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Histoire locale et religion : les blancs et les bleus en Charolais-Brionnais

Signature du Concordat en 1801 - BnF-Gallica

Signature du Concordat entre le Gouvernement Français et sa Sainteté Pie VII
(1) Joseph Bonaparte, (2) Le cardinal Consalvi - Cliquez pour agrandir

Marie-Aimée Duvernois, ethnologue d'origine Charolaise, a écrit une thèse sur la « Petite Église » des Blancs qui, depuis la Révolution, refusent la « Grande Église », celles des « Noirs ». Ils s'opposent au Concordat entre Bonaparte et le Pape Pie VII de 1801 et restent fidèles à un catéchisme rédigé en 1781. « Nous sommes plus catholiques que le Pape, dit l'un d'eux dans la thèse de Marie-Aimé Duvernois. Le Vatican a dénaturé la religion catholique depuis la Révolution. Nous ne sommes pas des schismatiques comme les intégristes de Mgr Lefebvre. Il n'est pas nécessaire d'ordonner des prêtres, le dernier curé anticoncordataire est décédé en 1847 ». L'Église Blanche pratique des sacrements laïcs et respecte les fêtes d'usages antérieurs au Concordat. À titre d'exemple, les Blancs chôment à la Saint Jean. Il y a des pèlerinages propres, souvent près des sources ou des rochers. La chapelle de Dun, celle de Saint Georges, de Vers, de Romay, de Sancenay, de Saint Roch près de La Clayette, de Bisserolles ou des églises de Bois-Sainte-Marie, de Saint-Germain-en-Brionnais ou de Saint Philibert sont parmi d'autres, leurs lieux de culte. Mais, pour l'essentiel, c'est le foyer familial qui sert de sanctuaire à cette minorité religieuse qui aime cultiver le secret et le mystère. La foi, la droiture, la rigueur et l'austérité héritée du jansénisme étonnent les chrétiens de la Grande Église qui tolère ces dissidents qu'ils respectent. les fidèles de l'Ancien Régime se situent aux confins du Rhône, de la Loire et de la Saône-et-Loire, à cheval sur le Charolais et le Brionnais. « Ils font désormais un peu partie du patrimoine », dit un habitant de Tancon. Il n'y a ni friction ni tension entre les Blancs et les Noirs qui vivent en bonne harmonie. C'est ainsi que, réciproquement, on assiste aux enterrements, certains Blancs restant néanmoins à l'extérieur de l'église quand il s'agit de catholiques romains. « Notre culte n'est pas du folklore », dit encore l'un d'eux. En fait, toute la vie au quotidien est imprégnée de religiosité avec la prière matin midi et soir. Les rapports sociaux, l'engagement politique, l'éducation des enfants, les us et coutumes comme le jeune et l'abstinence sont dictés par la religion teintée de merveilleux, de miracles et de prophéties, d'attente prochaine de la fin du monde, ce mouvement de résistance avait suivi les prêtres réfractaires de la Révolution. Les Blancs se méfient de l'ordre établi. Ils se considèrent comme les élus, ceux qui ont gardé la vraie religion, non dévoyée dans la « corruption », le « jansénisme papal » ou « la compromission » avec un quelconque gouvernement terrestre. Il faut se souvenir que le Concordat faisait de Napoléon le chef de l'Église. Rappelons d'autre part que ce Concordat que les Blancs refusent, fonctionne toujours en Alsace-Lorraine. Le clergé est payé par l'État et en principe, c'est le Président de la République qui nomme l'évêque de Metz ou de Strasbourg.
L'Église Blanche : « L'Église Blanche » est un phénomène essentiellement rural. La chapelle de Vers semble être l'épicentre de cette religion minoritaire. Les adeptes, comme à Saint-Julien-de-Civry et ailleurs, ont réservé un carré dans le cimetière. Mais surtout, la chapelle dans un état lamentable au milieu du XIXe siècle, fut rénovée par les Blancs qu'on appelle « les Bleus » à Saint-Igny-de-Vers. Les pèlerins de l'Église Blanche y font leur dévotion mais ce sanctuaire est également ouvert à d'autres cultes, tant il est vrai que les Blancs ne font pas de vagues et cohabitent volontiers avec ceux qui ne partagent pas leurs idées. © Copyright Le Journal de Saône et Loire, article paru le 17 mai 2007.

info Les Blancs, minorité anti-concordataire : micro-différence religieuse et identité régionale dans le Sud de la Bourgogne, Marie-Aimée Duvernois pdf

La chapelle de Romay près de Paray-le-Monial est toujours ouverte. Accessible à tous les fidèles, elle accueille en particulier les Blancs qui ont refusé le Concordat de Napoléon Ier. Mais il existe d'autres lieux de rencontre pour cette congrégation qui n'a rien de sectaire, et qui parfaitement intégrée, vit ses convictions dans la discrétion et dans un esprit de tolérance. C'est ainsi qu'on en trouve à Tancon, à Saint-Symphorien-des-Bois, à Chauffailles, La Clayette, Charolles ou à Saint-Maurice-lès-Châteauneuf et ailleurs. Ils se réunissent aussi à la source dite la fontaine de Montvallet et dans les collines voisines comme dans une semi-clandestinité à laquelle on les avait habitués. Ainsi, non seulement les Blancs ne font pas de prosélytisme, mais ils préfèrent qu'on les ignore.
Qui sont-ils ? Il faut se souvenir que sous la Révolution Française, il y avait les prêtres jureurs et les prêtres réfractaires. Napoléon Ier voulut mettre fin à cette distinction entre les « bons prêtres » et les autres par la signature du Concordat avec le pape Pie VII. Désormais il y aurait les « prêtres concordataires » qui, sous l'impulsion de la Benoite de Montmelard étaient considérés comme des êtres infâmes, les évêques des usurpateurs, le pape un hérétique et l'Empereur l'anti-Christ. C'est l'origine du schisme des Blancs. La communauté des Blancs en Charolais (plutôt appelés Bleus en Brionnais) trouve sa source dans l'attachement des fidèles aux prêtres réfractaires et aux pratiques religieuses de l'Ancien Régime. A mesure que les prêtres réfractaires et anticoncordataires disparaissaient, des chefs laïcs vont se succéder à la place des prêtres. Il y aura Durix à Chassigny-sous-Dun, Antoine Barricant à Tancon, Dessertine à Saint-Maurice-lès-Châteauneuf ou encore Lyot à Saint-Germain, pour tous, tout est prétexte à refuser le nouveau clergé. À Donzy-le-National, on fit une pétition pour conserver un prêtre réfractaire et à Varennes-sous-Dun on refuse d'accueillir l'abbé Pitoys, prêtre jureur et concordataire. On s'oppose d'être rattaché à une paroisse voisine sous prétexte que, sous la Révolution elle a été une source d'impiété. Les Blancs s'en tiennent aux rites catholiques d'avant la Révolution. Dans les familles, on récite des prières contenues dans l'ancien missel romain. On célèbre les fêtes supprimées par le Concordat comme la Chandeleur, l'Annonciation ou la Nativité de la Vierge. On jeûne le vendredi et samedi et parfois le mercredi. On se réunit au domicile des chefs de la Communauté ou dans certaines chapelles et églises, choisies bien souvent en raison de leur situation à l'écart. Il en est ainsi de la chapelle de la Croix Gauthier près de La Clayette, celle de Saint-Georges à Saint-Symphorien-des-Bois, la chapelle de Sancenay à Oyé, Romay près de Paray-le-Monial, l'église de Savigny non loin de Saint-Gengoux-le-National et bien d'autres encore. On se rend au pèlerinage à Saint-Rigaud à la fontaine de Montvallet, à Changy près de Charolles, à la fontaine Sainte-Barbe à Ozolles, près desquelles on expose des ex-voto. Au pied de la Corne d'Arthus, un amoncellement de pierres est appelé confessionnal des Blancs. C'est là que les fidèles viennent confesser leurs péchés. Les Blancs se marient entre eux. La cérémonie est célébrée devant deux témoins, la nuit qui précède le mariage civil auquel ils ont fini par se soumettre. On estime à quelque 250 personnes qui restent fidèles à ce mouvement anti-révolutionnaire. Les Blancs ont refusé toutes les propositions de réintégration émanant de la hiérarchie catholique, notamment au moment du Concile Vatican II. Coupée de l'église, privée de clergé, repliée sur elle-même et tournée vers le passé, cette communauté rebelle décline, bien que la foi reste tenace dans les familles. Ainsi trouve-t-on dans la région, des Blancs qui refusent la Révolution française, des Russes blancs qui refusent la Révolution bolchevique de 1917, des Alsaciens qui, comme eux, préféraient l'exil plutôt que d'être rattachés à l'Allemagne en 1870. Le Charolais-Brionnais est une terre d'accueil et de tolérance. Peu peuplée, cette région a encore de la place pour recevoir des gens de tous bords. Le Concordat aura fonctionné pendant un siècle jusqu'à la loi de la séparation de l'Église et de l'État en 1905. En Alsace-Lorraine, il existe toujours : les évêques sont nommés par le président de la République, et le clergé est rémunéré par l'État. On pourrait dire donc que, dans nos régions, le mouvement des Blancs est devenu caduc, mais les coutumes sont tenaces. © Copyright Le Journal de Saône et Loire, article paru le 22 février 2006.

info Pour en savoir plus sur le mouvement anticoncordataire et la « Petite Église »

info Les blancs ou anticoncordataires du Charollais (Annales de Bourgogne, 1929) pdf

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