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Madame de Granieu, alias Laurence de Ferrus, et saint François de Sales

Tableau de Thuellin, Revel

Portrait de Saint François de Sales dans l'église de Thuellin (Isère) - Cliquez pour agrandir

[Source : Un portrait inconnu de St François de Sales par M. le Commandant Revel, Mémoires de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Savoie, pp. 181-200 (1928).]

« De l'autre côté de la montagne », comme on disait naguère à Chambéry, en regardant la muraille de l'Épine, tout en faisant un geste qui indiquait un pays lointain et quelque peu inconnu, « de l'autre côté de la montagne », sur les bords du Guiers, s'asseoit, coquette et ensoleillée, la petite ville de Saint-Genix. Au delà, c'est le Dauphiné ; on est sorti des montagnes, mais ce n'est point encore la plaine, et la région se présente avec une succession de mamelons et de collines, coupés par un large sillon, grande voie naturelle entre le Petit Bugey et Lyon. Le long de la route qui le suit, et près de Saint-Genix - à dix kilomètres environ - s'étalent les maisons du village de Thuellin, au pied d'une longue et haute falaise sur laquelle se profilent les clochers effilés de Faverges et de Dolomieu, et qui au Nord borde un large plateau, s'étendant jusqu'à La Tour-du-Pin. Non loin du village et sur une première ride verte, en haut d'une prairie en pente, apparaît, harmonieux de forme et coquet avec ses deux tours rondes coiffées de tuiles rouges, le château de Thuellin. Dans le bas, à côté de la grande route dont elle est séparée par une place herbue, s'élève près des maisons l'église, bien modeste d'aspect, une sorte de chapelle tranquille. Sans doute, nul des nombreux touristes des nombreuses autos qui sillonnent le chemin ne songe à regarder cet humble monument. Encore moins ne lui vient-il à l'idée de le visiter. D'ailleurs, ni le Bœdeker, ni le Joanne ne le mentionnent.

Pourtant si, d'aventure, un promeneur point pressé, aimant à regarder les pays qu'il parcourt, pénètre dans le petit sanctuaire et si, poussant sa visite jusqu'au bout, il entre résolument dans le chœur, son regard est de suite attiré et retenu par un tableau de grande dimension, fixé contre la paroi droite de l'édifice. C'est le portrait en pied d'un prélat à la physionomie expressive.

De prime abord et sans hésitation, dans la personne de cet évêque il reconnaîtra la figure, rendue si populaire par l'image, de St François de Sales. Ce dernier, revêtu sur sa soutane violette d'un long rochet à haute dentelle, porte un camail, violet également, agrémenté d'un col, suivant la mode de l'époque. Il est assis, la tête légèrement tournée à droite, tandis que les yeux gris bleutés, où l'on reconnaît un léger strabisme, regardent un peu vers la gauche. Ils sont pleins de bienveillance et tempèrent ce qu'au bas d'un nez long et d'une moustache peu fournie, certain pli des lèvres marque de malice naturelle. Une tête dégarnie, au front large creusé aux tempes, une figure longue, encore allongée par une barbe carrée, blonde, tirant sur le roux, voilà bien les traits caractéristiques de tous les portraits du Saint et que l'on retrouve ici. La main gauche allongée et posée sur la poitrine recouvre en partie la Croix pectorale.

La main droite s'appuie naturellement sur le genou. À sa portée, une petite table à écrire sur laquelle on voit des feuillets. Celui qui recouvre les autres porte des traces d'écriture. D'un encrier émerge la plume d'oie que St François vient de déposer après avoir écrit. Sur la table également un beau Crucifix dont le Christ est d'ivoire. Une grande draperie, relevée à la manière d'un rideau, garnit le coin supérieur gauche du tableau, tandis qu'à l'extrémité opposée, en bas, aux pieds de l'évêque, la mitre repose sur une pile de livres et que derrière l'épaule, du même côté, apparaît une lourde crosse. L'auteur de tant d'ouvrages célèbres et de tant de lettres remarquables vient donc d'écrire et il semble qu'il en soit satisfait. C'est une impression que l'on croit saisir sur son visage, car ce portrait présente cette particularité d'être attachant. Plus on le regarde, plus on s'imagine y découvrir des impressions diverses. « Il est parlant » suivant une expression courante.

C'est ce que je retiens de ce tableau, car je ne voudrais ni ne saurais l'apprécier au point de vue peinture. Les lignes du dessin sont-elles aisées et correctes ? Les proportions sont-elles bien gardées ? Je n'oserais rien en dire, mais de vrais connaisseurs - artistes eux-mêmes - lui trouvent de la valeur.

Il y eut de nombreux portraits de saint François de Sales, et de ceux-ci, des copies plus nombreuses encore. La fameuse édition de l'Introduction à la Vie dévote, de Ducloz, de Moûtiers, si goûtée des lettrés et des bibliophiles, renferme une très belle étude iconographique due à John Grand-Carteret et qui fait foi en la matière. La nomenclature des peintures - portraits ou compositions - où sont reproduits les traits de l'évêque de Genève, comprend 48 œuvres diverses et parmi elles on ne trouve point la mention du portrait de Thuellin, ni d'une toile semblable. Il est bon de remarquer, en passant, que les portraits en pied de Saint François de Sales sont rares, et pour la plupart figurent dans des tableaux où d'autres personnages sont également peints. Nous nous trouvons donc en présence d'un tableau original inconnu ou de sa copie. Le cas ne manque point d'intérêt.

Une tradition du pays, tradition qui m'a été confirmée par le distingué curé de Thuellin (1), veut que l'évêque de Genève ait fait des séjours en cette localité, ainsi qu'à Dolomieu, car les châteaux qu'on y peut voir avaient le même possesseur. C'était, à l'époque, François de Gratet, seigneur de Granieu, Faverges, Dolomieu, Thuellin, le Bouchage, St-Didier, etc., trésorier général de France en Dauphiné, et dont le père, Pierre-Jacques de Gratet, avait déjà rempli la même charge. Il avait comme mère Clémence Rabot, sœur du président d'Illins. La famille de Granieu - car c'est sous ce nom que les Gratet se faisaient appeler couramment - était donc d'importance, tant par la situation qu'elle occupait en Dauphiné que par les biens qu'elle possédait. François Gratet avait, le 25 avril 1595, épousé la fille de François de Ferrus, conseiller du roi et maître ordinaire de la Chambre des Comptes en Dauphiné. Au moment de son mariage, la jeune Mme de Granieu était orpheline. Depuis son enfance elle avait perdu ses parents.

Ses qualités étaient nombreuses, car, dit-on, « la vertu de la jeune femme fit l'admiration de la ville et le charme de sa famille » (2). D'ailleurs son biographe, le célèbre P. Ménestrier, S. J., dans la notice qu'il lui a consacrée, la représente vivant dans le monde et s'appliquant « à l'éducation de ses enfants et au bon ordre de sa maison. Ces soins qui semblent si divers, ajoute-t-il, ne partagèrent jamais son esprit. Elle y eut un recueillement qui l'attacha toujours à Dieu, et son naturel tout de feu n'éclata jamais au dehors que par le zèle qu'elle eut de faire servir Dieu chez elle ».

Femme du monde, mère soucieuse de ses devoirs, maîtresse de maison soigneuse, personne d'une haute piété et ardemment zélée pour les œuvres, telle nous apparaît donc Mme de Granieu, et rien d'étonnant alors à ce que, femme d'un personnage important du Dauphiné, elle ait séduit et charmé tous ceux qui l'approchaient. Elle fut bien récompensée, car son mari fut la première personne à subir l'heureux effet de son influence : grâce à elle, il prit goût à une vie très chrétienne et très charitable et c'est ainsi que, d'elle encore, il apprit - nous dit le P. Ménestrier - à « finir saintement ses jours ». St François de Sales, grand directeur de consciences, devait certainement remarquer cette dame, le jour où il se trouverait en sa présence.

L'occasion fut fournie par un carême que l'évêque vint prêcher à Grenoble en 1617. Or, en arrivant à Grenoble, c'est chez M. de Granieu qu'il logea (3). Sans doute existait-il des relations communes entre les deux familles ; mais c'est à cette occasion qu'il fit la connaissance de ce ménage si chrétien. Le P. Ménestrier n'a pas manqué de signaler cette circonstance et il remarque que St François de Sales trouva Mme de Granieu « dans l'exercice d'une fervente piété. Il n'eut qu'à modérer les ardeurs de cette dame et à régler ses exercices avec ce tempérament de douceur et d'égalité d'esprit qui lui était si naturel ».

Le carême de 1617 eut un succès prodigieux, succès non seulement par l'affluence énorme des fidèles qui venaient s'asseoir autour de la chaire de l'évêque de Genève, mais encore par les résultats féconds qui en résultèrent, à tel point que, le 12 mars, le prédicateur écrivait à Mme de Chantal : « Je ne vis jamais un peuple plus docile que celui-ci ni plus porté à la piété : surtout les dames qui y sont très dévotes ; ici comme partout ailleurs, les hommes laissent aux femmes le soin du ménage et de la dévotion. » Les sermons ordinaires ne suffisaient pas à ces dernières. Il leur fallait des conférences spéciales. Elles les eurent et c'est chez Mme de Granieu qu'elles se firent (4). On peut juger par là de la place importante prise par cette dame auprès du saint évêque, à la direction duquel elle s'était confiée, et ce dernier, sachant l'apprécier, la déclarait « dépouillée des créatures et de leurs vanités ». « Aimez bien Mme de Granieu, écrivait-il encore à Mme de Chantal, en avril 1618... Elle m'est précieuse. » C'est qu'elle était une personne zélée, ardente et sa piété se traduisait par des actes qui étaient bien pour plaire à son directeur. Mme de Granieu était un modèle de sagesse et de toutes sortes de vertus, peut-on lire dans l'Année Sainte de la Visitation.

« S'étant mise depuis l'année 1617 sous la direction de notre Père St François de Sales, lorsqu'il prêcha le carême à Grenoble, elle fut une des plus ardentes à procurer l'établissement de notre premier monastère de cette ville, qui est le quatrième de l'Institut, et dont elle a toujours été la mère et la plus chère bienfaitrice » (5).

Voilà des lignes qui illustrent particulièrement les rapports qui existaient entre les deux personnages ; d'un côté, ferveur, dévouement, affection, zèle, activité ; de l'autre, estime, affection réciproque, et aussi reconnaissance. Car de suite Mme de Granieu voulut faire œuvre utile, comme nous l'apprend l'Année Sainte. Elle se mit à la tête d'un Comité, comme nous dirions aujourd'hui, de douze dames qui, dès ce carême de 1617, prépara la fondation à Grenoble d'un monastère de la Visitation (6).

Les choses furent menées avec rapidité, si bien que lorsque l'année suivante, en 1618, cédant aux nombreuses sollicitations dont il fut l'objet, St François revint dans cette ville prêcher un nouveau carême, tout était prêt pour cette fondation. Heureux, l'évêque donna son approbation et sans perdre de temps écrivit à Mme de Chantal d'avoir à prendre des dispositions pour l'envoi immédiat de quelques religieuses pour « l'Établissement de la Maison de Grenoble ». Dans cette sainte hâte ne peut-on point reconnaître l'influence de ce « naturel tout de feu » dont parle le P. Ménestrier et qui caractérisait Mme de Granieu ?

En attendant que fut édifié le couvent de Sainte-Marie d'en-Haut, qui devait abriter les religieuses, un local provisoire avait été trouvé et aménagé avec le mobilier convenable et tout ce qu'il fallait à un Institut de ce genre. Il fut placé sous le vocable de Ste Marie. À tout cela, Mme de Granieu n'avait pas seulement contribué par son zèle, sa piété ; son action s'était fait sentir en outre d'une façon tangible, car elle contribua pour une bonne part à l'ameublement de la maison, et constitua pour son entretien une rente qui lui faisait honneur.

Le 7 avril 1618, veille des Rameaux, Mme de Chantal en personne débarquait à Grenoble, amenant neuf religieuses.

Ce fut un événement dans la ville, et le lendemain, l'évêque de Genève, disant la messe dans le local provisoire, présidait au milieu de l'émotion générale à la fondation de la quatrième Maison de la Visitation.

Pour Mme de Granieu, c'était un succès, une joie, et en Mme de Chantal, elle gagnait une grande amie, bien fidèle.

Toujours elle demeura l'insigne bienfaitrice de ce monastère et de celui qui par la suite fut encore fondé, et lorsqu'elle mourut en janvier 1652, c'est au couvent de Sainte-Marie d'en-Haut qu'elle fut inhumée.

Il importe de connaître tous ces faits, tous ces détails ; ils établissent bien les rapports qui existaient entre St François de Sales et Mme de Granieu, et qui naturellement furent l'origine d'une correspondance, dont on a pu recueillir 14 lettres, échelonnées entre avril 1617 et novembre 1621 et réparties dans les volumes XVII, XVIII, XIX et XX des Œuvres du saint Docteur.

Il faut prêter attention à tous ces événements de 1617 et 1618, se rappeler les dates auxquelles ils se passent et se demander quel peut-être l'état d'esprit de St François lorsqu'en avril 1618 il vient de prêcher son carême. Sans doute il s'attache moins au succès qu'il a remporté qu'au bien qu'il a pu faire, et son cœur déborde de joie après cette messe du dimanche des Rameaux, qui marque la fondation d'un nouveau monastère de la Visitation. Et qui en a été l'artisan? Qui a réuni les bonnes volontés? Qui a trouvé les ressources nécessaires ? Et qui s'est montré particulièrement généreux ? C'est Mme de Granieu. Vraiment l'évêque, en plus de l'estime et de l'affection qu'il éprouve pour elle, ressent une vive reconnaissance à son égard. Il a contracté une dette envers elle et il est tout disposé à l'acquitter à la première occasion.

Mme de Granieu y compte certainement, car si elle est vertueuse et zélée pour la gloire de Dieu, elle n'en est pas moins femme et, en échange de son dévouement, elle espère bien obtenir quelque chose qui satisfasse son cœur. On ne peut s'empêcher de le penser en trouvant, dans une des lettres écrites par son directeur, une courte phrase qui nous apprend une démarche qu'elle fit auprès de lui et quel accueil y fut fait.

Mme de Granieu n'a pas perdu son temps. Nous la savons active et elle veut profiter des bonnes dispositions de l'évêque de Genève. Ce dernier lui écrit le 8 juin 1618 : « Je ne vous saurais rien refuser, ma très chère fille, et partant les deux portraits que vous désirez se feront » (7).

Voilà qui est d'importance. St François n'en dit pas plus long ; mais nous apprenons par ces mots que Mme de Granieu a demandé à son directeur de lui envoyer son portrait ainsi qu'un autre, qu'on sait être celui de Mme de Chantal (8), que la demande a été favorablement accueillie, que l'évêque s'occupe de faire peindre les portraits en question et les enverra. La promesse fut tenue, et on alla vite en besogne, car à la date du 16 juillet suivant, dans une nouvelle lettre à Mme de Granieu, nous trouvons ces lignes sous la plume de St François de Sales : « Vrai Dieu, ma très chère fille, que sera-ce quand nous verrons éternellement la face du Père éternel en elle-même puisque le portrait mort et muet d'un chétif homme réjouit le cœur d'une fille qui l'ayme ? Mays, ce me dites-vous, ce portrait n'est pas muet, car il parle à votre esprit et luy dit des bonnes paroles. Or bien, c'est à vos seules aureilles qui escoutent si délicatement, que sans dire mot il parle, vous remettant en imagination ce que je disais lorsqu'en chaire je vous représentais la volonté de Dieu qui est voire sanctification. Mays laissons cela » (9).

Il est regrettable que nous ne possédions pas les lettres écrites par Mme de Granieu, car elles ne doivent point manquer de saveur, à ce que nous pouvons présager d'après son caractère et son tempérament. Comment sa demande fut-elle rédigée ? Et comment manifesta-t-elle sa reconnaissance et sa joie, au reçu du précieux portrait. D'après la réponse de St François de Sales à l'accusé de réception de sa « fille » on peut facilement préjuger que celui-ci dut être très expressif et enthousiaste. Le bon évêque s'étend sur la réception du portrait plus longuement qu'il ne l'a fait pour en annoncer l'envoi.

Il a fait plaisir, il en est heureux, et quoique toujours il ramène vers Dieu tous nos actes et toutes nos pensées, il témoigne sa joie. Mme de Granieu avait, nous le savons, une piété ardente, et c'est avec grand enthousiasme qu'elle reçut le portrait de son directeur. Il est bon de laisser à ce sujet la parole au P. Ménestrier, son biographe : « Doublement précieux, dit-il, à Mme de Granieu puisqu'il lui venait directement de son père spirituel, ce portrait de St François de Sales eut sur elle une influence remarquable, et à son dire miraculeuse. Le P. Balthazard de Buss, S. J., qui la dirigea après le Saint, assura plusieurs fois « qu'elle n'avait jamais regardé ce portrait » sans recevoir de nouvelles lumières et une particulière impression du mystère de la Sainte Trinité. » Voilà certainement qui tiendrait du miracle, et le P. Ménestrier ne l'a pas expliqué. Il faut croire plus simplement que ce portrait représentait à merveille l'attitude de St François, l'expression de sa physionomie, qu'il était tellement vivant, qu'en le considérant, Mme de Granieu se remémorait les entretiens, les sermons, les lettres de son directeur et qu'alors tout cela, dans le tête à tête avec le tableau qu'elle considérait avec attention, prenait pour elle une force et une vie nouvelles. Le portrait lui parlait.

Peut-être le mystère de la Sainte Trinité était-il l'objet de réflexions spéciales de la dévote dame ? Peut-être en avait-elle entretenu St François et alors, devant l'image et à la réflexion, comprenait-elle davantage son enseignement ?

Il est encore, au sujet de ce portrait, un témoignage non négligeable et qui présente un intérêt tout particulier, c'est celui de Mme de Chantal. « La digne Mère de Chantal, écrit le P. Ménestrier, avouait qu'elle n'en avait point vu où l'on eut mieux réussi. » Mme de Granieu n'était donc pas seule à louer l'expression que le peintre avait su donner à la physionomie de l'évêque.

Ce qu'il en résulte pour nous, c'est que ce portrait, peint sur l'ordre du Saint lui-même, n'a pu être envoyé qu'après avoir reçu son agrément, c'est-à-dire après qu'il en eût approuvé la forme, la facture, la ressemblance. Le peintre, en cette occurrence, a dû y apporter un soin extrême. Il était frappant d'expression et Mme de Granieu en fut enthousiaste.

Tout cela n'est-il pas fait pour nous intriguer ?

Rassemblons nos souvenirs, et nous établirons d'une façon certaine :
que Mme de Granieu a demandé son portrait à St François de Sales ;
que ce dernier a acquiescé à sa demande, l'a fait peindre et le lui a envoyé ;
que la famille de Granieu possédait des terres et des châteaux à Dolomieu, Thuellin et y séjournait (10) ;
que l'église de Thuellin possède actuellement un beau portrait de St François de Sales ;
que ce tableau n'est pas compris dans la nomenclature de l'iconographie de John Grand-Carteret et n'est pas la copie d'un tableau y figurant ;
qu'on ignore, enfin, ce qu'est devenu le portrait envoyé par St François à Mme de Granieu, car lui non plus ne figure dans l'iconographie.

Mais alors, voilà des rapprochements qui nous troublent.

L'existence du tableau envoyé à Mme de Granieu est indéniable : elle est prouvée par la correspondance du saint évêque. D'autre part, on ne sait ce qu'est devenu ce portrait. Or, à moins de destruction accidentelle, il doit se trouver quelque part, car, nous le savons, les toiles de cette époque sont parfaitement conservées. Remarquons, maintenant, que c'est dans l'église de Thuellin, de ce petit pays dont les Granieu étaient seigneurs, tout proche de Dolomieu, que nous trouvons ce beau portrait de l'évêque de Genève, portrait réellement captivant, expressif. Remarquons encore que ce beau tableau est resté ignoré, que pas plus que l'autre il n'est énuméré dans la savante et complète iconographie placée en tête de l'Introduction à la Vie dévote.

N'y a-t-il pas là un trait de lumière ? Le tableau perdu et le tableau retrouvé de Thuellin ne sont-ils pas un seul et même tableau, celui dont il est question dans les lettres de St François ? Le fil conducteur que j'ai suivi jusqu'à présent m'amène à conclure que le portrait de l'église de Thuellin est bien celui qui enchanta Mme de Granieu.

Tous deux n'en font qu'un seul.

Mais il y a mieux, et l'on peut trouver sur le tableau lui-même une preuve qui fournit la même conclusion.

Dans le tableau de Thuellin, St François de Sales vient d'écrire ; quelques feuillets sont jetés sur la table à portée de sa main. Sur l'un d'eux se voient des traces d'écriture.

Il semble que ce soit une lettre. Si nous sommes curieux, penchons-nous sur ce grimoire illisible. Pourtant il ne fait pas de doute que des lettres bien formées n'apparaissent en quelques points. Puisque rien ne s'obtient sans persévérance, persévérons donc dans cet examen, sans nous laisser rebuter. Peu à peu l'œil s'habitue à cette vision spéciale et à la quatrième ligne finit par distinguer nettement deux mots composés de lettres bien formées. Ils se présentent d'ailleurs en caractères plus gros, comme pour attirer l'attention. Mais une nouvelle déception attend le curieux. Si les lettres sont lisibles, les mots qu'elles forment sont absolument incohérents. Nous trouverions-nous en présence d'anagrammes ? Si nous essayons quelques combinaisons de lettres, le succès ne vient pas tout d'abord ; mais engagés dans cette voie, nous penserons bien vite à envisager le système le plus simple, le plus élémentaire qui consiste pour celui qui écrit à transcrire les mots à rebours ; la dernière lettre devenant la première, l'avant-dernière la seconde et ainsi de suite. Soudain les deux mots en vedette flamboient à nos regards avec leur signification véritable.

C'est un moment de douce satisfaction. Ces deux mots, lus de la sorte, sont deux noms propres : Laurence, Hippolyte.

Toujours on est content de soi lorsqu'on résout un problème quel qu'il soit, mais, dans le cas présent, au premier contentement s'ajoutent aussitôt l'étonnement et la joie.

Reportons, en effet, notre pensée sur Mme de Granieu.

Quelque chose d'absolument remarquable se fera jour dans notre esprit. Mme de Granieu, née de Ferrus, l'épouse de François de Gratet, la « fille spirituelle » de l'évêque de Genève, qui avait demandé à ce dernier son portrait et qui l'avait obtenu, avait pour prénom Laurence.

Quelle lumière jetée sur ce tableau de Thuellin ! Toute l'attitude de St François de Sales s'explique alors. Il vient d'écrire, et nous savons à qui. Cette feuille, dont deux mots seuls, plus apparents, peuvent se lire - le reste se compose de caractères fictifs - est censée représenter la lettre d'envoi du tableau à Mme Laurence de Granieu. Cette fois, le doute n'est plus possible, la preuve est faite. La petite église de Thuellin détient le précieux tableau, si cher à Mme de Granieu, que St François de Sales a authentifié lui-même ! et il est touchant de penser que ce beau portrait est resté en des lieux où vécut cette grande dame (11).

Mme de Granieu était fort dévote, mais elle était aussi grande dame, et devait subir les influences du milieu dans lequel elle vivait. Hippolyte, dans ce cas, serait-il le nom de guerre de Mme de Granieu ? C'est une supposition qu'il est également loisible de faire.

Et maintenant, peut-il nous être permis de savourer cette idée de marquer sur le tableau lui-même, d'une manière discrètement voilée, mais non secrète, le nom de celle pour qui le portrait fut peint ? On peut affirmer, sans crainte de se tromper, que St François fut étranger à cette combinaison et ne fit que l'accepter. Mme de Granieu a dû arranger la pose et les accessoires et l'évêque s'y prêter en souriant, s'en amusant peut-être. Quel dommage que les lettres de Mme de Granieu nous échappent ! Mais ne reste-t-on point rêveur en présence de cette subtilité, même de cette coquetterie féminine ? Seule une femme a pu trouver cela, et c'est Mme de Granieu. Ne semble-t-elle pas dire : « Oui, ce portrait est pour moi, rien que pour moi. Je le garde jalousement. Il me parle, il m'enseigne. Je ne le dis pas à tout le monde, mais je ne suis pas fâchée qu'on le sache ou qu'on le devine ! » Les âmes les plus belles ont leur faiblesse. Ne rions pas de Mme de Granieu. D'ailleurs St François de Sales ne la critiqua point, et il était bon juge. Remercions-la plutôt, car sa fantaisie nous apporte la preuve éclatante qui authentifie le tableau de Thuellin.

On peut se demander quel fut l'artiste qui rendit si bien la physionomie de St François de Sales. Sur la toile son nom ne se trouve écrit nulle part, mais certains rapprochements de faits et de dates permettront de conjecturer de son nom.

Il est notoire que le Saint ne consentit qu'une seule fois à poser devant un peintre, et ce fut en 1618 pour le portrait dit de Turin (12). À ce sujet, dans le volume XVIII des Œuvres de St François de Sales, page 236, note 4, on peut lire ces lignes : « Plus d'une fois les amis du bienheureux n'avaient obtenu que des refus à leurs désirs (de le faire poser). Enfin, au mois de juin 1618, raconte l'Année sainte manuscrite, « une dame dévote », peut-être Mme de Granieu, « trouva l'invention de lui faire dire par M. Michel Favre, son confesseur, lequel dit au Saint, avec un peu de sévérité, qu'il était cause de plusieurs péchés véniels de murmure et d'inquiétude que le prochain faisait sur sa résistance à se laisser peindre, qu'il le priait de s'en amender. Le bon Saint s'y soumit avec une admirable simplicité ». Quand le peintre J.-B. Costaz eut pris une fois bien au naturel l'image de cet homme de Dieu, il en fit une très grande quantité de copies parce que chacun en voulait avoir. »

C'est donc au mois de juin 1618 que l'évêque de Genève consentit à poser devant un peintre, et cela à la suite d'un moyen ingénieux imaginé par une « dame dévote », que l'on suppose être Mme de Granieu. À cela il n'y aurait rien d'étonnant lorsqu'on connaît le caractère de cette dame.

D'autre part, c'est le 8 juin de la même année que St François de Sales écrit à Mme de Granieu, à laquelle il ne saurait rien refuser, dit-il, pour lui annoncer qu'il accède à son désir de posséder son portrait, qu'il donne l'ordre de le faire peindre et qu'il le lui enverra. Or, au même moment, J.-B. Costaz peignait d'après une pose l'image du saint évêque.

N'est-il pas infiniment probable que c'est à cet artiste-peintre officiel, pourrait-on dire, de l'évêque en juin 1618, que ce dernier s'adressa pour brosser le portrait destiné à Mme de Granieu. Costaz avait les yeux pleins de la physionomie de St François qui posait alors devant lui et ainsi s'expliquerait tout naturellement l'expression si vivante du tableau de Thuellin.

Une dernière remarque s'impose qu'il ne faut point négliger ? Le portrait, qui daterait donc de 1618 et qui est retrouvé, présente une anomalie. Une auréole en forme d'anneau entoure la tête de l'évêque de Genève. Or, l'auréole étant l'emblème de la sainteté et François de Sales n'ayant pu être canonisé qu'après sa mort, comment un portrait de lui, exécuté de son vivant, pourrait-il être auréolé ? La réponse est simple. Cette auréole n'est qu'un modeste anneau et il était très facile à n'importe quel peintre, ou même à n'importe quel amateur de l'ajouter après coup et bien plus tard, sans rien déranger à l'ordonnance et à la facture du tableau. Un simple et rapide coup de pinceau y suffisait. C'est ce qui a été fait.

Voilà donc retrouvé un portrait de St François de Sales, un portrait qui a une histoire peu banale en vérité. Dans son humble église de campagne il n'est point déplacé. Comme jadis, il souriait à Mme de Granieu, comme il lui parlait, l'enseignait, aujourd'hui encore il sourit et parle à qui veut le regarder, et l'enseigne aussi. Du haut de son cadre, malgré les siècles, il semble bien vivant et les jours de grandes fêtes paraît à la fois, imposant et simple, présider aux cérémonies qui se déroulent à ses pieds et se préparer à bénir les fidèles accourus en ce lieu pour prier.

Appendice : Une pierre d'autel consacrée par St François de Sales

En outre du portrait de St François de Sales, l'église de Thuellin conserve un autre précieux souvenir de ce saint personnage. C'est une pierre d'autel consacrée par lui. Elle se trouve dans la sacristie et est renfermée dans un sachet de soie ancienne du XVIIIe siècle. Elle a subi un choc violent dont elle conserve les traces en son milieu.

C'est une ardoise enchâssée dans du bois, de 0,34 sur 0,273, qui présente les cinq croix réglementaires. Des inscriptions y ont été faites à une époque postérieure à la canonisation de St François, car on peut lire le long d'un des grands côtés :

Pierre consacrée par St
François de Sales Evêque de Genève
soit d'Annecy en Savoye l'an
1604

Le long du grand côté opposé sont inscrits ces mots :

elle appartient
à l'église. M. le curé s'en sert
quand il va dire la
messe à la chapelle de St
Jean Baptiste

Enfin cette indication contre un petit côté :

à ce coté
est le devant de
la pierre
pour la placer sur l'autel

C'est sans aucun doute l'un des curés de la paroisse qui a tracé ces inscriptions.

Au verso, l'enveloppe de bois est creusée en son milieu présentant ainsi une ouverture munie d'un couvercle de 0,06 sur 0,05, retenu par quatre cachets de cire rouge.

C'est le tombeau destiné à recevoir les reliques.

On lit cette inscription :

Le 29e jour de juillet 1604
le présent autel a été consacré
par les mains de Rme Evesque
de Genève Monseigr de Sales
en l'Église des P. P. Capucins
et les reliques enchâssées
contre le milieu

Voilà une inscription qui est très précise quant au prélat consécrateur, mais un petit problème se pose lorsqu'on examine les cachets rouges. Ils ne ressemblent point à ceux dont se servait l'évêque de Genève ; ce ne sont point ses armes. Chose curieuse, les quatre sceaux ne sont pas absolument pareils, mais disposés régulièrement, se ressemblant deux à deux, et ayant entre eux des points communs.

Les écussons sont écartelés et ont tous leurs premiers et quatrièmes quartiers semblables (3 ou 4 bandes). Ils diffèrent par leurs deuxièmes et troisièmes quartiers. Dans l'un des types ces derniers présentent une croix tréflée et dans l'autre un semis de trèfles ou de fleurs de lys. Tous sont surmontés d'une couronne princière reposant entre une crosse et une mitre, et dominant le tout, le chapeau d'où s'échappe le cordon terminé par quatre rangées de floquets.

La disposition régulière des sceaux et leurs points de ressemblance permettent de conjecturer qu'ils ont été apposés en même temps, par la même personne, et sans doute reproduisent-ils les armes d'un même prélat.

La règle est que les sceaux portent les armes du prélat consécrateur. Comment se fait-il alors qu'elles ne soient point celles de St François de Sales ? Une hypothèse se présentait à l'esprit : peut-être l'évêque avait-il consacré cette pierre en dehors de son diocèse - l'inscription n'étant pas suffisamment explicite à cet égard -, et alors il se serait servi du sceau du prélat ordinaire du lieu. Mon savant confrère et ami, M. l'abbé Loridon, dont la compétence en ces questions est si connue, s'est livré à des recherches patientes et nombreuses dans ce sens. Elles ne donnèrent aucun résultat.

Restait l'hypothèse des cachets refaits à une certaine époque pour une raison quelconque. M. Jean Tricou, de Lyon, dont la notoriété est grande auprès de tous ceux qui s'occupent de science héraldique eut l'obligeance de me signaler que l'écusson portant la croix tréflée aux deuxième et troisième quartiers était celui de Mgr de Bruillard, évêque de Grenoble (1826 à 1852). Fort probablement, d'après lui, en raison des similitudes constatées, l'autre cachet lui appartenait également.

Il était facile de s'en assurer à l'évêché de Grenoble, qui fort aimablement s'empressa de fournir les renseignements suivants sur les armes de Mgr de Bruillard : Jusqu'en 1832 celui-ci a porté écartelé au 1 et 4 de sable à 3 bandes d'or, au 2 et 3 d'azur chargé de huit fleurs de lys d'argent posées en fasces et quinconce 3, 2, 3. À partir de 1832 : Les quartiers 1 et 4 sont pareils aux précédents. Les quartiers 2 et 3 sont d'azur à la croix tréflée d'or.

Nombreux sont les documents épiscopaux de Mgr de Bruillard portant simultanément les deux types de ses armes, l'un gravé et l'autre frappé en timbre sec.

La pierre d'autel consacrée par St François de Sales a donc eu ses cachets renouvelés par les soins de Mgr de Bruillard. Peut-être étaient-ils détériorés par suite de vétusté ; peut-être le choc dont la pierre porte les traces les avait-il endommagés. Quel que soit le motif, il était nécessaire de les refaire et l'un des curés de Thuellin, désirant sans doute conserver cette précieuse relique, pria son évêque de procéder à cette cérémonie ; mais les registres paroissiaux n'en contiennent malheureusement aucune mention qui puisse en fixer la date.

Comment cette pierre se trouve-t-elle dans l'église de Thuellin ? Lorsqu'on connaît les rapports qui existaient entre St François de Sales et Mme de Granieu, rapports que j'ai longuement exposés à propos du portrait de l'église de Thuellin, on en entrevoit immédiatement la raison. Le même motif qui a fait accorder à la châtelaine de Dolomieu et Thuellin le portrait de son directeur spirituel, lui a fait recevoir une pierre d'autel consacrée par lui. On peut supposer qu'elle était primitivement destinée à sa chapelle particulière et que, par suite d'événements inconnus, elle a suivi le sort du tableau. Et c'est ainsi qu'avec ce dernier elle se trouve actuellement dans l'église de la petite paroisse de Thuellin, constituant un Trésor salésien qui ne manque pas d'intérêt.

Peut-être pourrait-on s'étonner que l'évêque de Genève ait pu facilement faire parvenir à Mme de Granieu, dans un diocèse autre que le sien, une pierre qu'il avait consacrée.

N'oublions pas d'abord que St François de Sales était en son vivant un personnage célèbre ; de plus, Thuellin faisait partie du diocèse de Belley dont était évêque un prélat cher au cœur de l'évêque de Genève : Mgr Camus. Ce dernier avait reçu de ses mains la consécration épiscopale, l'aimait, le vénérait, échangeait avec lui des visites. Chez lui St François de Sales reçut la visite de Mme de Granieu, alors « aux champs » (Œuvres, vol. XIX. Note p. 280 et 279). C'était en septembre 1620. L'intimité était grande entre les deux prélats, et Mgr Camus devait favoriser les désirs de son saint ami. Donc, pas de difficultés de ce côté.

S'il est vrai - ce qui n'est pas prouvé, mais après tout est possible - que St François ait fait des séjours à la campagne chez les Granieu, il a pu, pour complaire à ses hôtes, apporter lui-même la pierre. De même, il a pu la remettre à Mme de Granieu au cours des visites qu'elle lui fit en 1620 à Belley ou Annecy (Œuvres, vol. XIX, p. 256).

Rien ne s'oppose non plus à ce qu'il l'ait fait parvenir par tout autre moyen, peut-être même avec le fameux portrait !

On peut être troublé lorsqu'on sait que c'est en 1617 que St François fit la connaissance de Mme de Granieu, alors que la consécration de la pierre est de juillet 1604. Il faut se rappeler que la consécration d'une pierre d'autel est une cérémonie extrêmement longue ; il en résulte que lorsqu'un évêque y procède, il en consacre un certain nombre à la fois pour être utilisées suivant les besoins. Dès lors, l'anomalie constatée disparaît. Lorsque Mme de Granieu fit part de son désir à St François de Sales, ce dernier trouva une pierre d'autel disponible et la lui donna. C'est celle qui est conservée dans la sacristie de l'église de Thuellin.

Signaler une pierre d'autel consacrée par St François de Sales n'a peut-être rien de bien remarquable en soi, mais lorsqu'on peut attribuer à cette pierre une place dans les relations du grand directeur d'âmes que fut l'évêque de Genève, lorsqu'elle apparaît comme le complément de ce tableau à l'histoire si jolie, formant avec lui un ensemble de grâce et de ferveur, il semble qu'elle puisse prendre une importance particulière. C'est ce qui m'a décidé à en parler.

Juillet 1925.

Notes

(1) L'abbé Pinardy, qui s'est montré pour moi d'une extrême obligeance dans les recherches que j'ai faites, ne négligeant rien pour les faciliter.
(2) Œuvres de St François de Sales, vol. XVII, note de la p. 395.
(3) Œuvres de St François de Sales, vol. XVII, à la p. 395.
(4) Lombard de Buffières : Une lettre inédite de St François de Sales, p. 15.
(5) Lombard de Buffières : Une lettre inédite de St François de Sales, p. 16.
(6) Ibid., pp. 33 et suivantes.
(7) Œuvres de St François de Sales, vol. XVIII, p. 237.
(8) Ibid., vol. XVIII, p. 237.
(9) Œuvres de St François de Sales, vol. XVIII, p. 250.
(10) Œuvres de St François de Sales, vol. XIX, p. 279.
(11) Il eut été intéressant de trouver la raison pour laquelle le prénom d'Hippolyte est accolé à celui de Laurence. Les recherches les plus longues et les plus minutieuses ne l'ont pas permis. Ni l'acte de baptême, ni l'acte de décès de Mme de Granieu ne lui attribuent d'autre prénom que celui de Laurence. Même remarque pour les actes de baptême de ses enfants, actes dans lesquels elle est citée. Pourtant, chose anormale, l'un d'eux, celui relatif à son fils Hugues, baptisé le 1er novembre 1615 (arch. de Grenoble 66-24), la mentionne avec le prénom de Mérande. Pourrait-on conclure que dans la vie courante on lui donnait plusieurs prénoms qui n'étaient point reconnus sur les actes officiels ? Et Hippolyte était-il l'un d'eux ? C'est possible. Enfin n'oublions pas qu'à cette époque du XVIIe siècle la mode était de s'attribuer des prénoms - vrais noms de guerre - sous lesquels il était de bon ton de se désigner dans la société.
(12) Iconographie de John Grand-Carteret.

Remarques et compléments :

• Méraude ou Émeraude (et non Mérande) est le prénom de la mère de Laurence de Ferrus, Méraude de Portes, mariée à François de Ferrus.
• Le tableau représentant saint François de Sales de l'église des Avenières Veyrins-Thuellin est daté du 18e siècle d'après la base Mistral du ministère de la Culture.
Une Ancêtre d'un de nos Préfets [Marc Joseph de Gratet Dubouchage qui fut préfet des Alpes-Maritimes de 1803 à 1814], par Georges Doublet, L'Éclaireur du dimanche et "La Vie pratique, Courrier des étrangers", 1928.
Un portrait inédit de saint François de Sales, par Hubert Morand, Semaine religieuse du Diocèse de Lyon, 1929.
Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, 1925.
Testament de Laurence de Ferrus demandant à être enterrée dans l'église du monastère de la visitation Sainte-Marie des « Trois Cloîtres » (monastère Sainte-Marie d'en-Bas fondé en 1647 et situé rue Très-Cloîtres à Grenoble).
Fondation du couvent de la Visitation d'Angers en 1635 par Marguerite de Clermont de Montoison femme de Pierre de Gratet et belle-fille de Laurence de Ferrus, AD44, 4E2/462. Transcriptions des actes notariés du 13 mai et 20 juin 1635 signés à Nantes sur le site d'Odile Halbert : Dame Marguerite de Clermont de Montoison, demeurante ordinairement en la ville de Grenoble, estant à présent logée en la paroisse de Saint Clément lez ceste ville de Nantes, laquelle a déclaré que long temps y a qu'elle désire establir et fonder un monastère pour pouvoir s'y retirer quand bon luy semblera en qualité de fondatrice....

Thuellin dans les années 1610

La région entre Saint-Genix, Granieu (Grangnieu) et Thuellin (Tuillin) dans les années 1610, le haut de la carte indique le sud
Carte de Dauphiné par Jean de Beins - BnF/Gallica - Cliquez pour agrandir
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