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Histoire du château du Chatelard à Montagnieu

Chatelard à Montagnieu

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[Source : Docteur André Dénier, Histoire des Châteaux de La Tour-du-Pin et de la région, Revue Évocations, AD38, PER970/1, 1945-1948]

On ne peut séparer dans l'histoire les châteaux du Chatelard de Montagnieu et le château de Marlieu, car le premier fut la souche mère et le deuxième une branche cadette. Il existe plusieurs Chatelard dans la région : à Champier, à Cessieu, qui peuvent créer quelques confusions à éviter.

Le Chatelard de Montagnieu s'appelait au XVe siècle « domus fortis capella de Castellario » c'est à dire maison forte et chapelle du Chatelard. Situé en éperon, dominant deux combes, il était la maison forte avancée pour défendre La Tour-du-Pin contre des ennemis arrivant par la vallée de l'Hien, rivière qui arrose Saint-Victor-de-Cessieu ; l'autre côté était défendu par le château de Ponterray dont il ne reste rien.

Pour y accéder de La Tour-du-Pin, après avoir traversé le village de Sainte-Blandine, on longe l'étang du Méraud où les pêcheurs taquinent souvent le poisson ; on laisse à droite un point géodésique et on descend dans la combe à travers la forêt où les amateurs de champignons trouvent récompense. On traverse le ruisseau sur le pont Sainte-Marguerite ; une inscription porte : « érigé par Madame Mion en 1834 ». À travers les hêtres et les bouleaux par une pente forte, on arrive au château du Chatelard, ou tout au moins ce qu'il en reste aujourd'hui.

On remarque une partie de la façade donnant sur la cour d'entrée, façade qui est bien conservée avec ses fenêtres à meneaux ; au dessus du portail d'entrée l'œil est frappé par un fronton élégant ayant la forme d'un rectangle couronné d'un triangle. Dans le triangle une tête, dont la sculpture a presque disparu, supportée par deux ailes ; en dessous dans le rectangle on lit la fière inscription :

MUNITUS
TALI HASTA
QUIS IN ME


Défendu par une telle flèche (la situation en pointe du château) qui osera m'attaquer ?

Traversant le portail d'entrée, passant sous une voûte, on accède à une cour intérieure dont l'extrémité est bordée par un mur ; de là, la vue s'étend en direction de Doissin dominant un à pic sur la combe sud-ouest. Plusieurs tours en partie délabrées ferment la cour au sud ; au centre un vieux puits pour l'alimentation du château ; une terrasse en surélévation limitée par des soupiraux correspondant avec une grande salle voûtée située sous cette terrasse. C'est là que la tradition situe les fameuses oubliettes du Chatelard.

Sur cette terrasse, à noter encore clefs de voûte et sculptures qui proviennent de la démolition de l'église du Bas-Montagnieu en 1892.

Il est intéressant de faire l'histoire des familles propriétaires du Chatelard car elle se rattache à de grandes et vieilles familles dauphinoises.

Les premiers documents indiquent Claude de Lay, vieille famille de La Tour-du-Pin : il était seigneur du Chatelard en 1300.

Catherine de Lay épouse Guyonnet de Rivoire, fils de Simon Rivoire seigneur de Cessieu et de Lyonne de Dreins ; en 1314 il rend hommage au Dauphin pour la maison forte du Chatelard (1).

Nous trouvons Aymard de Lay qui mit sa signature au traité de mariage entre André Dauphin encore au berceau, avec Blanche de Navarre en 1335. En 1413 Antoine de Lay, chevalier bachelier seigneur du Chatelard est bailli du Viennois et du Valentinois ; en 1449 nous trouvons : Jacques de Lay seigneur du Chatelard, châtelain delphinal de la Tour-du-Pin qui épouse Antoinette de Ferlay ; puis Humbert de Lay en 1472. 150 ans plus tard un autre Jacques de Lay est seigneur de Montagnieu et de la maison Blanche de Saint-Didier ; le 26 février 1609 il acquiert pour 6.000 livres la moitié de la terre de Morestel de Henry de la Chartre, seigneur, comte du Bouchage.

Cette famille sera retrouvée souvent dans l'histoire de La Tour-du-Pin ; elle a conservé des descendants jusqu'à nos jours sous le nom de Delay.

Au XVIIe siècle la terre du Chatelard qui était au roi est mise en vente. Les difficultés de trésorerie, déjà à cette époque obligent le roi à vendre des domaines ; c'est par l'édit de 1637 que cette vente a lieu. Nous la retrouvons dans le registre des contrats d'aliénation des domaines du Roy, archives de la Chambre des Comptes. C'est Jean Baptiste de la Porte seigneur de Boczosel qui devient l'acquéreur de ces terres le 28 août 1638. Il fut capitaine dans le régiment de Sault et capitaine des gens d'armes de Monseigneur le duc d'Orléans.

Cette famille dauphinoise a plusieurs branches dont celle d'Eydoche et Sillans, celle d'Archaudière dont le marquis de Marcieu est le descendant de la branche de Boczosel qui nous intéresse. La maison de Boczosel dont le nom est originaire du Mottier où un prieuré fut édifié au XIVe siècle pour la sépulture de la famille, a fourni à notre province de nombreux guerriers et chevaliers (2). De l'union de Jeanne de Terrail, la fille de Bayard avec François de Boczosel-Chatelard naquit le brave et malheureux Peyraux de Chatelard qui à l'âge de 22 ans eut la tête tranchée, victime de sa folle passion pour la reine Marie Stuart d'Angleterre. Son frère Soffrei de Boczosel fut recteur de l'Université de Grenoble en 1556. Son père a son nom inscrit comme compagnon d'arme sur le monument de Bayard élevé à Grenoble. Je vais donner une brève généalogie de cette famille.

Aymard de la Porte seigneur d'Eydoche épouse en 1633 Catherine de Virieu ; il eut 4 fils dont François de la Porte de Boczosel qui épouse Gasparde de Catinet, fille de Louis et Jacqueline de Vallin que nous retrouverons avec le château de Vallin ; elle apporte en dot la terre de Doissin ; en deuxième noce il épousera Antoinette de Boissac dont nous connaissons la famille par le château de Cuirieu. Trois fils naissent dont Jean Baptiste de la Porte qui achète le Chatelard, mais aussi un tiers de la paroisse de La Tour-du-Pin, Quinsonas et Châteauvillain avec Georges de Mussy et Alexandre de Vallin pour les autres parts. Il épousa en 1660 Clémence de la Poype Serrières ; de ce mariage il naquit une seule fille Gasparde, mariée à Arnaud Jean Mitte, seigneur de Chevrières, marquis de Saint-Chamond, comte de Miolans. Il est fils de Melchior Mitte de Miolans, ambassadeur du roi à Rome en 1639, décédé à Paris le 10 septembre 1649. Un dénombrement de ses biens situés en Dauphiné, fourni au Vibailli du Viennois le 31 mai 1680, montre que messire Jean Arnaud avait sur les paroisses de Montagnieu, Sainte-Blandine une terre produisant un revenu annuel de 123 bichets de froment et le fief de la maison forte du Chatelard produisant 143 bichets de blé froment. Dans ces paroisses il y a 25 chefs de famille d'hommes « liges » lui devant chaque année quatre corvées de leur personne (lige de ligare : lier, s'entendait d'un homme qui doit une fidélité sans restriction à son seigneur).

Leur fille Anne Mitte de Chevrières épousa en 1684 le marquis de Saint-Chamond, Charles Emmanuel de Vieuville seigneur de Miolans ; leur fils, Charles Joseph vit à la cour de Versailles ; cependant il signe un acte en son château du Chatelard le 3 octobre 1725 où il nomme Charles Picot « châtelain de notre terre d'Eclose ». Nous retombons dans la famille Picot qui sera propriétaire du château de Tournin.

Un document du 18 mars 1728 nous montre Pierre Picot habitant à la Tour-du-Pin, ancien fermier général de la terre et seigneurie du Chatelard de Montagnieu ; le fermier général habitait toujours le Chatelard.

La sœur de Charles Joseph, Geneviève Louise de la Vieuville épousa en 1751 Guy François Louis d'Aubergeon, marquis de Murinais. Nous arrivons dans une nouvelle famille dauphinoise bien connue.

Le marquis, lieutenant des gens d'armes de la Garde de Louis XV fut tué au combat de Minden (1759). Sa veuve qui était dame engagiste de la terre de Montagnieu, Sainte-Blandine, Torchefelon et Eclose trouvant le Chatelard en trop mauvais état fit construire le château de Marlieu en 1760.

Le Chatelard ne fut habité que passagèrement. Ses propriétaires successifs furent depuis : Antoine de Murinais mort à Marlieu sans enfant en 1815, marié à Mademoiselle de la Forest-Divonne ; Charles de Murinais (1804-1872) son neveu marié à Adèle du Parc. Françoise de Murinais, sa sœur, décédée en 1875, laisse le château au baron Ludovic Prosper de Viry, son neveu habitant le château de Cohendi à Saint-Pierre-de-Rumilly. C'est M. Arthur Rater (3), de Lyon, ancien magistrat qui achète le Chatelard le 28 décembre 1885. M. Greyfié de Bellecombe (4), son petit-fils, en est le propriétaire actuel. Il a eu l'amabilité de m'aider de ses documents personnels. Un état des lieux du 10 février 1756 est intéressant. Il a été dressé par Benuyer, notaire au moment où Dame Geneviève Louise de Vieuville veuve du marquis de Murinais affermait ses biens à Joseph Douillet comme fermier général ; on se rendra compte de l'étendue du domaine qui comprenait la grande forêt du Chatelard, et 22 biens dont la ferme de Marsa à Sainte-Blandine, l'étang de Malin à Sainte-Blandine (Méraud actuel), le lac de Félix à Saint-Didier et les moulins de Ponterray à Montagnieu garnis chacun de deux meules françaises, c'est le moulin de M. Davallon aujourd'hui, toujours à la même place.

(1) Lettre du Dauphin Jean II datée de Bourgoin 22 octobre 1314.
(2) Le tombeau des de la Porte était dans le chœur de la chapelle de Montagnieu ; dans le caveau, lors de la démolition en 1892 on a trouvé des cœurs en plomb, des pièces de monnaies à l'effigie de Charles VIII, Louis XII et des pièces italiennes. Jusqu'à la Révolution on comptait plusieurs de la Porte à Montagnieu, branche cadette dans une situation médiocre.
(3) Famille originaire de Matafelon (Ain), venue à Lyon à la fin du XVIIIe comme architecte.
(4) Famille originaire d'Annecy.

Dr A. Dénier

info Histoire du château de Marlieu à Sainte-Blandine

de Lay

Blason de la famille de Lay (Armorial du Dauphiné) - D'or, au sautoir de gueules

de La Porte

Blason de la famille de La Porte de Boczosel (Armorial de Charles d'Hozier du Dauphiné) - De gueules, à la croix d'or
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