par les troupes du sieur Maréchal de Béroz qui incendièrent une grange et la maison du sieur des Farges, fermier dudit prieuré » (111).

L'année suivante, nouvelle visite des religionnaires. Les troupes du sieur d’Epernon s’y arrêtèrent, « laissant pour le logement vingt hommes qui s’empressèrent de déguerpir à la nouvelle de l’arrivée d’une troupe de cavaliers envoyée par La Guiche, gouverneur du Lyonnais, Beaujolais et Forez ».

Les derniers religieux avaient disparu depuis longtemps lorsque la Révolution éclata. Les revenus étaient devenus insuffisants, si bien que les commissaires du gouvernement ne trouvèrent que des ruines à vendre comme biens nationaux.

Noailly, comme la plupart des villages foréziens, n’eut pas d’autre origine que le prieuré de Bénédictins, dont la chapelle servit d’église paroissiale jusqu’au XIVe siècle. En ce moment, la chapelle tombant en ruines, les habitants refusèrent de contribuer à sa restauration et firent construire une église pour le service de la paroisse. Noailly comptait trente-six feux au XIVe siècle. Les habitants étaient, pour la plupart, pauvres et malheureux.

Les Grandes Compagnies ravagèrent le pays. Noailly, placé sur la route qui conduit de la petite Bourgogne en Auvergne, reçut à plusieurs fois la visite de Routiers, surtout après la bataille de Brignais, où périt la plus grande partie de la noblesse forézienne (112).

L’anarchie était dans toute la France. Un fait particulier le fera mieux comprendre.

Un certain Jehan de Guerry, habitant la paroisse de L’Espinasse, s’était fait une redoutable réputation. Avec quatre hommes aussi déterminés, il commettait force méfaits, assuré de l’impunité tant que les Routiers seraient à Marcigny. Or, en 1369, à la faveur de la nuit, Guerry et ses hommes pénétrèrent dans l’hôtel habité par Jehan de Bonnefond, « escuyer, demourant ès paroche de Noailly », et lui dérobèrent quatre mesures de froment, « qui lors estait moult chiers ». Poursuivi pour ce fait et pour avoir battu de verges Jehan de Messire, curé de L’Espinasse, il vit ses biens confisqués et lui-même activement recherché par le bailly de Mâcon ; mais il se battit si bien contre les Anglais que le roi lui accorda des lettres de rémission en 1376.

L’église eut beaucoup à souffrir des guerres de religion. Elle fut pillée plusieurs fois par les protestants. Les habitants étaient si pauvres qu’il fallut les obliger à la réparer, en 1604, car le prieuré ruiné était abandonné depuis vingt-cinq ans.

Les diverses justices qui se disputaient la prééminence sur le territoire de Noailly favorisaient les malfaiteurs. Plusieurs assassinats eurent lieu dans le bois de Raffin, traversé par la route tendant de Paris à Lyon.

Les années qui suivirent cette époque furent bien tristes, et, jusqu’en 1730, la population de Noailly continua à diminuer. Depuis quelques années, le village a changé d'aspect, et l’aisance a remplacé la misère noire des temps passés (113).

SAINT-ALBAN

Altitude : 470 mètres. — Population : 1.036 habitants. — À 10 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-André-d’Apchon, 33 kilom. — Gare de Roanne. — Station du Chemin de fer départemental. — Industrie : eaux minérales, ferrugineuses, limonades gazeuses. — Château : de Chazelles. — Fête patronale : Sacré-Cœur de Jésus.

Saint-Alban : Vue d’ensemble

Pl. XXII. Saint-Alban : Vue d’ensemble.

Station importante d’eaux minérales ferrugineuses, dans une vallée profonde et pittoresque. La commune et la paroisse datent de 1866. (Voir Pl. XXII.)

Enceinte vitrifiée de Chatelus, l’épaisseur du rempart atteint huit mètres à la base ; une antique voie, le chemin Thomas, mettait ce poste en communication avec un ouvrage fortifié par les Gaulois au lieu-dit le Châtelard.

Voie romaine de Roanne à la Croix-Trévin, par les Eaux. Débris antiques à Chazelles et aux Echaux.

Belle église moderne, bâtie sur les plans de M. Michaud, de Roanne (114).

LES NOËS

Altitude : 660 mètres. — Population : 423 habitants. — À 18 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Haon-le-Châtel, à 8 kilom. — Télégraphe, Renaison, 6 kilom. — Gare de Roanne. — Fête patronale : La Visitation.

Paroisse située dans les gorges et sur les flancs de la Madeleine et formée par la réunion des villages de Marimbes et des Forges. Le coteau de Marimbes appartenait au prieuré de Beaulieu. Nombreux sites pittoresques : Le Châtelard, l’aiguille de Py-si-Lame, de Ventegicle, le défilé des Etroits, la Planche-aux-Chèvres.

Silex éclatés, tumulus à Maucheret, enceinte, fer de lance gauloise au Châtelard.

Voie romaine et pavée des Etroits à la Madeleine. Anciennes verreries à Marimbes. Les bois de la Tache servirent de refuge aux gens de Renaison durant la guerre de Cent Ans.

La forêt qui précédait le bourg servit d’abri à Mandrin qui y aurait soutenu un siège. Séjour du saint curé d’Ars, pendant les guerres de l’empire (115).

La présence de Mandrin dans les bois de Noës fournit l’occasion de rappeler les faits et gestes du célèbre contrebandier dans le Roannais.

Par suite des annexions des diverses provinces qui ont constitué la France, les nécessités politiques et budgétaires avaient laissé subsister des taxes multiples et inégales. Ainsi pour l’impôt sur le sel, le royaume était divisé en plusieurs régions connues sous le nom de Pays de grandes gabelles, Pays de petites gabelles, Pays de salines, Pays de rédimés, Pays exempts et Pays de quart-bouillon (nom d’une mesure de sel). Le Lyonnais et le Forez étaient classés dans cette dernière catégorie.

Les taxes prohibitives favorisaient la fraude. Des désordres profonds désolaient le royaume. En l’année 1754, l’esprit public s’en était préoccupé vivement. Ce fut à ce moment que parut Mandrin, né à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs (généralité de Grenoble), le 11 février 1725. Louis Mandrin fut d’abord marchand de chevaux. Les pertes qu’il éprouva dans son commerce et le ressentiment causé par divers comptes non soldés de livraisons faites au gouverneur du Dauphiné furent probablement les causes des exploits de ce fameux contrebandier. Il fit de fréquentes apparitions, avec sa bande, sur les marchés du Forez, de l’Auvergne et du Velay, où il put vendre impunément ses marchandises ; mais il voulut se venger sur les receveurs des fermes des pertes que lui avaient occasionnées plusieurs saisies, en les forçant à main armée d’accepter son tabac et de le payer un bon prix.

À cet effet, il grossit sa troupe d’une foule de déserteurs, de vagabonds et même de soldats et d’officiers réformés à la suite de la guerre de la succession d’Autriche. Il donnait dix louis d’engagement, trente sous par jour et part au butin.

Le 11 juin 1754, il est dans le Vivarais ; le 30, à Rodez ; le 3 juillet, à Mende ; le 26 août, à Brioude ; le 28, à Craponne ; le 29, à Montbrison, puis il gagne la Suisse par le fort de Joux. Là, il prépare une nouvelle expédition. Le 4 octobre, il pénétrait en France, près du fort de l’Ecluse, prélevait des sommes importantes à Bellegarde, à Bourg-en-Bresse et à Châtillon-les-Dombes. Le 8 octobre, il franchissait les montagnes qui séparent le Beaujolais du Forez. Arrivé devant Charlieu, Mandrin divisa sa colonne en plusieurs corps : 150 hommes y entrèrent à dix heures du matin, le 9 octobre. Ils dirent au sieur Chabal, commis de l’entreposeur des tabacs, M. Hue des Côtes, lequel habitait Roanne, de leur compter 12.000 livres pour le tabac qu’ils allaient lui porter et ils forcèrent plusieurs particuliers, en les rudoyant, à lui prêter 4.500 livres. Ce commis demanda à leur chef quel était son nom ; il lui répondit qu’il s'appelait Louis Mandrin, et il lui donna deux reçus, l’un de 3.000 livres, l’autre de 1.500, après avoir laissé 914 livres de tabac de contrebande.

Au départ de Charlieu, une avant-garde de 25 hommes se sépara du gros de la troupe et prit les devants. Elle pénétra dans la ville de Roanne à quatre heures du soir et vint se mettre en bataille devant l’église Saint-Étienne. Peu après arrivèrent 125 autres contrebandiers avec deux fifres à leur tête. Celui qui les commandait forma trois détachements qui se rendirent chez M. Forest, entreposeur des tabacs, chez M. Livron, receveur des tailles, et chez M. Hue, receveur des gabelles. À ce dernier, on réclama 24.000 livres, qu’il assura ne point avoir en sa possession. Le chef de la bande ordonna alors d’aller chercher deux chevaux afin d’emmener M. Hue et son fils, ajoutant qu’on paierait bien 50.000 livres de rançon. Alors, le receveur demanda l’assistance d’un juge et de son greffier pour procéder à l’ouverture de sa caisse. Le commandant répondit que cela était juste et que ses gens n’étaient pas des voleurs. On alla appeler M. Geoffroy, lieutenant assesseur au bailliage de Roanne. On ouvrit la caisse, elle ne contenait que 10.000 livres. Le contrebandier déclara que ce n’était pas son compte et qu’il fallait emprunter dans la ville pour le compléter. L’impossibilité lui ayant été démontrée, il se contenta de la somme et la répartit à ses soldats, puis il donna en échange 20 ballots de tabac qu’il prétendit valoir 500 livres chacun.

Ces hommes allèrent ensuite chez le curé de Saint-Étienne et lui demandèrent 1.000 livres pour M. Hue. Comme il ne les avait pas, ils le laissèrent en liberté.

M. Livron leur donna 2.400 livres contre un reçu en bonne et due forme. Quant à M. Forest, les bandits après lui avoir enlevé 1.295 livres placées dans un placard, ils le forcèrent d’emprunter 1.206 livres. Alors Mandrin lui remit cinq ballots de tabac de 400 livres chacun avec la quittance suivante : Je déclare avoir reçu de M. Forest, buraliste, la somme de 2.501 livres pour cinq balles de tabac de contrebande que je lui ai fourni à Roanne le 9 octobre 1754. Signé : L. Mandrin.

Le troisième détachement faisait des perquisitions et recherchait M. de La Rochejaquelin, capitaine général des fermes, et M. Corson, ancien receveur des tailles. Mais ces fonctionnaires, après s’être déguisés, s’évadèrent de la ville en passant par-dessus le mur du jardin des Minimes.

Quelque temps avant leur départ, les bandits se présentèrent aux prisons qu’ils firent ouvrir par la nommée Antoinette Boudreau, femme du concierge, Jean Chartier. Ils mirent en liberté Antoine Servajean dit le Bon et Jacques Audonie, accusés de rébellion contre la maréchaussée de La Pacaudière ; ils auraient élargi également les autres prisonniers, si le sous-brigadier de la maréchaussée, le sieur Passavin, ne leur eût fait observer qu'ils avaient à faire à des voleurs et à des assassins.

N’est-il pas curieux de voir ces gens écouter tranquillement les remontrances de la maréchaussée ? Doit-on s'étonner des réflexions du procureur du roi, Cartier de Boiscartil, réflexions tout au moins singulières sous la plume d’un magistrat : « J’ai appris les actes d'hostilité qu’ont commis dans notre ville les contrebandiers. Comme ces sortes d'incursions attaquent plutôt l’intérêt des fermiers que le bien public, nos citoyens, en gens raisonnables, ont paru indifférents à leur arrivée. »

À Roanne, il y avait cependant une milice bourgeoise ; mais, sans doute, ces gens raisonnables ne jugeaient pas à propos d’exposer leur vie contre des brigands qui, après tout, n’en voulaient qu’aux agents de la gabelle.

Les cent cinquante contrebandiers qui venaient de visiter Roanne étaient soutenus par quatre escouades de cinquante hommes chacune postées : l’une au bas de Perreux, une autre à Vernay, la troisième au bois de Combray, entre Riorges et Saint-Martin-de-Boisy, la quatrième au bois Raffin, près de Saint-Romain-la-Motte. Une arrière-garde passa près de Roanne le lendemain à dix heures du matin. Le 10, toutes les bandes se réunirent à Villemontais ; là, ils expédièrent un de leurs camarades qui ne pouvait plus les suivre.

C'était une véritable guerre ouverte contre les fermiers généraux. Mandrin agissait au grand jour puisqu'il avait offert à M. Hue de lui donner le nom de tous ses hommes.

Le 10 octobre, Thiers fut envahi à 5 heures du soir ; Ambert, le 12 ; Arlanc et La Chaise-Dieu, le 13 et le 14. Le 16, au Puy, Mandrin fut blessé dans le siège du grenier à sel, le 17, il est à Pradelles ; le 18, à Langogne ; le 20, à Tence ; le 21, à Saint-Didier-la-Séauve ; le 22, à Saint-Bonnet-le-Château ; le 23, à Montbrison et à Boën ; le 24, à Roanne ; puis Mandrin et sa bande couchèrent à Charlieu, probablement au château de Malfaras. Il exigea une contribution de 1.000 livres du Receveur des tailles en échange d'une petite quantité de tabac et d'indienne. Le 25, à 8 heures du matin, les contrebandiers quittèrent Charlieu et se rendirent à Cluny, à Pont-de-Vaux, à Saint-Trivier et arrivèrent à Saint-Amour, le 27 avant le jour. Leur chef y fit bander sa blessure. Ils y dînèrent, puis rendirent la liberté aux prisonniers pour dettes. De là, gagnèrent la Suisse, le 29 octobre. Cette expédition avait rapporté près de 100.000 livres, sans compter d'autres profits.

Les ministres s'inquiétèrent de cet état de choses et envoyèrent 2.000 hommes de troupes à la poursuite des pillards. L’armée obéit, mais, dit le marquis d'Argenson : « les officiers y vont à contre-cœur et ne parlent que de leurs désagréments ».

Les masses populaires suivaient avec intérêt les mouvements de cet aventurier hardi, pour qui elles avaient une sympathie peu dissimulée, parce qu’il s'attaquait aux fermiers généraux réputés trop riches et vendait, croyaient-elles, les marchandises à meilleur compte.

Les contrebandiers, passés en Suisse, pénétrèrent de nouveau en France du côté de Pontarlier. Le 18 décembre, ils occupèrent Beaune ; le 19, ils se présentèrent sous les murs d'Autun et allèrent coucher à Gueunand ; le 20, au point du jour, les troupes royales battirent les bandes de Mandrin. Celui-ci rallia ses troupes, passa la Loire ; il obligea la maréchaussée de Dompierre à lui donner ses chevaux, armes et manteaux. Les contrebandiers surprirent la brigade des Fermes de Vichy, tuèrent les quatre gardes et blessèrent leur chef. Ils continuèrent leur course rapide par Arfeuille et Châtel. À Saint-Clément, ils massacrèrent un homme qui avait refusé de les conduire chez le buraliste.

Les dragons de la Morlière poursuivaient de près Mandrin. Il prit un jour de repos à Cervières. Le 23, il traversa Noirétable ; le 24, il était à Arlanc ; le 25 décembre, il arrivait à La Sauvetat, près de Pradelles les troupes royales l’y attendaient ; Mandrin s’échappa de nouveau. Il disparut ensuite du 26 décembre 1754 jusqu’au 11 mai 1755, jour auquel les troupes de Magalon de la Morlière l’arrêtèrent à Saint-Genis en Savoie.

Mandrin fut jugé et condamné au supplice de la roue le 24 mai. Le 26, après avoir fait amende honorable à la porte de l’église de Saint-Apollinaire et avoir montré un grand repentir de ses crimes, il reçut d’un air calme, sans le moindre soupir, neuf coups sur les bras et sur les jambes, huit minutes après on l'étrangla. Ainsi finit, à Valence, la vie de cet aventurier dont la popularité fut immense. Sa mort ne mit pas fin à la contrebande intérieure ; celle-ci ne disparut que lorsque les tarifs inégaux qui l’avaient causée furent supprimés par une nouvelle organisation des fermes (116).

RENAISON

Altitude : 420 mètres. — Population : 2.432 habitants. — À 11 kilom. de Roanne. — Poste de Renaison. — Gare de Roanne, à 8 kilom. — Châteaux : Bernarde, Bonnevaux, Taron. — Industrie : eaux minérales. — Fête patronale : saint Pierre.

Bourg important et bien situé à l’entrée de la vallée du Renaison. Riches coteaux plantés de vignes. Les traces du séjour des Gaulois sont nombreuses sur le territoire de cette commune : silex taillés à la Panetière, retranchements aux Etangs, tumulus aux Alloués. Ancienne voie romaine de la Fringale, tendant de Saint-Maurice à Ambierle, qui est devenue aujourd’hui la route des Ménards. Débris antiques à Chazelles, à Saint-Roch, à Château-Raid.

L’ancien château féodal placé à côté de la vielle église était jadis entouré de murs et de fossés. Il comprenait la place actuelle, la barrière, la ruelle Saint-Pierre et la Grand-Rue.

Le château actuel de Taron a été bâti par de Martinière. Le Nôtre en dessina les jardins. Ce fief, acheté en 1500 par J. Taron, passa d’abord aux Martinières, puis aux Goyet de Livron.

Le château de Bernarde, construction du XVIIIe siècle, a remplacé une ancienne maison-forte.

Le clos des Alloués rappelle un fait historique. En 1363, Mathieu Larchey, blessé à la bataille des Egaux, entre Français et Anglais, donna à la cure de Renaison une vigne située aux Alloués.

Ruines très pittoresques du manoir de Beaucresson. Le château, entouré de fossés, est du XVIIe siècle. Les Beaucresson furent érigés en baronnie en faveur de Jean Pelletier, petit bourgeois de Renaison en 1476.

Eaux minérales ferrugineuses dans la vallée du Renaison, à peu de distance de la Planche-aux-Chèvres (117).

Le barrage de Chartrain, destiné à capter et à amener à Roanne les eaux de la Tache, a été construit sous la direction de l’ingénieur Roland de Ravel.

SAINT-ANDRÉ-D’APCHON

Altitude : 420 mètres. — Population : 1.634 habitants. — À 11 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de Saint-Germain-l’Espinasse, à 11 kilom. — Station du chemin de fer départemental. — Château : de Saint-André. — Fête patronale : saint André.

Charmant village au centre des vignobles renommés de Boutéran. Vestiges gaulois aux Durands et aux Thiers, monnaies romaines à la Goura, aux Tables. Voie de Roanne à la Croix-Trévin, par Riorges. Le chemin de la Fringale passait aux Pantets. Ce chemin de la Fringale paraît être identique au magnum iter Forense.

De l’église ancienne, il ne reste que deux chapelles intéressantes ; elles sont du XVe siècle. Le grand attrait de l’église de Saint-André est dans ses vitraux peints au XVIe siècle. Quatre personnages remarquables dans la verrière centrale portent l’un le costume de chanoine, comte de Lyon, l’autre est Guichard, grand-père du maréchal Saint-André. Sur un troisième vitrail est peint Jean d’Albon, le quatrième représentait le célèbre maréchal ; un ouragan le détruisit, il y a peu de temps. La chaire à prêcher, en forme de tulipe, est de 1772.

Le château, construit par Jean d’Albon, dut être terminé lors de la visite du roi Henri II, accompagné de toute sa cour en 1548. Il a été démoli en partie, mais ce qui en reste et surtout un fragment de la Cour d’honneur suffisent pour donner une idée de son exquise élégance. C’était, au dire d’Anne d’Urfé, une des deux maisons magnifiques du pays de Roannais.

La destruction de ce superbe château fut accomplie, au début du XIXe siècle, par trois propriétaires auxquels il échut après l’encan révolutionnaire (118).

CHÂTEAU DE SAINT-ANDRÉ

Lorsqu’en 1606 Anne d’Urfé faisait paraître la Description du païs du Forez, voici comment il s’exprimait sur le château de Saint-André : « La plaine du Forez est séparée par quelques montagnes du Roannais qui est le meilleur de tout le païs, auquel il y a beaucoup de belles maisons, mais je me contenteray de remarquer les deux principales :

« L’une est Saint-André, bâtie par feu M. le Mareschal de Saint-André pour la plupart et par son père ; elle est accommodée de deux belles cours, l’une entre le corps de logis du chasteau, l’autre deors. Elle est embellie des plus belles galeries qui soyent en Forez, tant closes qu’ouvertes, d’une belle terrasse sur le devant, de beaux jardins et de fort beaux vergiers ; elle est fort saine en lieu sec, en belle veue et proche de très bons vignobles. »

Il ne reste que quelques ruines de toutes ces magnificences. Ce fut plutôt une habitation de plaisance qu’une forteresse. Le plus célèbre des seigneurs de Saint-André, le maréchal d’Albon Saint-André, au dire de Brantôme, « surpassait le roys par son goût des superbetés et belles parures, de beaux meubles très rares et très exquis. Il fallait de grands et beaux châteaux pour loger ces superbetés ».

Plusieurs documents peuvent aider à nous rendre compte de ce qu’était le château dans sa fastueuse intégrité. C'est d’abord la description qu’en donne Anne d’Urfé, puis une vue du château de Saint-André exécutée sur un éventail, en 1740, par Ponchon, artiste roannais ; enfin, le partage qu’en firent, le 13 germinal an VII devant le notaire public de Saint-Haon-le-Châtel, les quatre citoyens qui avaient acheté de la Nation le ci-devant château de Saint-André, appartenant à l’émigré Vichy et une partie des propriétés qui en dépendaient, au prix de 81.750 francs en assignats.

Le premier lot était formé « de la cour du nord avec l’écurie des chevaux, des bœufs, les deux granges, le pigeonnier, les deux ailes du corps de logis composant le château, cours intérieures, les fossés, le jardin clos de murs ».

Le second lot comprenait « la cour du midi avec les remises, glacières, l’orangerie qui y est adossée, le pavillon y attenant, les bâtiments des basses-cours, appents et bûchers, etc..., etc. »

Un inventaire fait en 1650 nous montre la magnificence des meubles du château, la vaisselle d’argent était estimée 9.607 livres 2 sols.

Les plus anciens seigneurs, possesseurs connus appartiennent à la famille de L’Espinasse. Puis vint la famille d’Albon, dont le plus célèbre membre fut Jacques d’Albon, marquis de Fronsac, comte de Valery, seigneur de Saint-André, maréchal de France, chevalier de l’ordre de Saint-Michel et de celui de la Jarretière, etc.

JACQUES D’ALBON

Né en 1510, il fut attaché de bonne heure à la personne du Dauphin et fit ses premières armes à 17 ans, en Italie. Il remplit de ses faits d’armes les règnes de François Ier et de Henri II. Le 29 avril 1547, il devint maréchal de France. En 1550, le roi le nomme ambassadeur en Angleterre, puis, à son retour, gouverneur du Lyonnais, Forez, Beaujolais, Dombes, Auvergne, Bourbonnais, Marche et Combraille, domaine du connétable de Bourbon, avant sa trahison.

Le maréchal de Saint-André était alors à l’apogée de la fortune et de la faveur. Il eut l’honneur, en 1548, de recevoir, à Saint-André, le roi Henri II et sa cour. On peut s’imaginer les belles fêtes qui furent données dans cette belle résidence.

En 1552, il contribua pour une grande part à la conquête de la ville de Metz. Après la mort d’Henri II, il forme avec le connétable de Montmorency et le duc de Guise ce qu’on a appelé le triumvirat catholique, union politique dirigée contre les protestants. Pendant trois ans, il déploya dans ce nouveau rôle une activité incroyable et toujours victorieuse. Mais, le 19 décembre 1562, ayant été fait prisonnier à la bataille de Dreux, il est lâchement tué d'un coup de pistolet par un nommé Perdriel de Bobigny, ancien gentilhomme de sa maison, qu’il avait chassé et laissé gravement insulter par le baron de Saint-Sorlin, son neveu.

La famille des d'Albon s'éteignit en 1695, et le château passa par héritage à la famille de Vichy de Saint-Georges, qui le conserva jusqu’à la Révolution.

Vendu à cette époque comme bien national, il fut morcelé et stupidement démoli en grande partie (119).

SAINT-GERMAIN-L’ESPINASSE

Altitude : 340 mètres. — Population : 1.114 habitants. — À 12 kilom. de Roanne. — Poste et gare de cette localité. — Châteaux : des Athiauds, Chamarande, les Oddins, Villa des Sables. — Fête patronale : saint Germain.

Cette commune est située sur la limite du Forez et du Brionnais, à la croisée des routes de Paris à Antibes et de Charlieu à la Croix du Seul (sud).

Au pré d’Allent, vaste cimetière antique, dolmens et monnaies gauloises.

La grande voie romaine de Roanne à Clermont passait aux Varennes. L’église contient des peintures murales et treize tableaux donnés par M. le duc de Persigny.

Fief et château de Chamarande. D’abord ancien moulin au XIIIe siècle, puis maison-forte au XVIe, reconstruite par d’Ornaison, vendue par lui plus tard aux Michon de Vougy.

La paroisse, avant 1789, s’étendait partie en Forez, avec élection de Roanne, partie en Bourgogne avec élection de Moulins. Le curé était choisi par le prieur d’Ambierle (120).

SAINT-HAON-LE-VIEUX

Altitude : 485 mètres. — Population : 1.011 habitants. — À 15 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Haon-le-Châtel, à 1 kilom. 1/2. — Gare de Saint-Germain-Lespinasse, à 4 kilom. — Châteaux : de Champagny, La Chamba. — Fête patronale : saint Abonde.

Paroisse placée à mi-côte, vis-à-vis Saint-Haon-le-Châtel dont elle est séparée par le ruisseau de La Besse. On croit que vers le XIe siècle, Saint-Haon aurait remplacé une ancienne paroisse appelée Saint-Abonde et se serait appelée d’abord Saint-Haon-l’Église, puis, plus tard, Saint-Haon-le-Vieux.

Silex à la Pinée Merle, pierres levées dont une détruite près de Mayœuvre, lieu supposé d'une bataille entre Vercingétorix et les Romains chassés de Gergovie.

Le chemin de la Fringale passait à l'Etang-d’Azoles. Chemin pavé se dirigeant de Champagny par Pierrefitte à la rencontre de la route des soldats, qui montait à la Croix-du-Seul (sud).

Champagny, villa donnée au prieuré de Noailly, devint la propriété, au XVIIe siècle, de Nompère du Mont, près de Charlieu.

Fief et château de la Chambre (camera), ancienne prévôté.

En 1270, Guillaume de Camera signe l'acte d'affranchissement de Saint-Haon. Le château paraît dater du XVIIe siècle.

Le prieur d’Ambierle nommait le curé de cette paroisse (121).

SAINT-ROMAIN-LA-MOTTE

Altitude : 340 mètres. — Population : 1.120 habitants. — À 13 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Saint-Germain-l’Espinasse, à 2 kilom. — Fête patronale : saint Romain.

Vieille contrée roannaise, entre les deux ruisseaux d’Oudan et Targuetant, dont la seigneurie appartint par moitié à Jacques Cœur.

Sur ce territoire, se trouvaient les dépendances d'une ancienne Commanderie du Temple, unie plus tard à celle de Verrières.

Peu de vestiges de la présence des Gaulois, mais nombreux débris de poteries, médailles romaines. Sépultures de Marolles, avec vases dans les cercueils.

Poteries mérovingiennes de Vaux.

Ancien fief et château de la Motte, érigé en 1613 par Louis Gouffier en faveur d'Achille Bernay du Coudray.

Château et fief de Vaux, donné par Dalmais de Roanne à Jean et André de la Chaux, au XIIIe siècle. Au XVIIe siècle, les Dames Ursulines de Roanne acquirent ce fief du baron de Poncenat, arrière-petit-fils du célèbre huguenot de Changy.

Un des plus remarquables plafonds de ce château se trouve au château de Ressins.

Saligny, fief acquis au XVe siècle par Guillaume Gouffier.

Le fief de Vouldes avait été érigé en faveur de Tristan de Gouffier de Boisy (122).

SAINT-RIRAND

Altitude : 590 mètres. — Population : 539 habitants. — À 22 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Haon-le-Châtel, à 7 kilom. — Gare de Saint-Germain-l’Espinasse, à 11 kilom. — Fête patronale : saint Rirand.

La seigneurie de Saint-Rirand fut vendue, en 1597, par Jean Damas de Vertpré à Jean Mayne. Au XVIIIe siècle, le prieur d'Ambierle et de Vichy en étaient les co-seigneurs. L'ancienne chapelle dépendait d’Ambierle, de Pierrefitte et de la prévôté de la Chambre.

Ce territoire pittoresque et boisé limite le département de l'Ailier. Le village est situé au sommet de la longue vallée de la Tache, ou Rivière-Noire, qui sort du plateau de la Verrerie. C'est ce cours d'eau qui alimente le réservoir destiné à fournir d’eau potable la ville de Roanne.

Dans cette même vallée, Jacques Cœur aurait commencé des travaux de dérivation de la rivière qu'il voulait amener au château de Boisy.

On a trouvé des médailles des Eduens et anépigraphes des Ségusiaves vers Le Bourg, à Combeyrand.

Voie romaine pavée de l'Etrat, sur la limite des Arvernes, allant du plateau de La Madeleine à la Croix-du-Seul (sud), où elle rejoignait le Chemin des Soldats. Belle voie pavée, montant au Roc de la Verrerie Saint-Nicolas. Médailles aux effigies des comtes de Lyon trouvées au hameau détruit de Battrière. Église moderne, maître-autel du XVIIe siècle (123).

SAINT-JUST-EN-CHEVALET

Altitude : 654 mètres. — Population : 1.570 habitants. — À 27 kilom.de Roanne. — Poste de cette localité. — Gare de Saint-Thurin, 16 kilom. Châteaux : de Contenson, de Saint-Just-en-Chevalet, Trémolin. — Pensionnat Saint-Camille (Frères Maristes). — Fête patronale : saint Just.

Église de Saint-Just-en-Chevalet

Pl. XXIII. Église de Saint-Just-en-Chevalet.

Petite ville sur les flancs d’un coteau, au pied duquel coule la rivière d’Aix. L’église paroissiale (124), consacrée à saint Thibaud, vient d’être démolie. Mme la baronne Camille de Rochetaillée l’a fait reconstruire en style gothique. À l’extrémité du bourg, se trouve une chapelle du XVe siècle, attenante au château. Ce château, longtemps propriété des comtes de Forez, fut vendu par le connétable de Bourbon, à la famille d’Urfé, en 1507. En 1776, il passa aux de Simiane, plus tard aux de Meaux, qui le possèdent encore.

Au milieu d’un carrefour, belle fontaine du XVIe siècle. Près du village des Rivières, à Grezolles, on a trouvé des antiquités romaines, ainsi qu’à la maison Palabost.

Le château de Trémolin fut un fief possédé par les Trémolin, La Peyrouse, La Chaise et du Bost.

Château de Contenson

Pl. XXIV. Château de Contenson.

Château de Contenson, façade principale

Pl. XXV. Château de Contenson, façade principale.

Le magnifique château de Contenson (125), récemment construit par M. le baron Camille de Rochetaillée, a remplacé une ancienne demeure féodale du XVIe siècle que les d’Ogerolles, du Vernay d’Ogerolles, de Faudras, de Bessey avaient possédée successivement.

L’ancien fief de Montloup fut la propriété du chroniqueur Jean Perrin, souvent cité par La Mure.

La paroisse de L’Immaculée-Conception a été démembrée de Saint-Just, en 1868. L’église est bâtie au hameau de La Tuillère.

Saint-Just possédait un prieuré qui fut réuni à celui de Cunlhat en Auvergne. Le prieur nommait à la cure de la paroisse (126).

CHAMPOLY

Altitude : 730 mètres. — Population : 898 habitants. — À 35 kilom. De Roanne. — Poste de Saint-Just-en-Chevalet, à 8 kilom. — Gare de Saint-Thurin, à 7 kilom. — Fête patronale : saint Bonnet.

Village situé dans un col faisant communiquer les vallées d’Aix et d’Anzon. Église moderne. Le clocher a une cloche de 1523, sur laquelle on lit : Maria Salvatorr (a) et une invocation à saint Bonnet, patron de l’ancienne paroisse du Xe siècle.

Sur le territoire de cette commune, se trouvent les Cornes d’Urfé (943 mètres d’altitude). On appelle ainsi les ruines du château que la famille d’Urfé fit construire au XIIIe siècle. Les abords immédiats du château sont abrupts. On remarque des vestiges d’un fossé ; une grosse tour ronde est encore debout avec l’enceinte. En dehors du château se trouvent les ruines d’une église qui fut réparée par Pierre d'Urfé, au XIe siècle.

Il existait encore une enceinte extérieure, en dehors de celle du château ; elle abritait les vassaux en temps de guerre.

Les comtes de Lyon nommaient à la cure (127).

CHERRIER

Altitude : 824 mètres. — Population : 1.071 habitants. — À 16 kilom. de Roanne. — Poste de Villemontais, à 6 kilom. — Gare de Roanne, à 16 kilom. — Fête patronale : saint Barthélemy.

Le vieux bourg, bâti loin de la route, se groupe autour de son clocher. Le village proprement dit n’est qu’une suite d’auberges établies le long de la route ; il porte le nom de Moulin-Cherrier. L'abside de la vieille église de Cherrier paraît être du XIe siècle, tandis que la façade et le clocher datent du XVe siècle.

Au Châtel, restes d’une petite gentilhommière. MM. les chanoines comtes de Lyon percevaient la dîme dans cette paroisse et nommaient le curé. La seigneurie de Saint-Just-en-Chevalet y rendait la justice. Au Poyet, monument mégalithique remarquable. On y a trouvé un superbe silex, taillé, ayant dû servir de poignard ou de tête de lance (128).

CREMEAUX

Altitude : 680 mètres. — Population : 1611 habitants. — À 29 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Just-en-Chevalet. à 9 kilom. — Gare de Roanne. — Fête patronale : saint Martin.

Village assis sur un plateau élevé. L’antique église du XVe siècle, remarquable par son dessin robuste et sa construction, vient d’être reconstruite par l’architecte Pas. On n’a conservé que la grosse tour du clocher formant porche. L’étage supérieur est percé de fenêtres géminées. Une voûte à nervures recouvre ce porche ; elle se compose de deux compartiments divisés par un arc suspendu au-dessus du portail et partant du pilier central sur un culot admirablement sculpté en plein granit. Le clocher possède une cloche d’une grosseur absolument remarquable.

La seigneurie de Cremeaux, citée dès 1244, appartint aux de Cremeaux, de Baffie, de Mont-Saint-Jean, de Thil, Vernin, de Saint-Germain-d’Apchon. Elle sert d’école communale. Le séminaire de Saint-Charles, à Lyon, avait le droit de désigner le curé de la paroisse.

Au Châtelard, restes de constructions militaires.

Curieuses pierres à Judas et à Tissières. Vestiges de la chapelle Saint-Eloi à Cousset.

Le château de Laval appartenait, au XVe siècle, à la famille de Lucé ; celui de Fontanès a vu naître le duc de Persigny ; il a été démoli (129).

JURÉ

Altitude : 750 mètres. — Population : 602 habitants. — À 34 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Just-en-Chevalet, à 6 kilom. — Gare de Saint-Thurin, à 15 kilom. — Fête patronale : saint Barthélemy.

Petit village au fond de la vallée de l'Aix. Débris romains à Vodiel, source d’eau minérale à la Dey. Église moderne, élevée en 1842 ; tout auprès, croix de 1597.

Le Chamarier du prieuré de Pommiers nommait le curé ; cette paroisse dépendait de la justice de Saint-Just-en-Chevalet (130).

SAINT-MARCEL-D’URFÉ

Altitude : 650 mètres. — Population : 663 habitants. — À 39 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Just-en-Chevalet, à 6 kilom. — Gare de Saint-Thurin, à 12 kilom. — Château : de Saint-Marcel. — Fête patronale : saint Marcel.

Village situé sur les pentes de la montagne d'Urfé.

Il fut détruit par les Ligueurs en 1595.

Sur un monticule, au-dessus du village, chapelle de la Chirat avec clocheton en charpente. Claude de Saint-Marcel fonda la chapelle et la dédia à la Sainte Vierge, au commencement du XVIe siècle.

Très belle statue de la Vierge Mère, en albâtre, du XVIe siècle, entre quatre chandeliers d'argent portant l’estampille de Catinet à Lyon. Petit bénitier en bronze aux armes des Raybe.

Restes d'un château bâti au XIVe siècle. Au-dessous, château de Saint-Marcel, construit au XVIIe siècle ; on a trouvé, dans les bâtiments d'exploitation, les ruines de la chapelle primitive de l'ancien château possédé par les Raybe, au XIVe siècle ; il passa ensuite aux d'Albon, en 1572. Le château actuel appartient aux Courtin de Neufbourg.

Au XVIIIe siècle, le prieur de Pommiers nommait à la cure de cette paroisse (131).

SAINT-PRIEST-LA-PRUGNE

Altitude : 756 mètres. — Population : 1.035 habitants. — À 36 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Just-en-Chevalet, à 11 kilom. — Gare de Saint-Thurin,à 21 kilom. — Fête patronale : saint Prix.

Petit village isolé au pied des Bois-Noirs. Le chœur de l’église est du XIIe siècle, tandis que la façade et la nef sont datées de 1772.

À neuf kilomètres de Saint-Priest, au delà de Vernassières, se trouve, dans le bois, une large roche mesurant dix-sept pas en longueur, sur une surface presque plane, on la nomme : la Pierre-Belle.

Au XVIIIe siècle, il y avait un prieuré. Le prieur nommait à la cure. La seigneurie du lieu dépendait du prieuré (132).

SAINT-ROMAIN-D’URFÉ

Altitude : 690 mètres. — Population : 1.369 habitants. — À 39 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Just-en-Chevalet à 5 kilom. — Gare de Saint-Thurin, à 11 kilom. — Château : de Genetines. — Fête patronale : saint Romain.

Village pittoresquement assis sur les pentes des Bois-Noirs.

L’église a subi l’influence de l’apparition de la Renaissance. C’est un édifice du XVe siècle, les piliers sont encore disposés en faisceaux de colonnettes, mais les chapiteaux qui les coiffent sont d’ordre corinthien et composite. On voit dans l’église les pierres tombales d’Antoine de Charpin, évêque de Limoges, mort en 1739, et de Claude Fournier, curé de Saint-Romain. L’archevêque de Lyon nommait à la cure.

Le château de Genetines appartenait, au XIVe siècle, aux de Genetines ; il passa à Hugues d’Urgel, puis aux de la Forge et aux Charpin, qui le reconstruisirent en 1492 et le vendirent en 1792, aux de Sugny, propriétaires actuels ; détruit en partie pendant la Révolution, il a été reconstruit en 1867.

La paroisse de Chausseterre a été démembrée en 1868, de celle de Saint-Romain. Son église, sous le vocable de saint Georges, a remplacé une ancienne chapelle dédiée à saint Roch (133).

CHÂTEAU DE GENETINES

L'ancienne maison-forte de Genetines est située dans une vallée à mi-chemin de Saint-Just-en-Chevalet et de Cervières.

Cette partie de la province était revendiquée à la fois par les archevêques de Lyon et les comtes de Forez. Il fallut l'intervention du Saint-Siège pour faire cesser le litige. En 1173, un traité fut conclu entre Guy II, comte de Forez et Guichard, archevêque de Lyon. Le pape Alexandre III homologua cette convention par une bulle donnée à Anagny le Ier avril 1174. Le Lyonnais resta la propriété des archevêques de Lyon, et le Forez devint le domaine des comtes de Forez, et le comte Guy entra en possession du territoire contesté, depuis Urfé et Cervières jusqu’à Thiers.

La terrible guerre de Cent Ans fut funeste au château.

Repoussés une première fois par les forces des comtes d'Auvergne et de Forez, les Anglais battirent en retraite ; mais ils revinrent l’année suivante. Montbrison et l'abbaye de Valbenoîte furent saccagés en 1358. Après le traité de Brétigny, les Grandes Compagnies commirent toutes sortes de déprédations. Jacques de Bourbon, connétable, marcha contre ces pillards ; il fut tué à la bataille de Brignais avec ses deux neveux, Pierre et Louis, comtes de Forez. Les Tard-Venus se répandirent dans le pays, et Genetines fut pillé et saccagé.

Simon de Charpin releva le château de ses ruines. Sa famille en resta propriétaire durant trois siècles. Il passa alors aux de Sugny. À la Révolution, le château fut abandonné et on en rasa les tours. Le 9 thermidor sauva J.-M. Antoine de Sugny, retenu en prison au Luxembourg. Le comte Vital-Marie-Gabriel de Ramey de Sugny rétablit l’antique demeure seigneuriale en l'état où nous la voyons aujourd’hui (134).

SAINT-SYMPHORIEN-DE-LAY

Altitude : 446 mètres. — Population : 2.575 habitants. — À 17 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de L’Hôpital, à 7 kilom. — Industrie : mousselines et cotonnades. — Châteaux : du Peray, de la Verpillère. — Pensionnat des frères du Sacré-Cœur. — Fête patronale : saint Symphorien.

Cette ville doit son origine à un ancien prieuré de Bénédictins de Cluny. Mentionné dans les pouillés du XIVe siècle, il avait déjà disparu au XVIe siècle pour faire place à un fief dont les bâtiments ont pris le nom de La Cloître.

De l'ancienne église prieurale, il ne reste que le clocher. Le portail, du XVe siècle, est orné de curieux bas-reliefs représentant la Vierge Mère, à gauche se tient un cavalier, tandis qu’à droite, un pèlerin agenouillé porte une épée à sa ceinture. Ces deux personnages sont du XVe siècle. Le prieur de Régny nommait à la cure et percevait la dime.

Langey du Bellay, vice-roi du Piémont, mourut à Saint-Symphorien en 1543, d'un accès de goutte, à son retour d’Italie. Son tombeau est au Mans.

On a trouvé, à Roufin, des sépultures gallo-romaines avec des armes burgondes.

Thélis fut le berceau de l’une des plus importantes familles foréziennes ; c’est aujourd’hui une simple ferme.

Pesselay était une possession de Thélis ; les bâtiments ont conservé quelques caractères du XVe siècle.

À Marville, existent de vastes souterrains remontant à une haute antiquité ; ce fief était la possession des Semur, seigneurs de l’Aubépin (135).

CHIRASSIMONT

Altitude : 540 mètres. — Population : 898 habitants. À 26 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Symphorien-de-Lay, à 8 kilom. — Gare d’Amplepuis, à 10 kilom. — Télégraphe de Saint-Just-la-Pendue, à 5 kilom. — Fête patronale : saint Barthélemy.

Le prieuré de saint Irénée de Lyon y avait une dépendance et y exerçait la justice, sauf pour les cas de peine de mort et de mutilation des membres, réservés à la juridiction de la châtellenie de Lay. L'archevêque de Lyon nommait à la cure de cette paroisse. Ce prieuré, avec la seigneurie, fut vendu le 12 avril 1564, par François Laurencin, prieur de Saint-lrénée, à Claude Sallemand, seigneur de Ressis, pour 800 livres tournois. Son église est une lourde construction du XIIIe siècle qui fut fortifiée au XVe siècle pour servir, en temps de guerre, de retraite aux habitants.

Le vieux donjon ruiné de Vareille, situé entre Chirassimont et Fourneaux, est du XIVe siècle, et ressemble à ces hauts donjons carrés élevés en très grand nombre, au XIIe siècle, dans la vallée de la Loire. Ses étroites ouvertures, ses créneaux, ses longues archières ont un aspect fort pittoresque.

Le plus ancien seigneur connu de Vareille, est Antonin de la Visière qui testa le 5 novembre 1459.

Au siècle dernier, Vareille appartenait à la famille de Sarron qui l'unit à la justice des Forges (136).

CORDELLE

Altitude : 485 mètres. — Population : 1.344 habitants. — À 14 kilom. de Roanne. — Poste de Roanne. — Gare de Saint-Cyr-de-Favières, à 6 kilom. — Châteaux : de Changy, de Rilly. — Fête patronale : saint Martin.

Joli village, gracieusement assis sur un mamelon. Sur son territoire, passait l'antique chemin appelé Sayette. C’était une station gauloise ; indépendamment de nombreux silex taillés, on a trouvé, près du hameau de Chenevay, en 1820, une grande quantité de médailles en or de l’époque gauloise.

Sur la rive droite de la Loire, se dresse fièrement les ruines de l’ancienne forteresse féodale du Verdier, reste de l’architecture militaire du XIIIe siècle. Il ne subsiste plus que les deux tours et le beau donjon cylindrique dont la porte d’entrée est à 4 mètres au-dessus du sol. Possédé par Les Verdiers au XIIIe siècle, ce château fut vendu aux comtes de Forez, au XIVe siècle.

En 1563, lors de la défaite de la noblesse forézienne et des troupes catholiques à Cognat, par Poncenat, l’un des principaux officiers du baron des Adrets, le seigneur de Chantois, Jean de la Mure, défendit le fort du Verdier, attaqué par les protestants, et empêcha la surprise des villes de Lay et de Thizy (137).

CROIZET

Altitude : 480 mètres. — Population : 458 habitants. — À 23 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Symphorien-de-Lay, à 5 kilom. — Gare de L'Hôpital, à 13 kilom. — Fête patronale : Invention des Reliques de saint Étienne.

Ce village est situé sur les confins du Beaujolais. Il relevait du diocèse de Lyon et de l’archiprêtré de Néronde. L'abbé de Saint-Rigaud nommait à la cure, et le seigneur de l'Aubépin jouissait de la dime.

Sur le territoire de cette paroisse, on retrouve les traces de l’ancienne voie gauloise, la Sayette, qui passait à la Garde de Rastille, poste stratégique, mentionnée dans le traité de 1222, entre Guy de Forez et Humbert de Beaujeu. On a signalé, près de ce lieu, l’existence de nombreux vestiges antiques (138).

SAINT-CYR-DE-FAVIÈRES

Altitude : 440 mètres. — Population : 602 habitants. — À 10 kilom. De Roanne. — Poste de Roanne. — Gare de cette localité. — Châteaux : Chante-Alouette, Villon. — Fête patronale : saint Cyr.

Ce nom est signalé pour la première fois dans un pouillé du diocèse de Lyon du XIIIe siècle. Dans cette commune est situé le manoir des Cucurieux, vieux château-fort délabré qui appartenait au XVe siècle, à la famille chevaleresque de Saint-Symphorien.

La plus grande partie de cette commune appartenait au Beaujolais, le reste au Forez ; la parcelle de Vernay relevait de l’élection de Roanne.

Les Jésuites du collège de Roanne nommaient à la cure comme prieurs de Riorges. La paroisse dépendait de la justice d'Ailly (139).

SAINT-JUST-LA-PENDUE

Altitude : 590 mètres. — Population : 2.719 habitants. — À 26 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de Balbigny, à 13 kilom. 1/2 — Fête patronale : saint Just.

L’ancienne église paroissiale de Saint-Just a servi de sépulture aux seigneurs de I’Aubépin, qui avaient le droit d’y exercer la justice avec le châtelain de Néronde. Sur cette paroisse, on signale une ancienne chapelle à plafond plat, sans valeur architecturale (140). L’auteur de l’Almanach du Lyonnais, pour l’année 1759, donne, pour le nom de cette commune, l’historique suivant : « Saint-Just-la-Pendue, bourg et paroisse sur les confins du Beaujolais et du Forez, diocèse de Lyon, archiprêtré de Néronde.

« Ce bourg est situé sur une montagne fort escarpée. Cette position lui a sans doute fait donner le nom de la Pendue. On en donne une autre étymologie fort extravagante dans le pays. On prétend qu’une femme, accusée et condamnée injustement, y demeura pendue pendant trois jours sans mourir. »

FOURNEAUX

Altitude : 530 mètres. — Population : 912 habitants. — À 23 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Symphorien-de-Lay, à 5 kilom. — Gare de L’Hôpital, à 13 kilom. — Châteaux : L’Aubépin, Sarron. — Fête patronale : saint Michel.

Fourneaux : Château de l’Aubépin

Pl. XXVI. Fourneaux : Château de l’Aubépin.

Fourneaux possède sur son territoire deux anciens manoirs, L’Aubépin et Les Forges.

Château de L'Aubépin. — Ce château a été construit dans un lieu où l’aubépine abondait. La date de sa fondation remonte avant la fin du XIIIe siècle. Il appartenait alors probablement à la maison de Thélis, ancienne famille de Saint-Symphorien-de-Lay. On croit que cette demeure seigneuriale fut incendiée, car une tradition conserve le souvenir de la destruction du château par le feu, et un usage singulier qui subsiste à l’Aubépin veut qu’on n’allume pas de feu la veille et le jour de la Sainte-Agathe (4 et 5 février). Toujours est-il que le château actuel, dans ses parties les plus anciennes, ne paraît pas remonter au-delà du XVe siècle. (V. Pl. XXVI.)

Les années ont cruellement endommagé le vieux manoir ; les toitures s'affaissent, les lézardes crevassent les murs, les appuis des fenêtres ont perdu leur aplomb, les jalousies vermoulues ne tournent plus sur les gonds rouillés, et le couronnement de l’une des tourelles penche lamentablement, sans trouver un ouvrier assez hardi pour risquer sa vie en essayant de le redresser.

La façade principale regarde le nord ; le pavillon formant barbacane en décore l’entrée. Cet avant-corps, construit en pierre de couleur sombre se compose aujourd’hui d’un rez-de-chaussée et de deux étages. À ses angles extérieurs, se trouvent deux tourelles en cul-de-lampe. Pour toute ornementation, la façade présente un double cordon de mascarons en relief, figurant alternativement des mufles de lion et des têtes d’hommes. Au-devant de la porte d’honneur, pend la chaîne d’une cloche ; si, lorsque vous l’aurez agitée, on ne se hâte pas de répondre à votre appel, examinez la muraille à droite et à gauche, vous y distinguerez deux pierres cylindriques se détachant du reste de l’appareil ; une simple pression les fera tourner sur leur axe et, par l’ouverture circulaire qu’elles vous présenteront, vous pourrez comme par le tube d’une lunette, regarder à loisir le vestibule et la cour intérieure.

Leur destination est évidente : nos aïeux, en gens prudents, aimaient à savoir à qui ils avaient affaire avant que d’abaisser le pont et d’ouvrir l’huis devant le voyageur qui demandait accès. Au besoin, ces lucarnes se changeaient en meurtrières. Elles sont plus pacifiques aujourd’hui.

Dans le vestibule, on voit encore les poulies sur lesquelles roulaient les chaînes du pont-levis. À l’autre bout de la salle, se trouve la porte monumentale donnant entrée à l’intérieur du château, deux cariatides d’hommes supportent un entablement décoré d'élégants rinceaux. Les vantaux de la porte sont en fer plein ; les yeux ajourés de deux masques qui les décorent y forment autant de judas ; nouvel exemple de la prudence de nos ancêtres.

Rien de remarquable dans les autres salles du château que décorent un certain nombre de tableaux représentant les membres de la famille de Sainte-Colombe, possesseurs du castel. Dans une chambre, on voit le portrait de Claude de Sainte-Colombe, cornette dans les chevau-légers ; il eut à se mesurer avec M. de Montmorency de Hallot, frère cadet du duc de Bouteville et non moins friand de la lame que son aîné. La querelle se vida à Paris, Claude de Sainte-Colombe avait eu pour second le baron de Roche-la-Molière. Il désarma son adversaire ; mais une blessure qu’il avait reçue au début du combat se trouva plus grave qu’on ne l’avait supposé d’abord, et il mourut trois jours après dans l'hôtel du duc de Vendôme, où il s’était réfugié pour se soustraire à la rigueur des édits.

Etrange coïncidence, son portrait fait face à celui de François de l’Aubépin, tué comme lui à un siècle d’intervalle.

Il n’est peut-être pas sans intérêt, pour nous montrer les mœurs de l’époque, de citer les lettres de rémission qu’obtint du roi le meurtrier du marquis de l’Aubépin :

« Louis, par la grâce de Dieu, roy de France et de Navare, à tous présents et à venir, salut. Nous avons l’humble suplication de Sébastien Dominique Duprat de Chassigny, faisant profession de la religion catholique, apostolique et romaine, contenant que le 6 may dernier, après avoir dîné chez le sieur de Saint-André avec le sieur marquis de I’Aubépin et plusieurs autres de leurs amis communs, ils passèrent une partie de la journée, et ledit sieur Laubépin ayant invité la compagnie à souper chez lui, le même jour en la ville de Roanne, le suppliant s’y trouva avec les autres convives ; le souper finy, ils sortirent ensemble, burent dans la rue une bouteille de liqueur et conduisirent le sieur Pierrefitte (J.-B. de Nompère)qui avait esté de la partie chez luy, où il fut encore bu quelques verres de vin. La compagnie sortant séparée, chaque un se retira, une heure ou deux après minuit et comme ledit sieur de Laubespin poussa très rudement le suppliant dans un faux pas qu’il fît, ce qui l’obligea de s’en plaindre et de dire audit sieur de Laubespin qu’il lui avait fait mal, mais ledit sieur de Laubespin prit cette plainte en mauvaise part, repoussa une seconde fois le suppliant et lui dit qu'il était un insolent et dans le même temps mit son épée à la main. Le suppliant, qui se voyait en danger, fit la même chose, dans le but seulement de se deffendre. Tous les deux ferraillèrent longtemps sans en savoir la raison, parce qu’ils étaient l’un et l’autre très eschauffes de vin, mais ledit sieur de Laubespin s’estant malheureusement trop avancé sur l’épée du supliant, il en aurait été si dangereusement blessé d’un seul coup qu’il serait décédé sur le champ. Cet accident aussi imprévu de la part du supliant qui a toujours esté amy dudit sieur de Laubespin et avec lequel il n’avait jamais eu aucun démeslé ny contestation, l’a obligé de s’absenter et n’oseroit se représenter sans ces lettres de grâce, rémission et pardon qu’il nous a très humblement fait suplier de luy accorder. À ces causes, voulant user de clémence et préférer la miséricorde à la rigueur des loix, de notre grâce spéciale pleine puissance et autorité royalle, nous avons audit Duprat de Chassigny quitté, remis et pardonné ; quittons, remettons et pardonnons par ces présentes signées de notre main...

« Donné à Versailles, au mois de décembre 1724 et de notre règne le dixième. » Signé Louis et sur le reply, par le Roy Fleurian avec griffe.

Le baron de l’Aubépin était, au XVIIe siècle, seigneur en toute justice de Croizet, de Saint-Just-la-Pendue et de la moitié de la paroisse de Fourneaux, il percevait des droits seigneuriaux à Saint-Just-la-Pendue, Fourneaux, Croizet, Chirassimont, Saint-Symphorien-de-Lay, Neulise, Saint-Jodard, Pinay, Saint-Priest-la-Roche, Cordelle, Vendranges et Saint-Cyr-de-Favières. Car, de Croizet à Fourneaux, presque tout le pays qu’embrasse le regard dépendait autrefois, plus ou moins complètement, de la seigneurie de l’Aubépin.

La chapelle, contiguë au pavillon d'entrée, est très délabrée. Pillé par les protestants, en 1570, sur les ordres de Briquemont, lieutenant de Coligny, le château a perdu ses plus anciennes archives. Au XIVe siècle, il appartenait à la puissante famille des Thélis. Au XVe siècle, nous le voyons aux mains des Lorgue et des Semur ; en 1593, Robin de Sainte-Colombe en hérite de son oncle, Robin de Semur. En 1849, le comte de Dulieu de Chenevoux le vendit à M. Murard, qui le possède actuellement.

Le château des forges est situé dans un vallon où devaient exister de nombreuses forges. C’était un fief des Thélis ; il fut vendu, en 1496, à Antoine Sarron. M. Neyrand, de Saint-Chamond, vient de l'acquérir. La chapelle ogivale servait autrefois pour l’exercice du culte à la population du voisinage. C’était l’annexe de la paroisse qui faisait partie du Beaujolais et du diocèse de Lyon, avant 1789, et qui relevait de l’élection de Roanne et de l’archiprêtré de Villefranche (141).

LAY

Altitude : 450 mètres. — Population : 945 habitants. — À 18 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Symphorien-de-Lay, à 1 kilom. — Gare de Régny, à 5 kilom. — Industrie : mousselines et cotonnades. — Fête patronale : saint Clair.

Ancien tumulus gaulois au Châteauroux, dans le parc de Desvernay.

Cette petite ville-forte avait une assez grande importance au Moyen Age. Elle fut entourée d'un mur d’enceinte au XIVe siècle. Ce mur existait en partie au commencement du XIXe siècle. Les protestants, sous la conduite du fameux Briquemont, capitaine au service de Coligny, après avoir fait le siège de Thizy, se présentèrent devant Lay ; ils mirent le feu aux portes et s’emparèrent de la ville, qu’ils saccagèrent en 1570.

C’était la quatrième prévôté du Beaujolais. La justice, en 1759, s’y rendait au nom du duc d’Orléans, qui y avait fondé une maison de Filles de Sainte-Geneviève.

Lay fut le berceau d’une puissante famille chevaleresque qui possédait aussi, au XIe siècle, le château de Joux, près de Tarare. Les querelles d’Aymon de Lay avec l’abbé de Savigny tiennent, à cette époque, une grande place dans les annales de ce monastère. Mais au siècle suivant, ses descendants cédèrent Lay à Guichard de Beaujeu, qui en fit le siège de l’une des quatre châtellenies du Beaujolais. C’est ainsi que Lay fut attribué à titre de douaire aux veuves des comtés de Forez et des sires de Beaujeu pendant le XIIIe et le XIVe siècle. Cette châtellenie fut cédée, au XVIe siècle, par Anne de France et Charles de Bourbon, à Philibert de Beaujeu-Lignières.

La Verpillière, berceau de la famille de ce nom.

Les religieuses Bénédictines essayèrent de s’y établir en 1840.

Le château appartient à M. Desvernay.

La Forêt était un fief possédé par la famille Terrel au XVIe siècle (142).

Lay possède une chapelle moderne dédiée à la Sainte Vierge. La fête patronale du 8 septembre attire, tous les cinq ans, un grand concours de peuple.

MACHÉZAL

Altitude : 625 mètres. — Population : 856 habitants. — À 30 kilom. de Roanne. — Poste et gare d’Amplepuis (Rhône), à 8 kilom. — Château de Gongardière. — Fête patronale : Nativité de saint Jean-Baptiste.

Machézal, annexe de Chirassimont, n'a été érigé en commune qu’en 1846. Avant 1789, la plus grande partie de cette paroisse dépendait de la justice de Ressi, et le reste, de la prévôté de Lay. L'archevêque de Lyon nommait à cette cure.

Entre les hameaux de Pin-Bouchain et de la chapelle, se trouve un tumulus entouré de murs vitrifiés à l’intérieur. C’est le tombeau d’un chef franc ou burgonde du VIe ou du VIIe siècle. On sait que l'usage d’élever des tumulus funéraires a subsisté pendant la période mérovingienne et n’a cessé qu'au IXe siècle.

L’église moderne, due à M. Michaud, de Roanne, a une ornementation intérieure remarquable ; les dessins en ont été exécutés par M. Bossan, l’illustre architecte de Notre-Dame de Fourvières.

La chapelle de Sienne est un simple hameau sur la route de Paris à Lyon. Un souvenir historique s’y rattache. À son retour d’Italie, au mois d'octobre 1536, François Ier rencontra Jacques V, roi d’Ecosse, qui venait lui demander la main de Madeleine de France, sa fille aînée. L’entrevue des deux monarques eut lieu dans une ancienne maison-forte, aujourd'hui simple ferme située à 100 mètres de l'ancienne route et précédée d’une avenue de grands arbres plusieurs fois séculaires.

La chapelle qui a donné son nom au hameau n’existe plus depuis un temps immémorial (143).

NEAUX

Altitude : 400 mètres. — Population : 614 habitants. — À 14 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de L’Hôpital, à 11 kilom. — Châteaux : de Fragny ; de Valorges. — Fête patronale : sainte Marguerite.

La découverte de pointes de flèches en silex faite sur le territoire de la commune témoigne de la haute antiquité de cette localité. Ce village est mentionné sous son nom primitif de Novals avec son église dédiée à sainte Marguerite, dans une charte de l’an 1020, de l’abbaye de Savigny.

L’ancien fief de Valorges a appartenu, au XVe siècle, à la famille de Saint-Romain et plus tard aux Thélis, puis aux Lestouf, seigneurs de Pradines. Cette paroisse dépendait de la prévôté de Lay et de la justice de Pradines. Le prieur de Régny nommait à la cure.

NEULISE

Altitude : 550 mètres. — Population : 2.051 habitants. — À 20 kilom. de Roanne. — Poste de cette localité. — Gare de L’Hôpital, à 11 kilom. — Industrie : Cotonnades ; mousselines ; fabrique de foulards de soie. — Fête patronale : Nativité de saint Jean-Baptiste.

Église de Neulise. (Bossan, architecte.)

Pl. XXVII. Église de Neulise. (Bossan, architecte.)

Des vestiges antiques d'emplacements fortifiés ont été signalés sur plusieurs points de Neulise. L'église neuve a été bâtie sur les dessins de M. Bossan. (V. Pl. XXVII). Le hameau de Lorgue est le berceau de l'illustre famille chevaleresque à laquelle appartenait Nicolas de Lorgue, vingtième grand-maître de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem (1278). Le château de l’Aubépin était en sa possession au XVe siècle. Mais elle était possessionnée dans le Forez à Néronde, Bussières, Saint-Just-la-Pendue, Vendranges et Saint-André.

Le territoire de cette commune était partie en Forez, partie en Beaujolais ; il relevait du diocèse de Lyon, de l'élection de Roanne et de la châtellenie de Néronde. L'archevêque de Lyon nommait à la cure (144).

PRADINES

Altitude : 368 mètres. — Population : 857 habitants. — À 9 kilom. de Roanne. — Poste de Régny, à 5 kilom. — Gare de L’Hôpital, à 3 kilom. 1/2. — Château : des Plaines. — Fête patronale : saint Pierre-aux-Liens.

L’ancien château de Pradines n’est plus aujourd’hui qu’une simple ferme, où l’on remarque deux tourelles. La famille de Pradines, qui avait au XVIe siècle pris le nom de son fief, fut remplacée par les Lestouf qui se qualifièrent de marquis de Pradines et de baron de Sirot. Au XVIIe siècle, un des membres de cette famille, surnommé le Grand Sirot, fit construire, sur le plan du Petit Trianon, une magnifique résidence seigneuriale. Il en éprouva tant de vanité qu’il fit graver sur une plaque de marbre l'inscription suivante :

Si je ne puis par ma postérité
Du nom de Grand Sirot, éterniser la gloire
Du moins par ce palais, rempli de majesté
J’éterniserai la mémoire.

Les Lestouf possédèrent ce château jusqu’en 1789. Le dernier mourut ruiné par le jeu ; sa veuve vendit le château à M. Meaudre.

C’est dans ce château que Mme Bavoz, avec le concours de M. l’abbé Madinier, ancien chartreux, établit, en 1804, la nouvelle abbaye des Bénédictines de Pradines qui possède une maison d’éducation dont la réputation s'est étendue au loin.

Près du village, se trouve le château des Plaines, habité, au XVIIIe siècle, par la famille de Brosse. Il possède une superbe avenue plantée de beaux arbres (145).

RÉGNY

Altitude : 390 mètres. — Population : 2.220. — À 19 kilom. de Roanne. — Poste et gare de la localité. — Industrie : Tissage mécanique de cotonnades, de soieries, de linge de table. — Fabrique de crayons. — Fête patronale : saint Julien martyr.

Abside de l’église de Régny (Bossan, architecte)

Pl. XXVIII. Abside de l’église de Régny (Bossan, architecte)

Cette petite ville murée faisait partie, au Xe siècle, du comté de Mâcon ; plus tard, elle fut comprise dans la province de Lyon et dans l’élection de Roanne.

La découverte de sépultures romaines, de tuiles à rebords et de poteries anciennes atteste l’ancienneté de cette localité. En 880, le comte Sivald fonda, à Régny,un prieuré qu'il plaça sous la dépendance des moines de Charlieu. Cette donation fut confirmée par le roi Boson. En 946, le roi Louis IV, d’Outre-Mer, céda les prieurés de Charlieu et de Régny à la célèbre abbaye de Cluny. Au XVIe siècle, Régny était déjà tombé en commende. C’est ainsi qu’en 1688, Claude de la Chaize d’Aix était seigneur et prieur de Régny.

Des murs d’enceinte, il ne reste que deux ou trois tours que le temps achève de démolir. Quelques maisons, dans la grande rue, se font remarquer par leur architecture du XIVe et du XVe siècle.

Il ne reste de l’ancien prieuré que la tour servant de prison et quelques bâtiments où l’on remarque des restes d’ogives, des escaliers et des cheminées anciennes. L’église nouvelle, œuvre de M. Bossan, bâtie en beaux moellons de porphyre rouge, se dresse fièrement sur un rocher dominant le Rhins. (V. Pl. XXVIII.)

Le hameau de Naconne possède une ancienne chapelle romane surmontée d’un campanile à deux baies, d’un effet pittoresque. Cette église était autrefois chapelle vicariale ; elle fut supprimée au moment du Concordat (145).

RÉUNION DE RÉGNY À LA COURONNE

L’origine de l’autorité royale à Régny est analogue à celle d'Ambierle et de Charlieu. Les religieux du prieuré de Régny cherchèrent, dans l’appui du roi, un abri contre les vexations des sires de Beaujeu.

Un auteur du XVIIIe siècle, Brisson (146), rapporte, d'après une tradition fort respectable, que les princes de Beaujeu vexaient les Bénédictins de Régny, et que ceux-ci, ne pouvant avoir satisfaction à la cour de leurs seigneurs, parvinrent à être distraits de leur mouvance pour être mis sous celle du roi. La crainte qu’on les traitât ensuite trop rigoureusement, eux et leurs gens et justiciables, dans la répartition des impôts du Beaujolais, les décida à réunir ce canton avec le Roannais, quant à la partie des finances (ou de l’élection), attendu que Lyon était trop éloigné (147).

SAINT-PRIEST-LA-ROCHE

Altitude : 590 mètres. — Population : 570 habitants. — À 18 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Jodard, à 6 kilom. — Gare de Vendranges, à 3 kilom. — Château de Saint-Priest. — Fête patronale : saint Prix.

Cette localité doit son nom à une roche escarpée, située autrefois au milieu de la Loire. Ce rocher portait un château-fort, dès les premiers temps de l’époque féodale. Le site sauvage où il est situé lui donne un aspect fort pittoresque.

Au XIIIe siècle, nous le voyons aux mains des de Monteux connu sous le nom de Chersala (Chair salée) auxquels succéda, au XIVe siècle, la famille de Sainte-Colombe.

Cette seigneurie est un démembrement de la châtellenie de Néronde, fait par les comtes de Forez.

La Loire, en cet endroit, est fort resserrée ; on voulut, au commencement du XVIIIe siècle, réunir par une digue la rive droite au rocher, afin de modérer les inondations du fleuve. En 1790, la crue fut si forte que les eaux s'élevèrent jusqu’au premier étage du château. On put à grand’peine en sauver les habitants (148).

VENDRANGES

Altitude : 490 mètres. — Population : 471 habitants. — À 13 kilom. de Roanne. — Poste de Saint-Symphorien-de-Lay, à 8 kilom. — Gare de Vendranges, à 2 kilom. — Fête patronale : saint Genès.

Cette paroisse faisait partie de l’ancien Beaujolais. MM. les comtes de Lyon nommaient à la cure.

L’église est un lieu de pèlerinage pour la guérison de la goutte, le 24 et le 25 août, jour des fêtes de saint Barthélemy et de saint Louis.

La seigneurie de Vendranges, qui appartenait aux sires de Beaujeu, fut vendue, le 15 janvier 1604, par le commissaire du duc de Montpensier, à Emmanuel d’Arcy, sieur d’Alby. Elle passa à la maison de Vichy qui la réunit à celle de Cucurieux. Enfin, au milieu du siècle dernier, Vendranges fut acheté par la famille de Ferrus, dont une branche prit le nom de Vendranges (149).

SAINT-VICTOR-SUR-RHINS

Altitude : 420 mètres. — Population : 1.203 habitants. — À 25 kilom. de Roanne. — Poste de Régny, à 7 kilom. — Gare de la localité. — Industrie : Cotonnades. — Fête patronale : saint Victor.

Saint-Victor était un prieuré relevant de l’abbaye de Cluny. Son premier prieur vivait en l’an 1024.

L’église du prieuré remontait à la fin du XIe siècle. Ce qui la distinguait, c’est que la voûte de ses trois nefs était à tiers point. C’est le plus ancien exemple qu’on puisse citer dans nos contrées de l’emploi de l’arc ogival. Cette église possédait une tour carrée servant de refuge aux habitants pendant les guerres de religion, au XVIe siècle.

Une église neuve la remplace aujourd’hui. On conserve dans la cure de Saint-Victor un précieux manuscrit, in-folio, en parchemin, renfermant à la fois un psautier, un antiphonaire, un lectionnaire, un propre des saints et l’office de la Sainte Vierge. Ce volume remonte au XIVe siècle. Une première note mentionne qu’il fut donné à l’église de Saint-Victor, en 1317, par Guillaume de Montagny, sacristain de Cluny, sous la condition qu’une messe serait célébrée chaque semaine dans cette église pour le repos de son âme. Une seconde note, écrite sur le livre, nous apprend que Girard de Mars, sacristain de Cluny, avait restitué, en 1338, à la maison de Saint-Victor, ce volume qui avait été remis en gage par son prédécesseur pour garantir un prêt de la somme de 37 livres et 10 sous tournois, qu’il avait remboursés (150).

BELMONT

Altitude : 540 mètres. — Population : 3.373 habitants. — À 35 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de Belmont-Belleroche, à 6 kilom. — Industrie : soieries, cotonnades. — Fête patronale : saint Christophe.

Le territoire de ce canton dépendait en presque totalité de l'ancien Beaujolais et pour une petite partie du Mâconnais ; les sites pittoresques et les vallons ombreux y abondent ; les cimes de ce territoire montagneux se maintiennent entre 400 et 800 mètres d'altitude ; aussi y rencontre-t-on peu de vignes.

Peu de traces des stations gallo-romaines, si ce n'est à Écoche, au lieu-dit Chez-Forest et à La Font-Charbonnière.

Faut-il attribuer au voisinage de la forteresse de Thizy, célèbre place-forte du Beaujolais, l’absence de restes des châteaux que les familles anciennes de de Foudras, à La Gresle, des Sirvinges à Sevelinges, des d'Amanzé et de Vichy, à Arcinges, de Nagu à Belleroche, ont certainement édifiés dans la contrée. Toujours est-il qu'au point de vue monumental, on ne trouve rien dans ce canton.

L'église de Belmont est le seul édifice religieux de la région qui possède une certaine valeur artistique. Bâtie en 1872, en style du XIVe siècle, elle est l'œuvre de M. Magnien, architecte roannais. M. Picaud, de Roanne, a sculpté les deux autels et rétables des basses-nefs.

Les religieuses du Verbe-Incarné ont édifié, en 1842, une vaste construction, pour servir de maison d’éducation aux jeunes filles, institution très florissante.

CONSTRUCTIONS CIVILES DU CANTON DE BELMONT

Il est à peu près impossible de reconnaître aujourd’hui, dans l’ensemble des bâtiments qui précèdent, le bourg de La Gresle, l’ancien fief de La Place, résidence des de Foudras depuis la fin du XVIe siècle.

Il reste peu de chose du castel de la seigneurie d’Arcinges qui, de l'ancienne famille des d’Amanzé de Chauffailles, avait passé par alliance aux de Vichy, au début du XVIIIe siècle. Seuls quelques murs et une tour à moitié écroulée sont restés debout.

À Sevelinges, une grosse tour marque l’emplacement du manoir édifié par les descendants de noble Jean de Sirvinges, devenu possesseur de cette seigneurie démembrée de la châtellenie de Thizy par le duc de Nevers, héritier de Philibert de Beaujeu-Linières.

Le Cergne est une commune formée, en 1857, d’une section de la commune de Cours (151).

CHARLIEU (152)

Altitude : 275 mètres. — Population : 5.410 habitants. — À 18 kilom. de Roanne. — Poste, télégraphe, téléphone et gare de la localité. — Industrie : soierie, tannerie, fabriques de navettes et de cycles. — Fête patronale : saint Philibert.

Charlieu : Plan de l’Hôpital

Pl. XXIX. Charlieu : Plan de l’Hôpital.

Charlieu : Le Couvent des Ursulines

Pl. XXX. Charlieu : Le Couvent des Ursulines.

Charlieu : Porte Renaissance

Pl. XXXI. Charlieu : Porte Renaissance.

Charlieu : Rétable de la chapelle de l’Hôpital

Pl. XXXII. Charlieu : Rétable de la chapelle de l’Hôpital.

Charlieu : Devant d’autel en cuir de Cordoue dans la chapelle de l’hôpital

Pl. XXXIII. Charlieu : Devant d’autel en cuir de Cordoue dans la chapelle de l’hôpital.

Charlieu : Église Saint-Philibert

Pl. XXXIV. Charlieu : Église Saint-Philibert.

Charlieu : Restes de l’église abbatiale Charlieu : Porche de l’Église abbatiale

Pl. XXXV. Charlieu : Restes de l’église abbatiale. Pl. XXXVI. Porche de l’Église abbatiale.

Charlieu : Portail du porche Charlieu : Entrée du porche

Pl. XXXVII. Charlieu : Portail du porche. Pl. XXXVIII. Entrée du porche.

Charlieu : Détail du porche Charlieu : Fenêtre du porche

Pl. XXXIX. Charlieu : Détail du porche. Pl. XL. Fenêtre du porche.

Charlieu : Salle capitulaire de l’abbaye Charlieu : Cloître des Cordeliers

Pl. XLII. Charlieu : Salle capitulaire de l’abbaye. Pl. XLIII. Cloître des Cordeliers.

Charlieu : Pensionnat des Frères Maristes Charlieu : Pensionnat et Externat des Frères Maristes

Pl. XLIV. Charlieu : Pensionnat des Frères Maristes. Pl. XLV. Pensionnat et Externat des Frères Maristes.

Comme la plupart des villes du Forez, Charlieu dut sa prospérité à son abbaye bénédictine. La vallée du Sornin fut habitée par une colonie gallo-romaine ; de cette époque, date le sarcophage de Maria Severiola, fille de Sacrius, femme de Magneius, trouvée dans l'église prieurale de Charlieu. Les invasions des Barbares détruisirent les villas qui couvraient les bords du Sornin. Cependant, toute vie ne fut pas anéantie jusqu'au IXe siècle ; on constate à cette époque l'existence d'une chapelle dédiée à saint Martin.

Près de cette église, Ratbert, dix-septième évêque de Valence, et son frère Édouard fondèrent, vers l'an 872, un monastère de l'Ordre de saint Benoît, sous le patronage de saint Fortunat. Le premier abbé fut Gausmar. Comme le lieu était dépourvu de tout agrément naturel, le fondateur de l'abbaye appela, par antiphrase, la nouvelle maison Cherlieu ou Charlieu (Carilocus).

Ratbert, pour le soustraire à l’ingérence des seigneurs locaux, le plaça sous la protection immédiate du Saint-Siège, le pape Jean VIII donna à cet effet une bulle datée du 12 juillet 873. Le concile de Pontion (Marne), en juin 876, confirma cette donation. Le roi Bozon fut un des premiers bienfaiteurs de cette abbaye naissante.
Le 11 décembre 879, à la prière du comte Siwald, en vue du repos de l'âme de son beau-frère, l’empereur Charles le Chauve, pour son propre salut et celui de sa femme, ajouta au patrimoine du monastère la petite abbaye de Régny (Loire). Il compléta ce don par celui de l’église de Saint-Nizier-l’Estra, commune de Quincié (Rhône). En mémoire de ces libéralités, les moines placèrent plus tard l’effigie du roi Bozon sur le porche de l’église Saint-Fortunat.

Les religieux payaient même une redevance à l’hôpital de Charlieu, le jour de la fondation du roi Bozon, le jeudi après les Rois (153), et récitaient des prières à son intention, à l’autel de sainte Madeleine. Louis III et Carloman ayant chassé Bozon de la Bourgogne, donnèrent le comté de Mâcon à Bernard Plante-Velue, et Ratbert fit confirmer par Carloman les libéralités de Bozon. Lambert, évêque de Mâcon, avait cédé à l’abbaye la chapelle de Saint-Martin. Ce don fut ratifié en 887 par l’évêque Gérold. La même année, le concile de Saint-Marcellin-en-Châlonnais maintint de nouveau les religieux dans leurs possessions et dans le droit d’élire librement leur abbé. Mais l’avidité des séculiers était plus forte que le décret des synodes et les préceptes des princes. En 926, un autre concile, tenu à Charlieu même, ordonne la restitution au monastère des églises de Saint-Martin de Cublise, Saint-Pierre de Thizy, Saint-Sulpice de Montagny et sept autres tombées entre des mains laïques.

En 909, Guillaume, duc d’Aquitaine, et saint Bernon fondèrent la célèbre abbaye de Cluny. Saint Odon, successeur de saint Bernon, établit dans sa maison une réforme de l’ordre bénédictin et obtint du pape Jean XI une bulle datée du 23 juin 932, par laquelle Cluny s'affilierait toutes les abbayes qui adopteraient cette réforme (154). Charlieu fut au nombre des deux cents monastères qui acceptèrent cette union. Louis IV, d’Outre-Mer, dans un précepte du 1er juillet 946, donna à cette réunion la garantie de son autorité royale. L'intervention de l’autorité papale et royale était rendue nécessaire par les entreprises des séculiers contre le temporel des moines. Ainsi un certain Sobbo restitua, vers 950, à Aymard, abbé de Cluny, l’abbaye de Charlieu qu’il détenait injustement.

Aux environs de 990, un personnage, nommé Guy, légua par testament l’église d'Arcinges à Cluny, qui la remit à Charlieu. La sécurité des monastères exigea qu’on prît des précautions contre l’autorité des seigneurs. Saint Odilon, successeur d’Aymard, obtint, en 994, d'un concile tenu à Anse, un décret qui interdisait à tout chef militaire d’élever des fortifications dans les lieux dépendant de Cluny, comme aussi d’enlever ou d'introduire aucun butin, soit bétail, soit de tout autre nature dans le château de Cluny et le bourg de Charlieu. Ce décret laisse à supposer qu’une agglomération importante s'était groupée auprès du monastère, et que l’un et l'autre étaient protégés par une enceinte fortifiée. D'ailleurs, les ravages des Normands et des Hongrois en Bourgogne et en Lyonnais au IXe et au Xe siècle en durent faire sentir la nécessité (155).

Sous l’influence de Cluny, le monastère de Charlieu, réduit en prieuré par saint Hugues, prospéra rapidement.

Saint Odilon en fit reconstruire les bâtiments. De cette époque, il reste le portail de l’église abbatiale, les clôtures du côté ouest de la salle capitulaire et une partie du réfectoire des moines.

Vers 1100, un deuxième concile fut tenu à Charlieu ; on s’y occupa de réprimer les entreprises d’Archambeaud III, sire de Bourbon, contre le prieuré de Souvigny. En 1190, Simon Ier de Semur, partant pour la troisième croisade, donna au prieuré de Charlieu la terre de Saint-Bonnet-de-Cray. Le 16 mars 1196, Guichard IV de Beaujeu, au moment de partir pour l’Espagne, reconnut solennellement l’injustice de ses exactions sur l’église et le bourg de Thizy dépendant de Charlieu, et remit libre et franche cette église à Cluny.

Le nombre des moines de Charlieu ne dépassa guère trente religieux. Le Prieur était assisté, dans le gouvernement de sa maison, par six officiers claustraux, savoir : le doyen, le chantre, le sacristain, le chambrier, le cellerier, l’aumônier ; plus tard, on y ajouta l’office de pitancier. Les bâtiments affectés à l’aumônerie étaient où s’élève actuellement la tour de la gendarmerie.

L’autorité royale s’établit de bonne heure sur la ville de Charlieu, mais il est difficile de préciser l’époque où le roi commença à y exercer sa suzeraineté. Vers la fin de l’année 1180, Philippe-Auguste, étant à Bourges, accorda au monastère une charte le confirmant dans ses biens, privilèges et immunités ; et le plaçant sous sa protection royale, il usait du droit régalien qu’il avait sur les églises de son royaume. En 1210, le même roi donne une autre charte à la ville de Charlieu et s’engage solennellement, envers l'universalité des nobles et des bourgeois, à ne point laisser sortir de sa main ce qu’il possède en cette ville et à les maintenir unis à perpétuité au royaume et à la couronne de France.

Les droits seigneuriaux du roi de France sur Charlieu paraissent venir d'une branche des vicomtes de Mâcon établie à Charlieu ; le cartulaire de Saint-Vincent de Mâcon fait connaître plusieurs membres d’une famille de Charlieu, vivant aux environs de l’an 1100. L’un d'eux, à l’occasion du baptême par l’évêque de Mâcon, en l’église de Châteauneuf, de son fils appelé comme lui Girard, céda à Saint-Vincent sa part des biens de l’église de Belmont. Cette famille pouvait bien être celle des anciens seigneurs séculiers de Charlieu. D’ailleurs, les Blanc (Albi), vicomtes de Mâcon, possédaient autour de Charlieu des biens importants dont Dun-le-Roi était le centre. Châteauneuf figure dans ces biens. Philippe Auguste a pu venir aux droits qu'il avait à Charlieu par achat ou par confiscation, c’était l’époque où les entreprises violentes des comtes d’Auvergne et de Châlons, du comte et du vicomte de Mâcon, du sire de Beaujeu et autres puissants seigneurs contre le temporel des églises et des monastères appelèrent l’intervention tantôt pacifique, tantôt à main armée du roi de France.

L’abbaye de Cluny, pour s’assurer la protection de Louis le Gros, lui permit d’occuper toutes ses places-fortes et châteaux, pourvu qu’il ne s’en dessaisît en faveur de nul autre. Il est probable que la cession des droits seigneuriaux de Philippe-Auguste à Charlieu se rapporte aux querelles entre les vicomtes de Mâcon et l’église de Cluny. C’est à peu près à cette époque, et peut-être sous la direction des ingénieurs, du roi, que fut élevé, pour la défense du monastère, le donjon cylindrique qui domine encore la ville de Charlieu.

L’acquisition d’une partie de la ville par le roi Philippe-Auguste fut suivie de la concession à ses habitants d’une charte des franchises par le prieur du couvent, du consentement de Hugues V, abbé de Cluny, et en présence de Pierre de Rocey, délégué du roi. Les droits de la couronne paraissent avoir consisté en une censive avec justice. Cette censive s'étendait particulièrement sur le quartier appelé faubourg Chevalier ou des Nobles, lequel était situé dans les prairies entre Chantoiseau et le prieuré, à proximité de la gare du chemin de fer. Des fouilles entreprises pour creuser les fondations de l'aumônerie des religieuses Ursulines, ont mis à découvert, à l'ouest du bâtiment, les susbtructions d'une tour. C’était probablement l'emplacement où s’élevait le château royal.

Au XIIIe siècle, fut construite l’église paroissiale de Saint-Philibert. Le clergé de cette église était sous la dépendance des religieux. Vers 1240, les bourgeois de Charlieu ayant maltraité quelques officiers du sire de Beaujeu, le prieur Bernard se porta caution pour eux. Ils refusèrent l’arbitrage qu'ils avaient auparavant accepté. De ce fait, le prieur eut des frais considérables à supporter. Malgré une juste condamnation, les bourgeois s'obstinèrent dans leur refus de payer.

L’abbé de Cluny intervint et ordonna aux récalcitrants de garder les arrêts. Loin d’observer cet ordre, les bourgeois prennent les armes, s’emparent des clefs des portes de la ville, creusent pendant la nuit des fossés de circonvallation, autour du cloître pour réduire les moines par la famine, tirent sur eux et leurs serviteurs des flèches et des carreaux, en y joignant les plus grossières insultes, occupent et fortifient la Grange des Moines, voisine du cloître, et dressent des machines de guerre contre l’église. En même temps qu'ils font subir ainsi au prieuré un véritable siège, ils s'associent par serment, font publier la déchéance des droits du monastère et se constituent en commune autonome. Cette crise violente dura peu et la paix se rétablit imparfaitement.

Sous le prieur Dalmace, qui succéda, vers l’an 1250 à Bernard, plusieurs moines sont insultés, blessés et faits prisonniers ; la maison du prieur, à Saint-Hilaire, est envahie à main armée, l’exercice de sa justice et la perception des cens dus au couvent sont empêchés, tandis que la bourgeoisie fait, de sa propre autorité, plusieurs levées de deniers. Ces excès étaient fort condamnables. Les griefs des religieux furent portés au Parlement, en 1259, qui délégua Henri de Cousances, bailli de Mâcon, pour terminer l’affaire sur les lieux. Celui-ci s’étant adjoint Dalmace, abbé de Saint-Rigaud, il intervint, en avril 1260, une composition par laquelle les bourgeois consentirent à payer, pour la réparation de leurs torts, la somme considérable de 600 livres tournois (6.400 fr.), dont 100 leur furent gracieusement remises sur l’heure, par l’abbé de Cluny (156). Un sceau commun, qu’ils avaient fait faire sans droit, fut rompu, et ils furent remis, quant à l’administration de la ville, sous l’autorité du prieur et de ses officiers, car Charlieu ne posséda pas de municipalité de plein exercice avant 1765.

Entre les années 1227 et 1254, un habitant de Charlieu, Jean Maréchal, établit, à la porte de Charlieu, sur le territoire de Saint-Nizier, une nouvelle famille religieuse : les Cordeliers. Après avoir fait bâtir le couvent à ses frais, il aurait pris l’habit et en serait devenu le gardien.

La paroisse de Saint-Nizier relevait de l'évêché de Mâcon, circonstance qui ne fut pas étrangère au choix de l’établissement des Franciscains, car le pape Lucius III avait défendu, en 1182, qu'aucun ordre religieux vînt s'établir sans la permission de l’abbé de Cluny sur les paroisses dépendantes de l’ordre.

Les Cordeliers de Charlieu furent, au siècle suivant, l’objet des bienfaits de plusieurs illustres personnages, parmi Iesquels on distingue Marguerite de Poitiers, épouse de Guichard de Beaujeu, qui y fut enterrée et Hugues de Châtelus, seigneur de Châteaumorand, qui y reçut également la sépulture avec Guillaumette de Sennecey, sa femme. Hugues de Châtelus avait fait bâtir, à ses frais, les trois quarts du magnifique cloître qui fait aujourd'hui un des plus beaux monuments de Charlieu.

Après la funeste journée de Poitiers (19 septembre 1356), les Anglais se répandirent dans le centre de la France. Montbrison fut incendié en 1359 et Valbenoîte subit le même sort. À la suite de ces désastres, le bailli de Mâcon assigna Charlieu comme point de rassemblement d’un corps de troupes destiné à défendre le pays. Une tradition locale veut que les Anglais soient rentrés à plusieurs reprises dans la ville. C’est peut-être à la suite de ces événements que le beau logis de la rue Nationale a pris le nom de Maison des Anglais, bien que le style de la construction ne remonte pas à une date aussi éloignée.

Charlieu était une place-forte, ceinte de murs et de fossés pleins d’eau. Les habitants démolirent le château du roi situé au faubourg Chevalier, soit pour en employer les matériaux à la réparation de leurs murailles, soit pour éviter que les assaillants s’y logeassent en cas de siège. Cette démolition donna lieu à un procès ; les habitants s’obligèrent, en 1367, à fournir, dans l’intérieur de la ville, une maison coûtant 530 francs d’or, pour servir de siège à la justice royale (157).

Les Tard-Venus suivirent les Anglais et une de leurs bandes investit Charlieu et lui donna un furieux assaut qui dura un jour entier, mais il fut repoussé. Pendant la guerre de Cent Ans, les ducs Jean Ier et Charles Ier de Bourbon prirent parti pour la dynastie nationale, contre le duc de Bourgogne, allié des Anglais. La situation de Charlieu en rendait la conservation importante et le duc de Bourbon y mit une garnison. En 1432, la garde parait en avoir été confiée au prieur Simon de Ronchivol qui prêta serment de fidélité entre les mains du bailli du Forez. Vers 1435, Philibert Bayon commandait pour le duc ; le célèbre aventurier espagnol Rodrigue de Villandrando occupa cette place quelque temps après. Le traité d'Arras (22 septembre 1435) termina la querelle du roi de France et du duc de Bourgogne.

À l'occasion de ce traité, le Forez, le Beaujolais et probablement Charlieu furent extraits du bailliage de Mâcon et placés dans celui du Sénéchal de Lyon, siégeant à Saint-Just.

En 1440, après avoir mis fin, par une vigoureuse campagne en Bourbonnais, Auvergne et Forez, à la guerre de la Praguerie, Charles VII vint à Perreux, et de là à Roanne et à Charlieu « où il fut grandement reçu selon la possibilité des habitants de la ville » (158).

Un des fléaux de la France, pendant la guerre de Cent Ans, furent ces bandes de partisans qui, lorsqu'elles ne trouvaient pas à s'employer au service d'un prince, vivaient sur le pays en commettant mille excès. En février 1445, une de ces bandes d'écorcheurs était logée près de Charlieu, d'où elle rançonnait les environs, peut-être étaient-ils cantonnés aux Egrivets. Il ne paraît pas cependant que la ville soit tombée en leur pouvoir.

Lors de la guerre du Bien Public en 1465, où les ducs de Bourbon et de Bourgogne se liguèrent contre le roi Louis XI, Charlieu était occupé par une garnison royale. Une expédition projetée par elle contre les domaines du duc de Bourgogne manqua par la trahison d’un riche bourgeois nommé Jean Maréchal. Pour ce fait et quelques autres, il fut accusé de haute trahison ; ses biens furent confisqués et vendus à Guillaume Gouffier, seigneur de Boisy. Les héritiers de Jean Maréchal s'opposèrent à la sentence de confiscation ; il s'en suivit un long procès dont l'issue n'est pas connue (159).

Charlieu, grâce à l’abri de ses fortifications, avait moins souffert que les villes ouvertes, des malheurs de la guerre. Aussi les habitants se montraient-ils soigneux de les conserver intactes et firent-ils défendre au prieur d'y pratiquer de nouvelles portes. Cette sécurité fut mise à profit pour exécuter au prieuré de grands travaux d'agrandissement ou de restauration. Le nouveau cloître, le chapitre, la chapelle Notre-Dame et l’hôtel des prieurs, ainsi que la grosse tour qui sert actuellement de prison, furent élevés par le prieur Jean de la Madeleine, au début du XVIe siècle.

C’est de cette époque que datent les principaux monuments civils de Charlieu, que l’on remarque dans la rue Nationale n° 32, dans la rue Chevroterie, nos 29 et 22, dans la rue Mercière n° 9 et sur la place Saint-Philibert.

La tranquillité dont jouissaient les habitants de Charlieu fut de nouveau troublée par les guerres de Religion. On sait que ce fut Martin Luther et Calvin qui établirent, en Allemagne d'abord puis en France et dans le nord de l’Europe, la fameuse Réforme ou Protestantisme, hérésie d’où sont sorties toutes les erreurs modernes, Rationalisme, Positivisme, Franc-Maçonnerie et le Socialisme.

En 1540, l’Aragonais Michel Servet, fameux hérésiarque qui depuis fut brûlé vif à Genève, sur l’ordre de Calvin, parce qu’il ne pensait pas comme lui sur le mystère de la Sainte Trinité, exerçait la médecine à Charlieu d’où il se fit chasser probablement à cause de ses erreurs réprouvées des habitants tous catholiques (160). En 1562, Paray-le-Monial, Semur et Marcigny furent pris et saccagés par les bandes des religionnaires, sous la conduite du fameux Poncenat, lieutenant du féroce baron des Adrets. Charlieu fut protégé par ses murailles. Poncenat, en novembre 1567, évita de nouveau Charlieu en revenant d'une expédition en Charolais et Mâconnais. Il disposait cependant de 5 à 6.000 hommes. Trois ans plus tard, un autre chef huguenot, Briquemont, eut le dessein de mettre le siège devant Charlieu : la bonne contenance des habitants et une défaite subie par les siens entre les montagnes d'Arcinges et celles d’Écoche l’obligèrent à y renoncer.

En février 1576, Charlieu fut de nouveau menacé par un corps de reitres venant de Bourgogne, sous les ordres du prince de Condé et de Jean Casimir, fils de l’électeur palatin. Cette fois, les habitants, craignant de s’exposer à une attaque de vive force et refusant de recevoir une garnison royale, composèrent avec l’ennemi qui se porta sur Marcigny.

La peste, fléau plus cruel que la guerre civile, fit de grands ravages à Charlieu et dans les pays environnants. Dans l’été de 1585, toutes les personnes qui purent quitter la ville se retirèrent aux champs. Un seul des trois ou quatre consuls eut le courage de rester « pour dispenser l’aumône générale aux pauvres atteints de la contagion et autres nécessiteux de Charlieu ». Il était notaire et s’appelait Deshayes. Le juge de la ville, Jean Picat, et son greffier, Ferrand, bravèrent aussi le fléau. La peste reparut en 1651 et on pensa transférer l’Hôtel-Dieu « dans une tannerie donnée par le défunt Clesle, dans son testament, laquelle est proche la porte Notre-Dame, sur la rivière de Bonard (161).

Au temps de la Ligue, Lyon prit parti contre Henri III. Charlieu se montra peu empressé de suivre cet exemple ; aussi les habitants laissèrent-ils pénétrer dans leurs murs après un semblant de siège de vingt-quatre heures, le royaliste Henri d’Apchon, seigneur de Saint-André. Le clergé favorisa cette reddition. Une garnison de cinq à six cent hommes occupa Charlieu d’où elle poussa des reconnaissances jusqu'à Villefranche et menaça le ravitaillement de Lyon. Les Ligueurs résolurent de frapper un grand coup. Conduits par Saint-Sorlin, Anne d’Urfé et Chevrières, ils marchent en force sur Charlieu. Le jeudi 3 mai 1590, Saint-Sorlin, arrivé la veille par Châteauneuf, fait battre la place à trois heures du matin ; à six heures du soir, ouvre la brèche et donne l’assaut. La ville se rend à discrétion. Elle est néanmoins mise à sac ; le vainqueur passe au fil de l’épée ce qui tombe sous sa main « et furent pendus aux fenestres plusieurs des principaux dudit Charlieu ». Le prieuré résista plus longtemps, mais finit par se rendre. Les royalistes de marque furent expulsés, et un détachement de Ligueurs, sous les ordres du capitaine de Fougières, remplaça la garnison prisonnière.

La ville de Lyon se rendit à Henri IV le 8 février 1594 ; elle voulut entraîner Charlieu à sa suite ; mais, par peur de Morlan, leur gouverneur pour la sainte Union, cantonné dans le prieuré et par la crainte de représailles de la part des Ligueurs encore dominants en Charolais et en Bourgogne, les habitants éludèrent toute déclaration expresse et s’efforcèrent de garder le plus longtemps possible une prudente neutralité. Ce fut seulement à la fin de l’année 1596, et l'une des dernières du pays, que la ville de Charlieu reconnut définitivement l’autorité du roi. L’édit de pacification de janvier 1596 clôt pour Charlieu l’ère des événements qui se mêlent à l’histoire générale. Une paix profonde va régner jusqu’à la Révolution.

L’antique prieuré bénédictin restait toujours l'établissement le plus important de la ville, et son autorité y était prépondérante. En qualité de patron temporel, le prieur nommait aux cures de quinze paroisses : Arcinges, Belleroche, La Chapelle-sous-Dun, Charlieu, Cublise, Montagny, Ouches, Poule, Saint-Bonnet-de-Cray, Saint-Denis-de-Cabanne, Saint-Germain-la-Montagne, Saint-Hilaire, Saint-Vincent-de-Boisset, Vernay (Rhône) et Vougy. Quatre prieurés dépendaient de Charlieu : Régny, Saint-Nizier-l’Estra, Thizy et Valeins en Dombes. Le prieur de Charlieu était seigneur de la ville où il avait toute justice. Il était aussi seigneur en partie de Chandon, Saint-Bonnet-de-Cray, Saint-Denis-de-Cabanne, Saint-Hilaire et Saint-Nizier. Outre son hôtel à Charlieu, il avait à Saint-Bonnet-de-Cray un château qui fut dévasté par un ouragan le 9 novembre 1684 ; à Saint-Denis-de-Cabanne, une autre maison-forte appelée la Moinerie ; enfin à Saint-Hilaire, un troisième château entouré de fossés et muni de tours, lequel, après avoir été pillé par les protestants, fut vendu en 1695 à Joseph Farjot.

Les revenus du monastère étaient de 7 à 8.000 livres, déduction faite de toutes charges, telles que décimes, portion congrue des curés et des vicaires, là où la dîme était perçue, gages des officiers de justice, frais d’hospitalité des ecclésiastiques de passage, aumônes en argent, blé et vin, s'élevant à près de 2.000 francs de notre monnaie.

Le relâchement s’était introduit dans le monastère. Le prieuré était trop souvent donné à un prieur commendataire qui ne résidait pas. Les moines, six ou sept, n’observaient plus la vie commune, et la discipline intérieure était en souffrance.

Si le monastère déclinait, le commerce et l’industrie de la ville allaient en prospérant, et, malgré son gouverneur militaire et sa garnison, elle perdait tous les jours son caractère de place de guerre. Les vieux remparts, flanqués de rares tours, étaient percés de trois portes précédées de ponts-levis et d’autant de guichets, savoir : La porte Notre-Dame, ainsi appelée d’une image de la Sainte Vierge devant laquelle une lampe était allumée tous les soirs. La statue de la Vierge existe encore, elle est actuellement placée dans une niche près de l’emplacement de l’ancienne porte ; la porte Chanteloue, celle des Moulins ou Maiselière. Les guichets étaient ceux des Cordeliers ou Porte Lancelot, près de la gendarmerie ; de Semur et à La Denise.

La portion de muraille où était pratiqué le guichet à La Denise s’écroula vers 1680, la porte Chanteloue en 1714, et celle des Moulins en 1776. Depuis longtemps des ouvertures avaient été pratiquées dans les murs par des particuliers. Le corps de garde et les chemins de ronde étaient abénevisés et des jardins étaient établis au pied des remparts. Les murs d’enceinte ne recevaient des réparations qu’en temps de disette ou d’épidémie pour éviter la présence en ville de gens sans aveu ou suspects de contagion (162).

Il n'apprendront que la lecture et le catéchisme ; 10 sols pour ceux qui recevront des leçons de lecture et d’écriture ; et 15 sols pour les leçons de lecture, d’écriture et d’arithmétique (163).

Il est temps de signaler un fait important dans l’histoire religieuse des couvents de Charlieu. Le successeur de saint François d’Assise, fondateur des frères mineurs, frère Héli, avait vu l'ordre se scinder en deux branches. La première, sous le nom de Religieux de la Régulière Observance, pratiquait la pauvreté telle que l’avait établie le séraphique Père saint François. L’autre, sous le titre de frères mineurs Conventuels, avait la liberté de recevoir et de posséder des biens en commun. Cette division de l’ordre en deux camps, sous des chefs distincts, avait engendré un universel désir de réforme. Le pape Alexandre VI se décida à y satisfaire par un bref du 15 septembre 1500, convoquant la tenue d’un Chapitre général chargé de procéder à l’union des membres de la grande famille franciscaine. La résistance fut générale. Était-on pleinement en droit d’exiger la renonciation à des privilèges octroyés depuis trois cents ans, et selon lesquels les religieux avaient fait profession ?

À la suite de plusieurs Chapitres particuliers, tenus de 1501 à 1509, trente-sept couvents de la province de Lyon se soumirent. Il en restait huit à réformer, parmi lesquels on comptait les Cordeliers de Charlieu. La lutte continua jusqu’en 1603. À cette époque, le provincial de l’ordre, frère Gabriel Castaigne, ordonna au frère Garet, gardien de la maison du Puy qui s’était soumise, d’expulser, au besoin par la force, les religieux de Charlieu, s’ils refusaient d’accepter leur réduction définitive. Devant les menaces du bras séculier, ils quittèrent le couvent et furent remplacés par les Cordeliers de la Régulière Observance (164).

L'ordre de Cluny fut lui-même réformé en 1623. Cette réforme fut admise par quelques monastères et rejetée par d’autres. Ceux qui l’acceptèrent furent dits Religieux de l’Etroite Observance, et les autres, Religieux de l’Ancienne Observance ; mais il n’y eut qu’un chef commun : l’abbé de Cluny.

Les capucins, autre branche de la grande famille franciscaine, furent appelés, à la suite d’un carême, par les habitants de Charlieu. On les logea en ville jusqu’à ce qu’on leur eût fait construire leur couvent. Il fut bâti sur l’emplacement d’une ancienne chapelle dédiée à saint Roch. Leur établissement date de la première moitié du XVIIe siècle (165).

En 1633, Ponthus de Cybéran, seigneur de Boyé et de Jarnosse, fit venir des religieuses Ursulines de Mâcon pour s’occuper de l’éducation des jeunes filles de Charlieu. Les sœurs logèrent d’abord dans la rue Porcherie, au midi de l’église Saint-Philibert. Leur chapelle fut bénite en 1661. Mais l'insalubrité des locaux les força à construire leur monastère en dehors des murs de la ville. Le territoire de la Croix-Chazeul ou de Montplaisant fut l’emplacement choisi. Le couvent était presque terminé, lorsqu’un incendie vint en détruire la plus grande partie le 28 avril 1685 ; on s'empressa de réparer les dégâts ; mais, soit par défaut de construction, soit pour un autre motif, les bâtiments s’écroulèrent d’eux-mêmes, le 16 novembre de la même année. Les religieuses ne purent rentrer en possession de leur nouveau logis qu’en 1689. Ce ne fut pas pour longtemps ; le 14 janvier 1705, un autre incendie vint les en chasser pour plusieurs années. Elles s’y installèrent de nouveau en 1714. La Révolution confisqua le monastère. Il servit alors de fabrique de tissage.

Après la tourmente révolutionnaire, les Ursulines, dispersées, se reformèrent à Charlieu et habitèrent la partie des bâtiments conventuels de l’ancienne abbaye servant d’hôtellerie pour les religieux de passage. Ce ne fut qu’en 1842 qu’elles rachetèrent leur ancien couvent (166). Depuis, les meilleures familles de la région se font un devoir de soutenir cette excellente maison d’éducation en lui continuant la confiance qu’elle a méritée par la bonne éducation que les sœurs donnent aux nombreuses jeunes filles qu’elles élèvent.

Aucun document connu à ce jour ne fait connaître la situation des écoles de garçons pendant la Révolution et l’Empire. La municipalité, en 1820, établit un collège dans l’immeuble confisqué des capucins. M. Christophe en eut la direction. Quelques instituteurs laïques ouvrirent à cette époque des écoles privées. En 1824, M. l’abbé Terrel, curé de Charlieu, et M. Guinault, maire de la ville, demandèrent à l’archevêché trois frères Maristes pour leur confier l’école communale de garçons. Les classes s'ouvrirent dans les bâtiments actuellement occupés par le presbytère.

Plus tard, on créa des classes primaires près du collège. Le 3 août 1841, M. Christophe donna sa démission. Ce collège fut alors converti en pensionnat primaire, sous la direction des frères Maristes. Ceux-ci occupèrent les locaux municipaux jusqu’en 1888.

En septembre 1881, l’école communale de garçons fut laïcisée, et le bail consenti par la ville aux frères Maristes prit fin à la Saint-Martin, 1888. L’école primaire et l’école supérieure laïques s’installèrent dans les bâtiments occupés précédemment par les frères Maristes, pendant que ceux-ci allèrent habiter la magnifique construction en style du XVe siècle élevée en rue Cacherat. Leurs nombreux élèves les y suivirent. Depuis, la bonne renommée du pensionnat s’est maintenue, et cette florissante maison d’éducation continue d’abriter une nombreuse colonie de jeunes gens venus de tous les points du Roannais et du Brionnais. Il faut ajouter que Mme veuve Guinauld voulut continuer l’œuvre commencée en 1824 par M. Guinault, maire de la ville ; elle fit construire, en 1885, une école paroissiale où les enfants de la ville reçoivent gratuitement l’éducation et l’instruction.

Vers la même époque, sous l’administration de M. Valorge, maire de Charlieu, les écoles dirigées par les sœurs Ursulines furent laïcisées. L’école laïque de jeunes filles fut installée sur la place de la Bouverie.

Il faut maintenant revenir en arrière pour reprendre l’histoire de Charlieu. La peste, qui fit de grands ravages à Lyon, Montbrison, Saint-Étienne et Roanne, n’épargna pas Charlieu en 1630 et 1631. Le procès-verbal de l’assemblée des habitants, tenue en 1632 pour remédier aux embarras financiers de la ville occasionnés par la peste, dit que « les maladies contagieuses dont la ville a été affligée les années dernières, 1630 et 1631, ont perdu tant de familles qu'il n'est resté que la moitié des habitants, tellement pauvres qu’ils sont obligés de demander à cette considération un soulagement au fait des tailles ». La terrible maladie reparut en 1651. Les malades retirés à l’Hôtel-Dieu furent si nombreux et répandirent une telle infection qu’on pensa transférer l'hôpital dans une tannerie située près de la porte Notre-Dame, sur la rivière de Bonard (167).

Le 28 mai 1638, la foudre mit le feu au clocher central de l’église du prieuré, et les quatorze cloches qu'il renfermait fondirent dans l’incendie (168).

De 1639 à 1648, Charlieu fut rattaché au bailliage de Mâcon, mais ce présidial ayant été supprimé, Charlieu fut définitivement attaché à celui de Lyon.

De fréquentes querelles s'élevaient entre le châtelain royal de Charlieu et le juge ou bailli des Bénédictins, sur le fait de leurs justices. La mésintelligence paraît dater de 1286. Dans les années 1330, 1377, 1379, le châtelain entreprit sur la justice du prieuré. Au XVe siècle, la lutte devint plus vive. Le XVIIe siècle vit triompher la cause des Bénédictins. Le prieur se plaignait amèrement des empiètements du châtelain ; il parvint à obtenir du Conseil d’Etat, le 6 octobre 1660, un arrêt interdisant aux officiers du roi de tenir leurs audiences à Charlieu et leur enjoignant de transférer à Changy le siège de leur juridiction.

Les officiers de la châtellenie opposèrent à cet arrêt une résistance obstinée. Après avoir été de nouveau transféré de Changy à Régny, la châtellenie royale finit par être rétablie dans la ville de Charlieu par « territoire emprunté ». De guerre lasse, le prieur avait acheté, en 1696, la charge de châtelain, mais il la revendit peu après. Pendant quelque temps, il confia au châtelain lui-même les fonctions de juge seigneurial. La mésintelligence se ralluma entre les officiers des deux justices, sur la fin du XVIIIe siècle. La Révolution y mit fin en les supprimant l’une et l’autre (169).

Dans les temps antérieurs au XIXe siècle, le désir des chrétiens fut de reposer, après leur mort, dans les murs, ou tout au moins près de l’église où ils venaient prier pendant leur vie. Aussi, le sous-sol de l’église Saint-Philibert de Charlieu était-il un véritable cimetière, le terrain avoisinant l'église servait de champ mortuaire. Mais la population augmentant, cet espace devint insuffisant. En 1676, les prêtres sociétaires, les marguilliers, les conseils et les habitants résolurent de transporter le cimetière en dehors de la ville. Un bourgeois de Lyon, originaire de Charlieu, Henri Donguy, seigneur de Malfaras, paya l’emplacement choisi en face de la porte Chanteloue et y fit bâtir une chapelle dédiée à saint Lazare, mais toutes les familles qui purent conserver leur tombeau dans l’église se firent inhumer dans les caveaux de Saint-Philibert (170).

Vers l’année 1680, la reconstruction de l'hôpital fut décidée. Sa fondation remonte aux premiers temps de l’abbaye, car les Bénédictins payaient chaque année à l’hôpital une redevance qualifiée de fondation, de l’évêque Ratbert et du roi Bozon. Or, le premier était le fondateur de l’abbaye, tandis que le second en était le bienfaiteur. De plus, l’aumônier des religieux y exerçait un droit de patronage et confirmait la nomination des recteurs. D’ailleurs, dans chaque monastère bénédictin, il y avait deux appartements différents pour recevoir les hôtes étrangers ; l’un d’eux pour les personnes de distinction, l’autre pour les pauvres ; c’est probablement ce dernier qui a été l'origine de l’hôpital de Charlieu ; il fut plus tard transporté dans la ville.

L’hôpital était tenu par un seul homme, qualifié d’hospitalier. Son traitement consistait dans le logement de sa famille, la jouissance du jardin et l’exemption de tout impôt, il était chargé de la surveillance de l’établissement, recevait les malades, les enfants trouvés, les orphelins et les pauvres voyageurs. Il avertissait les recteurs de l’état des malades et de leurs besoins.

L’établissement était situé où il est actuellement, mais il n’était pas si grand et la construction laissait beaucoup à désirer. En 1692, le gardien est remplacé par des sœurs hospitalières de Cluny. Le 7 mars 1750, les bâtiments s’écroulèrent ; les lits furent brisés, et le linge et les provisions perdus ou détériorés ; mais il n’y eut aucun accident de personnes. Ils furent reconstruits sur les plans de l’architecte entrepreneur J.-M. Bigaud, qui mourut vers 1757, avant l’achèvement des travaux, lesquels furent continués par sa veuve, Marie Corderot, avec le concours de l’architecte André Boulard. La chapelle actuelle fut bénite par M. Gacon, curé de Saint-Igny et archiprêtre de Charlieu, qui avait été délégué par l’évêque de Mâcon. La cérémonie se fit très solennellement avec un grand concours de peuple (171).

L'année 1709 fut marquée par une grande disette de grains. Beaucoup de pauvres étrangers, après avoir été congédiés, se glissaient dans la ville ; ils y tombaient malades en si grand nombre qu’on craignait qu’ils n’y causassent une infection. D’ailleurs, ils y commettaient de nuit et de jour beaucoup de vols et de larcins. Pour obvier à ces inconvénients, les habitants, réunis en assemblée, décidèrent de réparer les murs et les portes de la ville, et les étrangers eurent ordre d’en sortir. En même temps, on prit des mesures pour assurer les subsistances nécessaires aux habitants, et il fut assigné à chaque citoyen aisé un certain nombre de pauvres à nourrir (172).

En 1750, la chapelle rurale du Calvaire fut construite ; elle est qualifiée de chapelle de secours, ainsi que celles de Saint-Lazare, de Saint-Nicolas et de Malfaras. Celle de Saint-Nicolas était près du ruisseau du même nom, sur l’emplacement du four à chaux. D’après une tradition recueillie par Cochard, elle passait pour la paroisse primitive de Charlieu (173).

En 1754, Charlieu fut visité deux fois par le célèbre contrebandier Mandrin. Né dans le Dauphiné, cet aventurier avait, par suite de ressentiments contre le gouverneur du Dauphiné, juré une haine implacable aux receveurs des fermes, en les forçant, à main armée, d’accepter son tabac et sa marchandise et de les payer un bon prix. Le 8 octobre, il franchissait les montagnes du Cergne, venant du Beaujolais. Arrivé devant Charlieu, Mandrin divisa sa colonne en plusieurs corps ; cent cinquante hommes y entrèrent à dix heures du matin, le 9 octobre ; le contrebandier dit au sieur Chabal, commis de l'entreposeur des tabacs, M. Hue des Côtes, lequel habitait Roanne, de lui compter 12.000 livres pour le tabac qu’il allait lui apporter. Ces gens forcèrent plusieurs particuliers, en les rudoyant, à lui prêter 4.500 livres. Le commis demanda à leur chef quel était son nom, il lui répondit qu’il s’appelait Louis Mandrin, et il lui donna deux reçus, l'un de 3.000 livres, l’autre de 1.500, après avoir laissé 914 livres de tabac de contrebande.

De Charlieu, les contrebandiers se rendirent à Roanne. Après une expédition dans le Vivarais, Mandrin et sa bande reparurent, le 24 octobre 1754, à Charlieu. Il exigea une contribution de 1.000 livres du receveur des tailles, en échange d’une petite quantité de tabac et d’indienne. Le 25, à huit heures du matin, Mandrin, après avoir couché au château de Malfaras, prit la direction de Cluny. Cet aventurier fut roué à Valence, le 26 mai 1755 (174).

Au XIIe siècle, les habitants des villes commencèrent à réclamer une plus grande indépendance, une plus grande liberté, un affranchissement des droits seigneuriaux, les plus exorbitants. Ce fut l’origine de l’établissement des communes ; ce mouvement fut favorisé par la royauté. Les habitants de Charlieu ne réclamèrent leur affranchissement que vers le milieu du XIIIe siècle. Ils se constituèrent en commune, élurent des délégués ou conseillers municipaux, connus alors sous le nom de consuls où échevins, avec un chef nommé maire, pour diriger les affaires de la communauté ; ils firent faire un sceau, et résistèrent par la force aux Bénédictins, leurs seigneurs. L'affaire fut portée devant le bailli de Mâcon qui, assisté de Dalmace, abbé de Saint-Rigaud, donna tort aux bourgeois de Charlieu, lesquels furent condamnés à 600 livres d'amende, amende illusoire, puisqu’elle fut remise sur-le-champ par l’abbé de Cluny et le prieur du monastère de Charlieu. Le sceau fut brisé et les Bénédictins restèrent maîtres de l’administration et de la police de la ville.

Cependant, les habitants avaient nécessairement des intérêts collectifs et quelquefois opposés à ceux des moines. En ce cas, les bourgeois, n'ayant pas d’officiers municipaux pour les représenter, agissaient tous en personne. Les intérêts communs étaient traités, s’il y avait lieu, dans des assemblées générales convoquées au son de la cloche, ordinairement le dimanche, à l’issue de la messe ou des vêpres, et tenues sous la présidence et avec l’autorisation du juge ou même du châtelain royal. Ces assemblées pouvaient nommer les syndics ou procureurs chargés de la poursuite de certaines affaires, mais il n'existait pas de corps municipal permanent. La communauté élisait, à la vérité, des consuls annuels, mais c'étaient de simples répartiteurs et collecteurs des tailles. L'édit de François Ier, en 1517, rendit ces élections indépendantes des moines. La force des choses, notamment à l’époque de la Ligue, amena ces consuls à représenter leurs concitoyens et à faire quelques actes d’administration. Ils se réunissaient dans une maison de ville située en rue Mercière. En 1692, le gouvernement de Louis XIV, pressé par le besoin d’argent, imagina d’imposer à toutes les villes du royaume des offices de maire et des officiers municipaux, nommés assesseurs, et de les vendre le plus cher possible soit à des particuliers, soit aux villes elles-mêmes. Les Bénédictins les achetèrent pour en revêtir leurs propres officiers. En 1733, les titres de maire et de procureur de la ville furent payés 4.600 livres, dont la moitié fut fournie par le prieur, don de Kessel, et l’autre par le couvent. Un édit royal de mai 1765 vint enfin donner, à toutes les villes de France, une municipalité basée sur les élections. D'après cette nouvelle loi, Charlieu dut nommer un maire, deux échevins, quatre conseillers de ville, dix notables, un receveur-syndic et un secrétaire-greffier. Le premier maire de Charlieu fut M. Carré. Au moment où la ville obtenait son autonomie, son ancienne abbaye, auprès de laquelle elle était née, était sur le point de disparaître. On sait que l’ordre de Cluny était divisé, depuis 1623, en deux branches, celle de l’ancienne Observance, à laquelle appartenait Charlieu, et celle de la nouvelle Observance. La seconde branche alla en prospérant, tandis que la première continua à déchoir, et son relâchement rendait les revenus de plus en plus insuffisants. Le désordre avait passé du spirituel au temporel. Les biens étaient mal administrés, les redevances avaient, par l’effet du temps, perdu beaucoup de la valeur qu’elles avaient à leur origine, et le produit des dîmes était absorbé par les portions congrues que le monastère devait donner aux prêtres chargés des paroisses qui dépendaient de l’abbaye. Ainsi, en 1686, cette rente était de 300 livres ; en 1768, elle monta à 500, et en 1786, à 700 livres. Ces raisons déterminèrent le roi et le pape à supprimer l’ancienne Observance de Cluny. Le 4 juillet 1788, le souverain Pontife Pie VI prononça, dans un bref, la suppression et l’extinction de cette branche clunisienne. Les évêques furent chargés, dans leurs diocèses respectifs, d’exécuter l’ordre venu de Rome ; les religieux furent exemptés de l'observation de leurs règles et ne conservèrent que les obligations du prêtre séculier. Les biens des monastères supprimés furent employés à servir des rentes aux religieux sécularisés et le surplus fut adjugé aux ordres religieux les plus nécessiteux. Les lettres patentes du roi portant confirmation du bref, fixèrent les pensions proportionnées à l’âge des moines et aux revenus du monastère. Celui de l’abbaye de Charlieu se montait à 8.184 livres. Six moines se partagèrent cette rente, deux seulement résidaient au couvent lors de sa sécularisation, savoir : dom Barruel, prieur claustral, et dom Samoël ; ce dernier, né le 16 février 1756, mourut curé de Fleury-la-Montagne, dans un âge fort avancé. Ainsi finit la vieille abbaye bénédictine de Charlieu ; elle avait duré plus de neuf cents ans (175).

BOYER

Altitude : 340 mètres. — Population : 222 habitants. — À 17 kilom. De Roanne. — Poste de Jarnosse, à 5 kilom. — Gare de Vougy, à 8 kilom. — Fête patronale : saint Barthélemy.

Boyer, ou Boyé, se cache dans le fond de la vallée du Jarnossin. Le manoir de cette antique seigneurie est aux trois quarts ruiné. On y voit encore une échauguette et deux cheminées de pierre au manteau timbré de l’écusson de Cibérans, seigneur de Boyé, Jarnosse et La Gresle au XVIe et au XVIIe siècle. Ils portent d’azur à trois fallots d’or allumés de gueules et non d’azur à trois gerbes d’or.

Dans l’église, petit édifice du XVIe ou du XVIIe siècle, se trouve l’écusson des Cibérans, puis d’un autre qu’on peut lire ainsi : écartelé au 1 et 4 de vair plein qui est de Vichy, aux 2 et 3 d’argent à la croix de gueules, blason de Saint-Georges, seigneur d’Arcinges, fief du voisinage et de Saint-André-d’Apchon (176).

CHANDON

Altitude : 375 mètres. — Population : 1.257 habitants. — À 23 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Charlieu, à 4 kilom. — Industrie : soieries. — Châteaux : Genouilly, Montferrand, Valvert. — Fête patronale : saint Eloi.

Pays boisé et entrecoupé de jolis vallons aboutissant au Chandonnet, qui se jette dans le Sornin un peu au-dessous de Charlieu, au pont de Tigny.

L’église est une construction récente, élevée sur les plans de M. Magnien, architecte à Roanne, en style des XIVe et XVe siècle. Elle a trois nefs et 38 mètres de longueur sur 12 de hauteur sous la grande voûte.

Vocable : saint Eloi (177).

MARS

Altitude : 390 mètres. — Population : 1.421 habitants. — À 25 kilom. de Roanne. — Poste et télégraphe de Charlieu, à 7 kilom. — Gare de Saint-Denis-de-Cabanne, à 4 kilom. — Industrie : soieries. — Fête patronale : saint Corneille.

Cette paroisse est traversée par le ruisseau le Chandonnet. Son église, sous le patronage de saint Corneille, a été bâtie, en 1861, en style ogival des XIVe et XVe siècle, par M. Magnien, architecte à Roanne. Elle a trois nefs, une abside octogonale et mesure 38 mètres de long. Les vitraux ont été peints par M. Pagnon.

JARNOSSE

Altitude : 360 mètres. — Population : 1.202 habitants. — À 19 kilom. de Roanne. — Poste de la localité. — Gare de Charlieu, à 12 kilom. — Télégraphe de Cuinzier, à 4 kilom. — Industrie : soieries et cotonnades. — Fête patronale : saint Pierre-aux-Liens.

Le territoire de cette commune faisait partie du Beaujolais. Le bourg était du Lyonnais. D’un vieux château du XVIe siècle, il n’en reste que deux tours et une partie du logis à combles rapides, ainsi qu’une échauguette (178).

MAIZILLY

Altitude : 405 mètres. — Population : 494 habitants. — À 27 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Saint-Denis-de-Cabanne, à 3 kilom. 1/2. — Industrie : soieries, fours à chaux. — Fête patronale : l’Assomption.

Ce village, situé au nord-est de Charlieu, domine le confluent des deux ruisseaux de Aaron et de Poule avec le Botoret. L’église est neuve et de style ogivale, sous le vocable de saint Blaise. D’une ancienne demeure de la princesse d’Armagnac, il ne reste qu’un tronçon de tour (179).

Église de Nandax. (Bossan, architecte.)

Pl. XLVII. Église de Nandax. (Bossan, architecte.)

NANDAX

Altitude : 310 mètres. — Population : 412 habitants. — À 13 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Vougy, à 5 kilom. — Châteaux : Baraque, Champion, Ressins. — Fête patronale : saint Martin.

L'église moderne est bâtie en riches matériaux, sur les plans et la direction de M. Bossan, architecte de Notre-Dame de Fourvière. C'est un édifice d’aspect robuste plutôt qu'élégant, de proportions très harmonieuses, style très personnel, de transition mêlé d’inspiration orientale (180).

Nandax : Château de Ressins

Pl. XLVI. Nandax : Château de Ressins.

CHÂTEAU DE RESSINS (181)

Ce château est situé à peu de distance du bourg de Nandax. C’est une construction très vaste, composée d’un corps de logis rectangulaire auquel se rattachent deux ailes formant à l’intérieur une cour carrée ouverte à l’est.

Il date du XVIIIe siècle et a remplacé le manoir primitif. On remarque, sur un des bâtiments de service, les blasons des anciens propriétaires : les de Saix et les de Béraud. Nulle part on ne voit celui des Morestin, ce qui s’explique par leur trop court passage à Ressins, en 1684.

Parmi les récents travaux exécutés avec autant de goût que d’intelligence par le propriétaire actuel M. Étienne Gautier, dans le but de rendre à cette demeure la physionomie du premier castel de la fin du XVe siècle, il faut citer le rétablissement des meneaux en croix des fenêtres, la suppression des corniches et surtout l’installation dans la cour intérieure d’un portique en pierre, style Louis XII, surmonté d’une loge ouverte à piliers de chêne massif taillés en balustres (182).

POUILLY-SOUS-CHARLIEU

Altitude : 265 mètres. — Population : 2.052 habitants. — À 13 kilom. de Roanne. — Poste et gare de cette localité. — Industrie : tissage mécanique pour la soierie et la cotonnade. — Châteaux : Poyet, Montrenard. — Fête patronale : saint Pierre.

Pouilly possédait sur la Loire, près de l’embouchure du Sornin, un port dont l'importance commerciale, signalée par le Forézien Papire Masson au XVIe siècle, n’a pris fin qu’à notre époque par suite de la création du chemin de fer de Paris à Lyon-Méditerranée, par le Bourbonnais et celle du canal de Roanne à Digoin. Un pont en fil de fer jeté sur la Loire fait communiquer Pouilly avec ce canal. Placé sur la route départementale n° 4, de l’Allier au Rhône, ce pont a été concédé du 29 septembre 1834 jusqu’au 9 janvier 1908. La concession a été rachetée en 1884.

Grande usine de tissage mécanique de M. Bréchard, Cité ouvrière.

L’église est une bâtisse moderne. Le clocher est du XVe siècle. Sa base carrée forme porche par l’ouverture, dans ses murs épais de deux mètres, de baies très basses fermées d’arcs ogives. On y voit le blason de Sainte-Colombe, de la branche des seigneurs du Poyet et celui des Montrenard.

CHÂTEAU DE MONTRENARD

Pouilly-sous-Charlieu : Château de Montrenard

Pl. XLVIII. Pouilly-sous-Charlieu : Château de Montrenard.

« Lorsque, quittant le village, on s’engage, en la remontant, dans la vallée du Jarnossin, on se trouve, à la distance d’environ 2 kilomètres, en présence d’une sorte de forteresse quadrangulaire dont les murailles, émergeant des eaux profondes de larges fossés, sont commandées par un donjon d’angle à trois étages et comble aigu. C’est le château de Montrenard ; c’est une demeure féodale du XVIe siècle, admirablement conservée, précieux joyau de notre Roannais monumental. (V. Pl. XLVIII.)

« Rien de plus saisissant que l’aspect de ces hautes courtines, percées seulement de rares meurtrières, sans crénelage ni mâchicoulis pour les défendre contre les échelades, sans autre relief que celui de trois échauguettes semi-circulaires flanquantes, assises aux angles sur six rangs en retraite de tores grossièrement taillés. Point de baies pour égayer cette enceinte, autres que celles qui s’ouvrent à différents étages de la tour carrée ; car les fenêtres du front méridional ont été percées après coup, comme la maçonnerie l’indique, et leurs profils les date de la Renaissance.

« La défense réside surtout dans un chemin de ronde, sorte de terrasse posée à l’intérieur sur l’épaisseur des murs et qu’abrite un parapet assez mince, nanti d’embrasures et d’archières en forme de croix pattée.

« Une seule entrée, avec pont-levis, aujourd’hui remplacé par un pont fixe et d’une largeur à peine suffisante pour un cavalier, donne accès dans la place. Elle est formée par une porte ogivale suraiguë placée au fond d’un passage long de trois mètres, non voûté, qui s’ouvre en arrière d’un arc surbaissé, supportant le haut du mur et contre lequel s'appliquait le tablier du pont, quand il était relevé.

« Un double mâchicoulis, accompagné de meurtrières en croix, surmonte et protège cette entrée, qui a très grand air.

« Les corps de logis adossés aux courtines, mais aujourd’hui détruits, ne prenaient jour que sur la cour intérieure, et un escalier droit, réservé dans l'épaisseur des murs, conduisait aux étages du donjon.

« Chacun de ces étages n’a qu'une salle, éclairée d'une ou deux baies étroites prises dans les minces parements de façade ; de larges embrasures, sont voûtées en berceau brisé, et garnies de bancs latéraux en pierre. Les formes de ces ouvertures sont toutes variées : baies ogivales sans linteaux ; baies à linteaux carrés, les uns pleins, d'autres ajourés d’un quatre feuilles, et tous déchargés à la Bourguignonne, par l'arc brisé d'un ébrasement extérieur.

« Une vaste cheminée du premier étage, visiblement encastrer après coup, dans l'ancienne maçonnerie, est un ouvrage de la Renaissance avec décoration de volutes. Mais une salle supérieure a conservé sa curieuse cheminée du XIVe siècle, en faible saillie de 30 centimètres sur la paroi, sans pieds droits, et dont le manteau, d’un seul bloc de 2 mètres de longueur, repose sur deux corbeaux massifs à redents et très larges chanfreins.

« Le chanfrein est d’ailleurs la seule moulure adoptée dans l’édifice, notamment sur les lèvres des croix des archières évidées dans une dalle de pierre d’une seule pièce.

« Etrange par son aspect de forteresse, étrange par son étonnante conservation et son curieux système défensif, ce castel de Montrenard est un sphinx qui a gardé depuis cinq cents ans le secret de ses nombreuses vicissitudes.

« La légende devait s'en emparer et, s'inspirant de la présence de ces curieuses croix pattées caractéristiques de l'austère édifice, elle en a fait une résidence des Templiers. Sans parler de l’invraisemblance historique d’une telle supposition, elle rendrait nécessaire le report au-delà de 1312, date de la suppression de l'ordre, de l’âge de cette construction et son architecture ne paraît pas pouvoir concorder avec une assignation chronologique aussi reculée (183). »

SAINT-DENIS-DE-CABANNE

Altitude : 285 mètres. — Population : 1.560 habitants. — À 22 kilom. de Roanne. — Poste et gare de la localité. — Télégraphe de Charlieu, 3 kilom. 1/2. — Industrie : Tissage mécanique de la soie ; pierre de taille ; pierre à chaux. — Châteaux : Durie, Gatellier, Rochemont, Barnay. — Fête patronale : saint Denis.

Ce village, situé au confluent du Botoret et du Sornin, est sur la limite des départements de la Loire et Saône-et-Loire. De riches bancs de calcaire jurassique, de l’étage du lias et d’une jolie couleur jaune fournissent de belles pierres de taille et de pierres à chaux pour toutes les constructions du Roannais. L’église, en style du XIIIe siècle, date de 1820 ; elle est sous le vocable de Saint-Denis-l’Aréopagite.

Nombreuses fabriques de soieries.

CHÂTEAU DE GATELLIER

Saint-Denis-de Cabanne : Château de Gatellier (côté de la ferme) Saint-Denis-de-Cabanne : Château de Gatellier (côté est)

Pl. XLIX. Saint-Denis-de Cabanne : Château de Gatellier (côté de la ferme). Pl. L. Château de Gatellier (côté est).

Saint-Denis-de-Cabanne : Porte du château de Gatellier

Pl. LI. Saint-Denis-de-Cabanne : Porte du château de Gatellier.

Cette belle et vaste demeure, à 600 mètres du bourg de Saint-Denis, conserve toute une aile et plusieurs dépendances de la construction primitive du commencement du XVIe siècle ; mais le corps de logis principal est une œuvre de la seconde moitié du XVIIIe siècle. (V. Pl. XLIX, L et LI.)

Un des salons était tendu de tapisseries de haute lice d’un merveilleux coloris. Elles portaient la signature de F. Boucher, avec la date de 1736 (184). M. le comte Léon de Gatellier, dont la libéralité est bien connue dans la contrée, vient de se dessaisir de ces incomparables tapisseries, pour en consacrer le produit aux bonnes œuvres.

SAINT-HILAIRE

Altitude : 330 mètres. — Population : 683 habitants. — Poste et gare de Charlieu, à 5 kilom. 1/2. — Industrie : tissage de la soie. — Château : de Saint-Hilaire. — Fête patronale : saint Hilaire.

Paroisse de l’ancien Lyonnais, sur le premier versant des collines qui, des bords de la Loire, s'élèvent jusqu'aux cimes beaujolaises. Sa vue s’étend sur la totalité de la plaine du Roannais.

CHÂTEAU DE SAINT-HILAIRE

Saint-Hilaire : Le Château

Pl. LII. Saint-Hilaire : Le Château.

Au nord et près du bourg, se profile sur le ciel la silhouette gothique d'un élégant manoir. (V. Pl. LII.)

« Flanqué à trois angles d’élégantes tourelles, il s’appuie au quatrième sur une grosse tour ronde à la base évasée et solide. Ces tours, à la fin du siècle dernier, possédaient encore leur toiture élancée. Malheureusement, l'égalité révolutionnaire, passant sur toute la France, y a laissé sa marque ; maintenant rasées au niveau du toit, leur mutilation ôte un peu de légèreté à cette charmante construction du XIVe siècle. Les ouvertures sont rares, à l’exception de deux grandes baies dont les meneaux ont été détruits, mais qu'une récente restauration a rétablis dans leur éclat primitif ; les deux autres fenêtres sont étroites, mais charmantes dans leur dessin sévère et plein d'harmonie. Une porte cintrée, au-dessus de laquelle existe un écusson que le temps a rongé, donne accès dans l'intérieur du château.

« La motte sur laquelle est construit le manoir est environnée de fossés reflétant ses vieux murs où le temps et le soleil sont venus imprimer leur patine aux tons chauds. Jadis, sous l'ancien pigeonnier seigneurial, en face de la porte d'entrée, un pont-levis fermait la cour ; aujourd'hui, un pont de pierre remplace cet ouvrage tombé de vétusté.

« Malgré sa masse assez imposante, ses fossés et ses tours, Saint-Hilaire ne fut jamais un château-fort. Rien n’indique cette première destination. Ses dimensions restreintes, sa position dans un pays jadis boisé, en face d'un site magnifique, tout porte à croire que quelque seigneur du Beaujolais, dont relevait Saint-Hilaire, le construisit pour en faire un rendez-vous de chasse. Ses premiers possesseurs nous sont tout à fait inconnus.

« Le bûcher qui, durant la Révolution, consuma les archives de l'abbaye de Charlieu ne nous permet pas d'indiquer à quelle époque et comment les Bénédictins devinrent propriétaires de ce castel. Ce fut sans doute pour eux une maison de campagne où ils venaient respirer le grand air et se reposer de la vie laborieuse du couvent. Ils y laissèrent, comme trace de leur passage, une charmante petite chapelle de style ogival, aux dimensions restreintes, appuyée ou plutôt collée aux murs du château. Son fondateur, abbé ou prieur de Charlieu, y apposa le scel de ses armes. L'écusson finement sculpté sur la clef de voûte qui surmonte le chœur, et qui domine aussi l’antique porte de l'abbaye de Charlieu aujourd’hui servant de cure, n’a pu encore être déterminé. Il porte un croissant avec un chef chargé de trois étoiles.

« Les hordes protestantes qui, vers le milieu du XVIe siècle, semèrent tant de ruines dans le Forez et le Roannais, trouvèrent dans le château de Saint-Hilaire une proie facile. Pillée, et tombant en ruines, cette demeure devint une lourde charge pour le monastère. Aussi, le Ier décembre 1635, par-devant Deshayes, notaire à Charlieu, acte est passé, par lequel « haut et puissant seigneur, révérend père en Dieu, messire Claude de la Magdelaine, et Ragny, seigneur prieur de Charlieu, évêque d’Autun, prenant en considération que la grande quantité de bâtiments dépendant de ladite maison seigneuriale de Charlieu ne se peut entretenir qu'avec des frais très grands et qui absorbent presque le revenu de ladite seigneurie et pour décharger icelle du soin dudit entretien, et empêcher que ladite maison et château de Saint-Hilaire ne tombe en ruine et puisse profiter à ladite maison seigneuriale de Charlieu, à ces causes de son bon gré et libre volonté, a remis et transporté, comme par ces présentes, il remet et transporte à titre d’emphytéose perpétuel, irrévocable, pour lui et ses successeurs audit prieuré, à messire Jean-Baptiste Farjot, conseiller du roi et lieutenant criminel à l’élection de Lyon, à savoir : ladite maison et château de Saint-Hilaire, consistant en maison haute, moyenne et basse, tours et donjons, cour close, pont-levis, fossés, jardin, etc., et tout ainsi que ladite maison se comporte, laquelle maison et château depuis longues années et depuis les troubles a été et est tombée en ruines à la réserve sur lesdits fonds et maison, par ledit seigneur de la totale justice et droits de dîme et censive et de tous droits de lods et retenues féodales et censivales, suivant la coutume des lieux. La présente remise par bail emphytéotique et perpétuel, faite pour et moyennant le prix de trente livres de rentes annuelles et perpétuelles et directes et censives ».

« Voici donc le sieur Jean-Baptiste Farjot qui, dans un acte postérieur, est qualifié écuyer, conseiller et maître d’hôtel du roi ; chevalier et capitaine du guet de la ville de Lyon, devenu propriétaire de Saint-Hilaire. Le nouvel acquéreur dut se mettre à l’œuvre pour réparer et rendre habitable son château fortement endommagé. Comme en font foi l’acte de vente de 1635 et la ratification du bail emphytéotique donnée le 18 août 1638, « par les officiers religieux de Charlieu, capitulairement assemblés dans leur chapitre pour conférer de leurs affaires, au son de la cloche, à la manière accoutumée », il se complut à orner sa demeure.

« Le salon porte encore les traces de cette restauration. Tout autour règne une frise charmante, à laquelle l’habile pinceau de M. Grizard, l'aimable châtelain du vieux manoir, a rendu tout son charme et son éclat. Le peintre naïf, chargé de cette décoration, nous représente dans une suite de cartouches perdus dans un entrelacement de feuillages, à la courbe légère et gracieuse où la grenade se mêle aux fruits sortis de la vive imagination de l’artiste, tout un roman d’amour. Il est tragique ce roman : après avoir assisté au duel que se livrent deux rivaux, nous voyons, dans un des derniers médaillons, l’amante pleurant sur la tombe du bien-aimé qu’a trahi le sort des armes. Comme épilogue, deux cœurs entrelacés s'envolent vers le ciel. M. Grizard y a ajouté deux vers charmants, qui, dans une idée des plus poétiques, résument admirablement le sujet :

Gentil amour souvent dolit
Printemps en fleurs trop tôt finit

« Cette pièce est fort intéressante, nous y vivons en plein XVIIe siècle. Rien n’y a changé, ce sont les mêmes tentures, la même cheminée monumentale en pierre aux fines moulures. Les meubles mêmes y sont restés et les tapisseries, qu’en ses heures de loisir la première châtelaine a composées, les recouvrent encore. Un plafond à la française, aux solives de chêne, complète harmonieusement cette salle.

« Après la mort de Jean-Baptiste Farjot, le château de Saint-Hilaire passa entre les mains de Claude-François-Dubec, chevalier, seigneur de Lamothe. Louis Dubec, son fils, chevalier, seigneur de Chandon et Lamothe-Saint-Hilaire, le légua, vers 1746, à sa fille Renée Dubec, mariée à Pierre-François de Rochefort.

« Leur fils, Camille de Rochefort, seigneur de Beauvoir en Forez, résidant à Feurs, s’en dessaisit, par acte passé le 14 novembre 1768, devant Mondon, notaire, en faveur de André Alex, notaire et procureur ès-cour de Charlieu.

« Depuis lors, la terre et le château de Saint-Hilaire passèrent, par des alliances successives, dans les familles de Laronzière, Pochin et Grizard.

« De récentes restaurations ont rendu tout son lustre à l’antique manoir gothique. Par les soins de M. Grizard et ceux de son gendre, M. Léon de Noury, il a retrouvé sa splendeur passée (185). »

SAINT-NIZIER-SOUS-CHARLIEU

Altitude : 200 mètres. — Population : 1.232 habitants. — À 15 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Pouilly-sous-Charlieu, à 2 kilom. — Châteaux : Andrieux, Beauvernay, Carrillon, Damez, du Bois-Plan, Du Mont, la Grange-Jobin, Montfort, Rongefert. — Industrie : soierie. — Fête patronale : saint Nizier.

Cette commune était traversée dans toute sa longueur, par la voie antique tendant de Charlieu à Autun et Nevers par Saint-Pierre-La-Noaille, Iguerande, Marcigny, Pierrefitte et Parigny ; voie qui, au Moyen Age, prend le nom de Magnum iter publicum. C’était une station gallo-romaine.

Elle avait son importance, durant le Haut Moyen Age, s’il est vrai, comme l'affirment quelques historiens, que la reine Hermangarde, veuve du roi Boson, y fit étape en 890, et y tint une cour plénière pour juger un de ses vassaux (186).

Dans son voisinage, se trouve le château de Mont. C’est une ancienne maison-forte. On ne connaît pas la date de sa construction, on sait seulement qu’au temps de la Ligue, elle servit de forteresse aux troupes royales qui surveillaient Charlieu. En 1593, ce château fut, pendant les guerres de religion, assiégé et pris par le chevalier d’Auder, dont les bandes le livrèrent au pillage et l’incendièrent. Il a été le berceau de la famille des Nompère, dont la noblesse était fort ancienne.

Une partie des papiers de cette famille devint la proie des flammes lors de l'incendie du manoir ; le reste fut mis en pièce. Au milieu du XVIe siècle, Louis de Nompère, écuyer, seigneur du Mont, était en même temps possesseur du fief de Rongefert. Un de ses descendants, Jean-Baptiste Nompère, comte de Champagny, duc de Cadore, a suivi avec beaucoup de succès la carrière diplomatique ; ses fils, Louis-Allix, François-Joseph, Napoléon-Marie et Jérôme-Paul, occupèrent une place importante dans la littérature et la politique (187).

Le couvent des Cordeliers, dont il est question dans l'histoire de Charlieu, est situé sur le territoire de cette commune.

Non loin de la Loire et de la ligne du chemin de fer de Pouilly à Châlons, se trouve le joli castel de Beauvernay en gothique du commencement du XVIe siècle. C'est une construction rectangulaire percée de baies irrégulières à croisillons et surmontée d’un haut comble vêtu de tuiles émaillées de différentes couleurs.

Il vient d’être l'objet d'une restauration complète, scrupuleuse et savante, exécutée sous la direction de M. Clair Tisseur, architecte lyonnais.

SAINT-PIERRE-LA-NOAILLE

Altitude : 280 mètres. — Population : 537 habitants. — À 17 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Pouilly-sous-Charlieu, à 4 kilom. — Châteaux : La Garde, Marchangy, Saint-Pierre. Fête patronale : saint Pierre et saint Paul.

Saint-Pierre-la-Noaille : Le Château

Pl. LIII. Saint-Pierre-la-Noaille : Le Château.

Située dans la vallée de la Loire, cette commune était traversée par le Magnum iter publicum, tendant de Lyon à Nevers par Marcigny. Le château, très voisin du village, a dû être édifié au commencement du XVIe siècle. Il se signale de fort loin par le dôme de verdure que forme un quinconce de marronniers séculaires et par une haute et puissante tour carrée, à comble aigu surmonté d’un lanternon de guetteur. Cette tour, plus ancienne que les logis qui l’avoisinent, est couronnée sur ses quatre faces par un hourd à demeure en charpente, muni d’un parapet de garde, formé de croix de saint André maçonnées entre les potelets verticaux. Ces potelets sont eux-mêmes assemblés avec les chevrons du comble, qui recouvre ainsi tout l’ouvrage et en assure la conservation parfaite, malgré la très forte saillie donnée à ce hourd pour commander le pied des murs. (V. Pl. LIII.)

L’église, petit édifice sans style avec un chœur relativement ancien, a subi des adjonctions et des remaniements complets, il y a quelques années (188).

VILLERS

Altitude : 470 mètres. — Population : 788 habitants. — À 19 kilom. de Roanne. — Poste et gare de Charlieu, à 7 kilom. — Industrie : soierie. — Fête patronale : saint André.

Le territoire de Villers (Villerds), de la justice de Ressins, occupe le sommet du plateau que limite au sud-est le ruisseau de Jarnossin et au nord celui de Chandonnet. Son église, sous le vocable de saint André, est un édifice moderne de style pseudo-grec, sans aucun intérêt.

VOUGY

Altitude : 265 mètres. — Population : 1.098 habitants. — À 9 kilom. de Roanne. — Poste et gare de la localité. — Châteaux : Laye, Vougy. — Fête patronale : saint Bonnet.

Vougy : L’Église

Pl. LIV. Vougy : L’Église.

Le riche territoire de cette commune est limité à l’ouest, sur toute sa longueur, par le cours de la Loire. Il s'est augmenté de celui d’Aiguilly, petite paroisse aujourd’hui disparue et dont il ne reste que l’ancien cimetière avec deux maisons contiguës. Cette union a été accomplie en 1826. Le pont suspendu d’Aiguilly, route départementale N° 10 de Roanne à Digoin, a été concédé le 13 novembre 1839 jusqu’au 7 juin 1893. — La concession a été rachetée en 1884.

L’église, assise sur une colline qui domine toute la plaine du Roannais, est précédée d’un emmarchement monumental. C’est une construction originale et très soignée, édifiée il y a trente ans par M. Corroyer, architecte parisien, élève de Viollet-le-Duc, en style lombard mêlé d’inspiration du XVIIe siècle français. (V. Pl. LIV.)

L’extérieur du monument rappelle l’aspect de l’église San-Lorenzo de Gêne et de la cathédrale de Sienne en Italie.

Sur le flanc de l’abside, du côté de l’épître, a été conservée une chapelle en gothique excellent de la fin du XVe siècle qu’éclairent deux verrières peintes par Didron, en 1878.

"L’autel consacré à Notre-Dame est meublé d’une statue du XVe siècle, en pierre, de la Vierge Mère debout au-dessus d’un rétable peint, de l’école Florentine, dont la légende est curieuse. Ce serait un présent fait au dernier conservateur de la galerie du cardinal Fesch, à Rome, M. S..., habile praticien, auquel le général des Bénédictins avait confié d’importantes réparations à faire aux peintures anciennes du couvent de Subiaco. Le peintre ne voulant pas accepter de rétribution pour son travail, on lui donna ce rétable et plusieurs panneaux de l’école d’Angelico de Fiesole.

La chapelle qui fait face à celle de la Vierge est éclairée par une lancette au-dessus de l’autel, dont le vitrail représente saint Joseph, et par deux baies à compartiments inégaux et d’une disposition originale. Sur l’une d’elles, sont peints un Sacré-Cœur et un Christ au jardin des Oliviers ; sur l’autre, un saint Georges et un saint Roch. Toutes ces petites verrières sortent aussi de l’atelier de Didron.

Trois pierres tombales du Moyen Age ont été enlevées de l’église, lors de la reconstruction, et provisoirement déposées dans une cour du château. Ce sont des couvercles de cercueils apparents et non des plates-tombes. Deux d’entre elles, légèrement convexes, en forme de toit à deux pentes, portent en guise d’arête médiane une croix pattée en relief et munie d’une longue hampe dont les nœuds forment couperelles à eau bénite. La troisième est une dalle épaisse sans ornements, mais qui devait être, elle aussi, placée au-dessus du sol, car ses tranches sont chargées d'une inscription en caractères gothiques allongés.

CHÂTEAU DE VOUGY

Vougy : Le Château

Pl. LV. Vougy : Le Château.

Le château de Vougy, vaste construction de l’époque de Louis XV, se compose d’un corps central allongé, percé de deux rangs de fenêtres à linteaux légèrement cintrés, et accosté de deux pavillons carrés faisant retour à ses extrémités. Il se recommande, par son ordonnance majestueuse, par les grandioses proportions de sa cour d’honneur, et de son parc de cinquante hectares ; il passe à bon droit pour le Versailles-Roannais. (V. Pl. LV).

Son dernier possesseur, le regretté comte de Vougy, homme de goût, épris des choses d’art et de curiosité, l’avait, en ces dernières années, noblement relevé d’un abandon trop prolongé. Il avait notamment reconstitué le grand salon en pur style du milieu du XVIIIe siècle ; il est revêtu de boiseries d’une exquise élégance. Une antichambre qui le précédé est tendue de tentures d’Aubusson et meublée de quelques riches fauteuils au petit point. Dans le vestibule, plusieurs objets précieux sollicitent l’attention : un portrait équestre du roi Henri IV, de l’école française du commencement du XVIIe siècle, et qui proviendrait du château de La Bastie d’Urfé, deux épis de toiture en faïence de Rouen, et un magnifique sarcophage antique en marbre blanc, de 2 m 20 de longueur sur 80 centimètres de haut, décoré de strigiles et de deux têtes de lions du plus grand caractère. Il provient d’Ecully, près de Lyon, où il servait de fontaine dans une cour de l’habitation de M. Jars, ancien député du Rhône, beau-père du comte de Vougy (189).

RÉFÉRENCES

(1) L'instruction primaire est donnée par des maîtres et maîtresses laïcs, dans les écoles communales ; et par les Frères des Ecoles chrétiennes dans les écoles libres. Les Frères ont une bonne école supérieure dans la rue Bourgneuf. L’école professionnelle laïque est dans la rue de Cadore.
(2) E. JEANNEZ. — Roanne, Le Forez pittoresque, pages 133 et suiv.
(3) E. JEANNEZ. — Roanne, Le Forez pittoresque, page 138.
(4) E. JEANNEZ. — Roanne, Le Forez pittoresque, page 139.
(5) Voir Pl. I.
(6) Ibid., page 142.
(7) Ibid., page 140.
(8) E. JEANNEZ. — Roanne, Le Forez pittoresque, page 139.
(9) Voir Pl. II.
(10) F. POTHIER. — Le Pont de Roanne, Roan. Ill., IIe série, page 25.
(11) Annuaire du département de la Loire, 1901.
(12) E. JEANNEZ. — Canton de Roanne Le Forez pittoresque, page 143.
(13) Abbé PRAJOUX. — Prise et pillage de l’abbaye de La Bénisson-Dieu par les Ligueurs, Bulletin de la Diana (tome X, page 147.)
(14) D'après E. JEANNEZ. — L'art à La Bénisson-Dieu. — Roannais illustré, Ier, IIIe, Ve livre, pages 6 et suivantes.
(15) E. JEANNEZ. — Canton de Roanne, Le Forez, page 147.
(16) COURTEPEE. — Description du duché de Bourgogne, t. III, page 128.
(17) V. DURAND. — Origine du Lyonnais-Roannais, Bull. de la Diana, tome VI, pages 237 et suivantes.
(18) E. JEANNEZ. — Canton de Roanne, Le Forez, page 150.
(19) E. JEANNEZ. — Défilé des Roches, Roann. Ill., Ire série, page 55.
(20) E. JEANNEZ. — Canton de Roanne, Le Forez, page 155.
(21) E. JEANNEZ. — Canton de Roanne, Le Forez, page 149.
(22) E. JEANNEZ. — Canton de Roanne, Le Forez, page 149.
(23) LA MURE. — Hist. des ducs de Bourbon, tome III, page 63.
(24) E. JEANNEZ. — Le Prieuré de Pouilly-les-Nonains, Roan. Ill. IIe série, pages 49 et suivantes.
(25) C. VERCHÈRE. — Le Château de Boisy, Roan. Ill., 2e série, pages 3 et suivantes.
(26) E. JEANNEZ. — Canton de Roanne, Le Forez, page 161.
(27) R. CHASSAIN DE LA PLASSE. — Prieuré de Riorges, Roan Ill., 5e série, page 171.
(28) E. JEANNEZ. — Canton de Roanne, Le Forez, page 161.
(29) Abbé REURE. — Excursion archéologique à Crozet, La Pacaudière, Saint-Martin-d’Estréaux et Saint-Pierre-Laval, Bull. Diana, tome VIII, page 126.
(30) Voir Pl. XI.
(31) Abbé REURE. — Excursion archéologique, etc., page 128.
(32) Abbé REURE. — Excursions archéologiques à Crozet, La Pacaudière, Saint-Martin-d’Estréaux et Saint-Pierre-Laval, Bull, de la Diana, tome Vlll, page 129.
(33) Abbé REURE. — Excursions, etc., page 131.
(34) Notre-Dame de France, tome VI, page 557.
(35) Abbé REURE. — Excursions archéologiques, Bull. Diana, page 136, tome VIII.
(36) Abbé REURE. — Excursions archéologiques, Bull. Diana, page 103.
(37) Voir Pl. XII.
(38) Archives de la Loire, B. 2205.
(39) Abbé REURE. — Excursions archéologiques, Bull. Diana, tome VIII, page 107.
(40) Abbé REURE. — Excursions archéologiques, Bull. Diana, pages 107 et suivantes.
(41) Voir Pl. XIII.
(42) Docteur O. DE VIRY. — Documents inédits sur le capitaine Poncenat, Roanne Ill., Ire série, page 27.
(43) F. NOËLAS. Canton de La Pacaudière, Le Forez, page 188.
(44) ROGER de QUIRIELLE. — Montaiguet, anciennement bourg mixte bourbonnais-forézien. Roan. Ill., 5e série, pages 109 et suivantes.
(45) F. NOËLAS. — Canton de La Pacaudière, Le Forez, page 190.
(46) F. NOËLAS. — Canton de La Pacaudière, Le Forez, page 191.
(47) T. PERROY. — La Baronnie de L’Espinasse, Roan. Ill., 5e série, page 3 et suivantes.
(48) F. NOËLAS. — Canton de La Pacaudière, Le Forez, page 193.
(49) H. BILLET. — Beaujolais-Forez-Dombes, tome II, pages 73 et suiv.
(50) Archives historiques du Bourbonnais, septembre 1890.
(51) Abbé REURE. — Histoire du château et des seigneurs de Lalière, Roan. Ill., 6e série, Ier, IIe et IIIe liv., pages 21 et suivantes.
(52) Abbé REURE. Esquisse historique de Châteaumorand, Roan. Ill., 3e série, Ire, 3e, 5e livraison, pages 1 et suivantes.
(53) F. NOËLAS. — Canton de La Pacaudière. — Le Forez, page 193.
(54) Voir Pl. XX.
(55) A. VACHEZ. — Canton de Néronde, Le Forez, page 194.
(56) P.Gras. Essai de classification des monuments préhistoriques du Forez, page 24.
(57) BROUTIN. — Histoire de la ville de Feurs, page 180.
(58) A. VACHEZ. — Bulletin de la Diana, pages 315 et suiv.
(59) BROUTIN. — Les châteaux historiques du Forez, tome II, page 179.
(60) A. VACHEZ. — Canton de Néronde, Le Forez, page 195.
(61) A. BERNARD. — Les d'Urfé, page 367.
(62) PRAT. — Recherches historiques sur la Compagnie de Jésus, page 146.
(63) Archives municipales de Lyon, B. B. page 140.
(64) Almanach de Lyon, 1760.
(65) A.VACHEZ. Chenevoux. Les châteaux historiques du Roannais, Roan. Ill. 6e série, page 14.
(66) A. VACHEZ. Canton de Néronde, Le Forez, page 200.
(67) A. VACHEZ. Canton de Néronde, Le Forez, page 200.
(68) A. VACHEZ. — Excursion archéologique à Piney. — Bulletin de la Diana, tome XI, page 398.
(69) CHAVERONDIER. — Notice sur le recueil des testaments enregistrés en la Chancellerie de Forez, page 46.
(70) A. VACHEZ. — Excursion archéologique de la Société de la Diana, à Piney. — Bulletin de la Diana, tome XI, page 402 et suivantes.
(71) A.VACHEZ. Souvenirs historiques de Saint-Marcel. – Bull. Diana, tome XI, page 341.
(72) SONYER DU LAC. — Les fiefs du Forez. — Saint-Marcel-de-Félines.
(73) ROGER. — La noblesse de France aux croisades, page 135.
(74) Voir Pl. XIV.
(75) A. VACHEZ. — Les Châteaux historiques du Roannais, Saint-Marcel-de-Félines, Roan. Ill., VIe livre, page 188.
(76) A. VACHEZ. — Canton de Néronde, Le Forez, page 203.
(77) H. BILLET. — Beaujolais, Forez, Dombes, page 186 et suivantes.
(78) E. JEANNEZ. — Perreux, Le Forez, page 204.
(79) Ibid., page 206.
(80) E. JEANNEZ. Canton de Perreux, Le Forez, page 207.
(81) E. JEANNEZ. Canton de Perreux, Le Forez, page 206.
(82) E. JEANNEZ. — Canton de Perreux, Le Forez, page 207.
(83) Ibid., page 208.
(84) E. JEANNEZ. Canton de Perreux, Le Forez, page 209.
(85) E : JEANNEZ. Canton de Perreux, Le Forez page 209.
(86) E. JEANNEZ. Canton de Perreux, Le Forez page 209. (87) Bulletin de la Diana, tome XI, page 74.
(88) A. CHAVERONDIER. — Le couvent des Récollets, à Saint-Germain-Laval, Roan. Ill., 6e série, page 80 et suivantes.
(89) Jos. DECHELETTE. — Le Couvent des Récollets de Saint-Germain-Laval et son fondateur Jean du Crozet, Roan. III., 6e série, page 80 et suivantes.
(90) Paul TARDIEU. Canton de Saint-Germain, Le Forez, page 213.
(91) Paul TARDIEU. Canton de Saint-Germain, Le Forez pitt., page 224.
(92) Paul TARDIEU. Canton de Saint-Germain, Le Forez pitt., page 215.
(93) P. TARDIEU. — Canton de Saint-Germain-Laval, Le Forez pittoresque, page 215.
(94) P. TARDIEU. — Canton de Saint-Germain-Laval, Le Forez pittoresque, page 216.
(95) P. TARDIEU. — Canton de Saint-Germain-Laval, Le Forez, page 216. (96) P. TARDIEU. — Canton de Saint-Germain-Laval, Le Forez, page 218.
(97) P. TARDIEU. — Canton de Saint-Germain-Laval, Le Forez pittoresque, page 219.
(98) P. TARDIEU. — Saint-Germain-Laval, Le Forez, page 216.
(99) Almanach de Lyon, 1759.
(100) P. TARDIEU. — Canton de Saint-Germain-Laval, Le Forez, page 221.
(101) Ibid.
(102) P. TARDIEU. — Canton de Saint-Germain-Laval, Le Forez, page 222.
(103) P. TARDIEU. — Canton de Saint-Germain-Laval, Le Forez, page 222.
(104) E : JEANNEZ. — Canton de Saint-Haon, Le Forez, page 222.
(105) Chartes de Cluny, n° 1321.
(106) V. DURAND. — Origine du Lyonnais-Roannais. — Bulletin de la Diana, tome VI, page 237 et suivantes.
(107) CHASSAIN DE LA PLASSE. — Le triptyque d’Ambierle, Roan.Ill., Ire série, page 69 et suivantes.
(108) E. JEANNEZ. — Canton de Saint-Haon, Le Forez, page 238.
(109) L'abbaye de Saint-Martin de Savigny, ordre de Saint-Benoît, située dans le diocèse de Lyon, près de la Brévenne, à trois lieues de Lyon, existait au temps de Charlemagne. Elle fut comprise, en 817, parmi les abbayes qui ne devaient au roi que des prières. Placée sous le patronage de l’archevêque de Lyon, elle n’eut plus tard qu’un grand prieur, l’archevêque prenant le titre d’abbé. Les protestants incendièrent le monastère. L’abbé ou ses officiers nommaient à cent soixante cures ou prieurés. Il fallait être noble pour être admis comme religieux. (Gallia Christiania.)
(110) Lettres de saint Bernard, tome Ier, page 242, édition Vivès.
(111) Visite pastorale de Messire Pierre Pomycers, curé de Saint-Germain-Laval, au prieuré de Noailly, le 28 août 1596.
(112) Brignais, à 3 kilom. de Saint-Genis-Laval, près Lyon. La bataille de Brignais se livra le 6 avril 1362. « Cy furent tués : Louis de Bourbon, comte de Forez ; Jacques de Bourbon, connétable et chef de l’armée française, contre les routiers, et plus ces deux neveux, et par ce, tomba en quenouille la race des anciens comtes de Forez. » — FROISSARD. Chroniques, La bataille de Brignais.
(113) Abbé PRAJOUX, Le Prieuré, le Village, les Fiefs de Noailly en Roannais, Roannais illustré, VIe livr., page 133 et suivantes.
(114) E. JEANNEZ. — Canton de Saint-Haon, Le Forez, page 231.
(115) E. JEANNEZ. — Canton de Saint-Haon, Le Forez, page 230.
(116) Ant. VERNIERES. Pillage des caisses des employés des fermes dans le Roannais, par Mandrin, en 1754, Roan. Ill., 5e série, page 145 et suiv.
(117) E. JEANNEZ. — Canton de Saint-Haon, Le Forez, page 230.
(118) E. JEANNEZ. Canton de Saint-Haon, Le Forez, page 232.
(119) G. VERCHERE. — Le château de Saint-André, Roannais Illustré, Ire série, page 60 et suivantes.
(120) E. JEANNEZ. — Canton de Saint-Haon, Le Forez, page 235.
(121) E. JEANNEZ. Canton de Saint-Haon, Le Forez, page 236. (122) E. JEANNEZ. Canton de Saint-Haon, Le Forez, page 237.
(123) E. JEANNEZ. Canton de Saint-Haon, Le Forez, page 237.
(124) Voir PL. XXIII.
(125) Voir PL. XXIV et XXV.
(126) P. TARDIEU, Canton de Saint-Just-en-Chevalet, le Forez, page 239.
(127) P. TARDIEU, Canton de Saint-Just, le Forez, page 241.
(128) Jos. DECHELETTE. — Bulletin de la Diana, tome VIII, page 45.
(129) P. TARDIEU, Canton de Saint-Just, le Forez, page 243.
(130) P. TARDIEU, Canton de Saint-Just, le Forez, page 244.
(131) P. TARDIEU, Canton de Saint-Just, le Forez, page 244.
(132) P. TARDIEU, Canton de Saint-Just, le Forez, page 246.
(133) P. TARDIEU, Canton de Saint-Just, le Forez, page 246.
(134) COMTE F. DE SUGNY. Château de Genetines, Roann. Ill., page 78 et suivantes.
(135) A. VACHEZ. — Canton de Saint-Symphorien-de-Lay, Le Forez, page 247.
(136) A. VACHEZ. — Canton de Saint-Symphorien-de-Lay, Le Forez, page 248.
(137) A. VACHEZ. Canton de Saint-Symphorien, Le Forez, page 249.
(138) A. VACHEZ. Canton de Saint-Symphorien, Le Forez, page 250.
(139) A. VACHEZ. Canton de Saint-Symphorien, Le Forez, page 256.
(140) A. VACHEZ. Canton de Saint-Symphorien, Le Forez, page 256.
(141) E. LE RICHE. — L’Aubépin en Beaujolais, Roan. Ill., 2e série, page 125 et suivantes.
(142) A. VACHEZ. Canton de Saint-Symphorien, Le Forez, page 251.
(143) A. VACHEZ. Canton de Saint-Symphorien, Le Forez, page 254.
(144) A. VACHEZ. Canton de Saint-Symphorien, Le Forez, page 254.
(145) A. VACHEZ. — Canton de Saint-Symphorien, Le Forez, page 255.
(146) BRISSON. — Mémoires historiques et économiques sur le Beaujolais, page 48.
(147) Bulletin de la Diana, tome VI, page 237.
(148) A. VACHEZ. — Canton de Saint-Symphorien, Le Forez, page 257.
(149) A. VACHEZ. — Canton de Saint-Symphorien, Le Forez, page 257.
(150) Ibid., page 258.
(151) E. JEANNEZ. — Canton de Belmont, Le Forez, page 164.
(152) Voir les PL. XXIX à XLV.
(153) DE SEVELINGES. — Histoire de Charlieu, pages 57 et 176.
(154) Chartes de Cluny, page 401.
(155) E. JEANNEZ. — Les fortifications de l’abbaye et de la ville fermées de Charlieu, Bulletin de la Diana, tome II, page 446.
(156) La livre tournois, au temps de saint Louis, valait 17 fr. 973.
(157) DE SEVELINGES. Histoire de Charlieu, page 155 et suivantes.
(158) LA MURE. Histoire des ducs de Bourbon, tome II, page 181 et suivantes.
(159) DE SEVELINGES. Histoire de Charlieu, page 165 et suivantes.
(160) DE SEVELINGES. Histoire de Charlieu, page 198 et suivantes.
(161) DE SEVELINGES. Histoire de Charlieu, page 198 et suivantes.
(162) DE SEVELINGES. — Histoire de Charlieu, page 309.
(163) H. BILLET. — Beaujolais-Forez-Dombes, page 247.
(164) DE SEVELINGES. — Histoire de Charlieu, page 109, DE VIRY et JEANNEZ. — Le Couvent des Cordeliers de Charlieu, page 25.
(165) DE SEVELINGES. — Histoire de Charlieu, page 116.
(166) DE SEVELINGES. — Histoire de Charlieu, page 112.
(167) DE SEVELINGES. — Histoire de Charlieu, page 199 et suivantes.
(168) Almanach du Lyonnais, pour 1734.
(169) DE SEVELINGES. — Histoire de Charlieu. — CHAVERONDIER. — Inventaire des Archives de la Loire. — B. nos 1282, 1284, 1305, 1365, 1469.
(170) DE SEVELINGES. — Histoire de Charlieu, page 101.
(171) DE SEVELINGES. — Histoire de Charlieu, page 276.
(172) DE SEVELINGES. — Histoire de Charlieu, page 511.
(173) Almanach du Lyonnais, annoté par COCHARD, année 1760.
(174) A. VERNIERE. Pillage des caisses des employés des fermes dans le Roannais, par Mandrin, en 1754, Roannais Illustré, 5e série, page 145.
(175) VINCENT DURAND. — L'Art Roman à Charlieu et en Brionnais.
(176) E. JEANNEZ. — Canton de Charlieu, Le Forez, page 178.
(177) E. JEANNEZ. — Le Forez page 179.
(178) E. JEANNEZ. — Le Forez, page 179.
(179) Ibid.
(180) Voir PL. XLVII.
(181) Voir PL. XLVI.
(182) E. JEANNEZ. — Le Forez, page 179.
(183) E. JEANNEZ. — Le Forez, page 180.
(184) E. JEANNEZ. — Canton de Charlieu, page 181.
(185) AUG. VERNE. — Le Château de Saint-Hilaire, Roannais Illustré, 3e série, page 102 et suivantes.
(186) E. JEANNEZ. — Canton de Charlieu, page 181.
(187) LEON MERCIER. — Nompère, comte de Champagny, duc de Cadore, Roan. Ill. 4e série, page 33.
(188) E. JEANNEZ. — Canton de Charlieu, page 183.
(189) E. JEANNEZ. — Le Forez, page 183.


LISTE DES ABBÉS ET PRIEURS DE CHARLIEU D’APRÈS VINCENT DURAND

ABBÉS

I. — GAUSMAR, 876.
II. — INGELAR, 887.
III. — ROBERT, cité sous le simple titre d’abbé, dans la charte n° 730 de Cluny (948-954), qui concerne Charlieu ; il est probable qu’il gouvernait ce monastère.

PRIEURS

I. — RODBERT, vers 1040. (Chartes de Cluny, n° 2960.)
II. — PONCE. (Chartes de Cluny, Ve volume.)
III. — ACHARD (Ire moitié du XIIe siècle.)
IV. — Guillaume de ROANNE, successivement prieur d’Ambierle, de Charlieu, de Sauxillanges et de Souvigny, abbé de Moissac, grand-prieur de Cluny, mort en 1145. (V. Pignot, Histoire de l'ordre de Cluny, tome III, pages 380, 424, 616.)
V. — Étienne, surnommé Burgensis, abbé de Saint-Michel-de-l'Écluse, 1154. Pierre-le-Vénérable lui conféra, sans consulter son chapitre, le prieuré de Charlieu. Ces religieux s’en plaignirent au pape Anastase IV, qui désapprouva Pierre-le-Vénérable. Cet Étienne devint abbé de Cluny en 1162. (Bullarium Cluniacense, page 65. — Casalis, Dizionario geografico storico, etc., tome XVIII, page 556. — Pignot. Histoire de l'ordre de Cluny, tome III, pages 497 et 507.)
VI. — ARTAUD, 1180.
VII. — Jean de CENTARBENT.
VIII. — Ro. ANGLICUS. Il était, en 1190, à la tête, tunc preses, du prieuré de Charlieu. (Lambert de Barive. — Inventaire des titres de Charlieu. Bibliothèque nationale française, n° 9884.)
IX. — Pierre NIGELLE.
X. — Ar. DUILLONE.
XI. — HUMBERT, 1215.
XII. — GIRARD, 1238.
XIII. — BERNARD, vers 1240. (Aug. Bernard, Addition à l’histoire de Charlieu, pages 26 et 31.)
XIV. — DALMACE, vers 1250. (Ibid., pages 27 et 32.)
XV. — GUICHARD, 1259.
XVI. — Pierre de RULET, 1270.
XVII. — Guichard DE CLAIRMATIN, DE CLAROMANE, 1296. — (Huillard-Bréholles, Titres de la maison ducale de Bourbon, n°969.)
XVIII. — GIRARD, 1504. — (Lambert de Barive, Inventaire, etc.
XIX. — Guillaume DE SAINT-ROMAIN, 1312, 1334. (Archives de la Loire, série H. Fonds du prieuré de Charlieu. Mémoire sur le fait de la justice de Charlieu.)
XX. — Jean de DOZAL, 1334. (Chaverondier, Inventaire des archives de la Loire, B. 1284.)
XXI. — Guillaume de I’ESPINASSE, 1378. 1395.(V. Lambert de Barive. Inventaire, etc.)
XXII. — Étienne TACHON, 1400, 1401.
XXIII. — Guillaume DE L’ESPINASSE, 1403, 1404, 1412, 1420. (V. Bulletin de la Diana, tome III, page 164.)
XXIV. — Jean de RONCHIVOL, 1426? (Archives de la Loire, Mémoire sur le fait de la justice de Charlieu.)
XXV. — Simon DE ROCHIVOL, 1428, 1432, 1473.
XXVI. — Antoine GEOFFROY, 1491, 1497. Il était aussi prieur de Saint-Rambert, et avait été abbé de l'Ile-Barbe. (V. Huillard-Bréholles, nos 7001 et 7002.)
XXVII. — Jean DE LA MADELEINE, 1509 et vers 1518. Fut aussi prieur de la Charité et de la Madeleine, grand-prieur de Cluny, abbé de Saint-Rigaud. Il fut même élu abbé de Cluny en 1518, mais il se départit de son élection en faveur d'Aymar Gouffier de Boisy. (Courtépée, Description générale du duché de Bourgogne, tome III, page 20.)
XXVIII. — Claude DE LA MADELEINE, 1527.
XXIX. — René DE BIRAGUE, chancelier de France, 1577.
XXX. — Girard DE BOYER, 1578.
XXXI. — Louis DE LA CHAMBRE, cardinal-abbé de Vendôme, grand-prieur d’Auvergne, 1582-1583. Vers ce temps, le prieuré de Charlieu était gouverné, en l’absence du prieur commendataire, par Pierre Saulnier, prieur claustral et prédicateur célèbre, qui devint évêque d’Autun en 1588. (Gallia Christiana, tome IV, page 426, Courtépée, Description générale du duché de Bourgogne, tome III, page 20.)
XXXII. — Claude DE LA MADELEINE, évêque d’Autun, 1622, mort en 1632.
XXXIII. — Gabriel DE ROQUETTE, conseiller du Roi en ses conseils d’Etat et privé, vicaire général de S. A. le prince de Conti, prieur de Saint-Denis-en-Vaux, abbé de Grand-Selve, évêque d’Autun. De 1652 à 1697. (Cf. Chaverondier, Inventaire, etc., B. 1277, 1282, 1297.)
XXXIV. — Bertrand DE SENAULT, évêque d’Autun. De 1697 à 1709, année de sa mort.
XXXV. — Gabriel DE BRETIGNERES, docteur de Sorbonne, 1710. (Chaverondier, Inventaire, etc., B. 1359.)
XXXVI. — Jean-Baptiste DE KESSEL, docteur de Sorbonne, prêtre, profès de la réforme de Cluny, prieur de Salles et du collège de Cluny, vicaire général de Vienne et de l’abbé de Cluny, visiteur des monastères de l’Ordre. Prieur de Charlieu dès 1712, mort en 1742 ou 1743. (Cf. Chaverondier, Inventaire, etc., B. 1363, 1375, 1384, 1446, 1448.)
XXXVII — Pierre-Louis L’ENEVEAU DE BERCHERE, religieux de l’ancienne Observance, procureur général de l’Ordre. Vers 1743. (Chaverondier, Inventaire. B. 1384.)
XXXVIII. — Philibert UCHARD, licencié de Sorbonne. De 1743 à 1781, époque de sa mort.
XXXIX. — François POLIGNON ou Potignon, religieux de l’étroite Observance, 1782-1783.
XL. — Albert ROBAT, religieux de l’étroite Observance, 1783 1788.
XLI. — Louis-François DE BERTHON-DUPRAT, chanoine et vicaire général de Noyon, prieur de Saint-Étienne de Plessis-Grimoult, 1788-1789. (Cf. Chaverondier, Inventaire, (B. 1465.)
XLII. — Joseph MARET DE SIOCHAN, 1789.

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