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Le Grand hiver de 1709 en Lyonnais, une année cruelle

Le Grand hiver de 1709 - Tableau du château des Sforza à Milan - Petit âge glaciaire

Tableau anonyme du XVIIIe siècle exposé au château des Sforza à Milan - Cliquez pour agrandir

Source : Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790 : Rhône. Série E supplément : Archives anciennes des communes. Rédigé par M. Georges Guigue (1902).

ALBIGNY (E. Suppl. 11, Tome I, p. 8/860)

F° 101 : « L'année du grand hivert, je pris possession de cette cure, le vint quatrième feuvrier mil sept cent neuf. Le blé ne valoit encore que sept livres, le pur froment et le vin dix, douse livres l'ânée, et rien de temps après le blé valut saise, dix neuf livres et enfin on ne trouvoit point de pain pour de l'argent, je fus un jour sans en pouvoir avoir, le bichet d'orge se vendit douse, quatorze, saise livres pour semer, c'est le seul grain qu'on recueillit au Mont d'Or. J'en eu quelque peu dans la dîme et je n'eu que trois benost de vendanges, tant dans la dîme que dans mes vignes. On vendoit le vin vint quatre livres et même quelques uns le vendirent trente livres. Dieu nous préserve de voir jamais pareille année. M. de Bose, trésorier de France, fit des grandes aumônes aux habitans de ce lieu, entre autre quinse ânées de saigle qui luy coûtèrent mille livres. Il les distribua aud. lieu, eut toute l'année des journaliers pour les empêcher de mourir de faim. Madame son épouse nourrit, pendant cette misère, quantité de pauvres femmes et d'orphelins. Toute la parroisse fut malade au mois d'aoust et de septembre, et un abé, homme distingué, tant par sa qualité que par sa piété, qui demeuroit aussi dans la maison de M. de Bose, n’épargna rien pour secourir mes pauvres habitans malades ; il leur donna beaucoup de remèdes qui estoient très bons, car il en mourut très peu. Cette rareté des grains feut grande jusqu'à la fin de cette année, cependant, par un effet de la Providence, au mois de mars de l'année mil sept cent dix, on commença à respirer, l'orge ne valoit que cinquante ou soixante solz. Viarlon, curé ».

AMPLEPUIS (E. Suppl. 20, p. 15/860)

F° 167 v° « Cette année 1709 l'hiver a été si rigoureux que homme vivant n'en avoit veu un semblable. Il est à remarquer qu'on avoit eu beaucoup de peine à faire les semailles, l'année dernière 1708, tant à cause des grandes pluyes qui firent pendant les mois de septembre et octobre, que de la gelée qui commença très forte sur le 20e dud. octobre et ne finit que 5 jours après la Toussaint ; après quoy, il fit 15 jours très beau, mais, le 23 novembre, la gelée recommança et dura trois semaines assez violente. Les fêtes de Noël, le jour de l'an furent bien les plus beaux jours qu'on aye vu pour le temps, les bleds promettoyent beaucoup, mais le jour des Rois, dimanche au soir, il s'éleva après la pluye une bize si rigoureuse que personne ne pouvoit résister, et pendant trois semaines, le froid augmentant de jour à autre, sans presque point de nège, la terre gela de 3 pieds de profondeur, les arbres fendent, ou ne trouve ni cave, ny boutique à couvert des rigueurs de l'hiver, toutes les manufactures cessent et ce qu'il y a de plus triste, non seulement les noyers, poiriers, vignes, etc. ont gelé, mais les bleds sont perdus et ne donnent pas seulement espérance de recouvrer la semence. Pour le froment, on en voit pas une plante ; la famine est par toute la France ; le bled seigle vaut onze à 12 l., au commencement avril ; les tramois pour semer hors de pris ; l'orge et bled noir valent douze livres le bichet et, si la divine Providence ne se fait ressentir, nous courons risque de voir périr les trois quarts des hommes. Si la santé et vie me permet, j'en marqueray les suittes. Ce 2 avril 1709. Chenaud, prêtre sociétaire et vicaire d'Amplepuis. Le seigle s'est vendu à Tarare, le 17 avril, 13 l. 5 s. On a semé quantité d'orges, avoine, seigles, tramois, bled noir et autres tramois, mais les pluyes excessives nous font beaucoup craindre. Le bled noir à semer s'est vendu jusqu'à vingt-quatre livres le bichet au mois de juin. Le seigle a valu quatorze livres au milieu de Juin. Nous enterrons au commencement juillet beaucoup de pauvres morts de faim, et surtout de jeunesse. On pille nuict et jour les fruicts de la terre aux mois d'aoust, septembre, octobre, avoines, orges, pomes, poires, etc. Les menus grains, orges et avoines sont très abondants. On ne fait presque par toute la France que du pain d'orge et d'avoine. L'orge vaut au commencement de novembre six à 7 livres ; l'avoine 30 à 40 solz. Le temps ne s'est jamais veu si beau en automne pour semer, mais on sème bien peu, faute de semens. Il faut noter que les trémois produisirent cette année-là au centuple. »

• Voir la photo du folio 167 v° du registre paroissial d'Amplepuis en 1709 (AD69)

BEAUJEU (E. Suppl. 93, p. 74/860)

F° 208, « La présante année 1709, le bled noir a valu 10 franc la mesure, l'orge 12 franc, le froment et le bleds se perdirent en terre, et il falloit estre attroupé de plusieurs hommes armés pour aller acheter le grain qui coutoient 8 à 9 franc le froment, et le seigle 7 francs ; l'avoine, jusqu'à la récolte, a valu jusqu'à 5 francs. Les vignes et les noyers gelèrent, de sorte qu'il n'y eût point de noix. Il y eut quelques peu de raisins qui furent mangés avant leurs maturité aussy bien que tout le fruit. L'on ensemença les terres de grains vieux qu'on semoit en lune vieille. Il y eut quantité d'orge et de sarrazins ».

BULLY (E. Suppl. 184, p. 134/860)

F° 58, « Remarque du temps qu'a fait pendant trois années 1707, 1708, 1709. L'hyver de l'année 1707 a esté plus doux, aussi bien que l'hyvers de l'année 1708 qu'on pourroit avoir à la fin des printemps les plus doux et agréables. Cepandant le printemps de l'année 1708, il a esté si rigoureux qu'il [a] duré jusqu'à la Saint-Jean, et, au mois d'Oust, la gresle a esté presque générale surtout sur les vignes, et on peut dire que l'hyvers a esté si violent qu'il a fait par quatre diverses fois ; mais le plus rude a commencé le 6 janvier, sur le soir, et a continué pendant dix-huit aussy violent que jamais il ne s'en est veu de semblable. Après ce gros froid, il y a eu huit jours de beau temps, le froid reprit et a duré pendant 10 jours, qui a esté la cause qu'il n'y a eu aucun bled hyverné et a tué ou fait mourir les vignes et tous les arbres, surtout ceux qui sont à fruit et particulièrement les noyers et arbres à noyaux. Il faut remarquer que beaucoup des arbres avaient poussés des jeunes branches et quand la sève a esté achevée leurs jets sont séchées et aussy les arbres morts. La geslée a esté si forte que tout ce qu'il y a eu de terre il a geslé à fond et même beaucoup de personnes et surtout les bestes ont geslé et en sont morts ; à peyne les grains de l'année 1708 n'ont pas peu suffire pour ensemencer les terres ».

CHAMBOST-ALLIÈRES (E. Suppl. 213, p. 147/860)

F° 50 v°, « La dure et misérable année 1709, le 6 janvier, à cinq heures du soir, il s'éleva une si violente bise, après trois jours de pluye consécutifs, laquelle souffla si froidement pendent quatre jours que généralement tous les bleds hivernaux furent rousis, aussy bien que les noyers qui n'ont pas poussé une feuille, de sorte que les grains ont esté à un prix si excessifs que le bled seigle s'est vendu toutte l'année dix et douze livres, mesure de Tyzy, le froment 14 et 13 livres, les tramois comme l'orge (pour semer dans les mois de mars et avril les fonds où les bleds hivernaux estoient perdus) a valu 12 liv. le bichet à lad. mesure de Tyzy. les febves 14 et 15 liv., le seigle tramois jusqu'à 17 liv., l'avoine 4 à 5 liv., et après la récolte de ces menus grains, l'orge a valu à Villefranche 4 à 5 liv. 10 s. toute l'année, l'avoine 25 à 30 sols, les pezettes 4 liv., les febves 5 liv., de sorte que la misère a esté si grande qu'il est mort plus d'un tier du monde ; on a trouvé plusieurs pauvres mort dans les chemins dans cette province, qui a esté la plus affligée de ce rigoureux hivers. Le Bourbonnois et l'Auvergne ont esté d'un grand secour dans ce pais, qui avoient cuilly beaucoup de bleds sur leurs montaignes, où la nege fust favorable qui conserva leur bleds. Le négoce des toiles, qui seul faisoit vivre le menus peuple de cette province a esté entièrement détruit par la dizette d'argent, de telle manière qu'on ne gagnoit pas le sols. D'ailleur les impôts ont esté extraordinaires, ce qui abimoit entièrement les pauvres gens de qui on faisoit vendre tous les effets, enfin je ne scaurois exprimer combien grande estoit la dizette de touttes choses nécessaire à la vie de l'homme, on a point cuillit de vin et cœux qui en avoient de vieux l'ont vandus 20 et 25 liv. l'ânée, le vin poussé 12 à 15 liv. J'ay ajouté icy pour remarque de cette misérable année à tout ce que j'ay escrit cy-dessus, le mandement de Mgr l'archevesque de Lyon pour l'usage de la viande pendent quelques jours du caresme de lad. année, où le curieux lecteur verra assez la vérité de ce que j'ay escrit cy-dessus. Fait ce 14° janvier mil sept cent dix. Sandrin, curé ».

CHASSAGNY (E. Suppl. 271, p. 178/860)

Ff° 111-113, « Il y avoit un siècle qu'on n'avoit pas vu un hyvert si long que celui de 1766 ; le froid approcha de beaucoup de celui de 1709. Celui de 1709 ne dura que 16 jours ; celui de 1766 dura trois mois. »

CHASSELAY (E. Suppl. 274, p. 189/860)

F° 89, « Ad perpetuam rei memoriam. Le 5° janvier de l'année 1709, veille des Roys, s'éleva sur le midy, après quelques jours de pluye, et souffla pendant plus de trois semaines, une bize si violente et si froide que les rivières gelèrent si profondément que les charrois y passoient dessus en sûreté. La gelée pénétra plus de trois pieds dans la terre et fit périr toutes les semences. Il y eût quelques jours de relâche et de dégel par la pluye, c'est ce qui fit le plus de mal, car la bize ayant recommencé plus fort qu'auparavant, il n'y eut plus d'espérance de récolte. La terre, sur la fin de mars et au commencement d'avril, parut toutte nue et découverte, comme s'il n’y eut eu jamais de blé semé. Le froid fût si violent que tous les noyers, à la réserve de quelques petits, moururent et aussy bien que la plus grande partie des arbres fruitiers, près de la moitié des vignes mourut aussy. Le blé monta à un prix excessif. On se vit à la veille d'une famine générale, par l'espérance qu'on avoit toujours que le blé repousseroit, fondée sur ce qu'on n'avoit jamais ouy dire ny lu dans aucune histoire que les blés gelassent et morussent en terre. On en étoit entêté de telle sorte dans les villes que l'intendant de Lyon fit publier une défense, à peine de la vie, de relabourer et resemer les terres. Mais aux mois d'avril et de may, voyant que les blés étoient véritablement péri dans la terre, les deffences furent levées et on se pressa de touttes parts de semer des orges, avoines, pesettes, seigles, trémoises, blés noirs, blés turquins, fèves, haricots, etc. et Dieu, (...) par les processions générales, les prières publiques, les jeûnes, les expositions du St-Sacrement, les confessions et communions qui furent ordonnées et faictes par tout le royaume, donna un temps si favorable et si propre pour faire sortir et meurir les menus grains, que leur abondance généralle sauva les hommes et les animaux d’une mort inévitable. Plusieurs cependant périrent de faim et de froid ; les oiseaux tomboient mort par la rigueur du froid et il tua plusieurs bestiaux dans les étables. Le pain fut à Lyon cependant, par les soins des magistrats, à un prix au-dessous de celuy du blé, le froment ayant valu jusques 20 fr. le bichet, et le seigle jusqu'à 16 ; l'orge jusqu'à 15 ; le blé noir jusqu'à 13 ; l'avoine jusqu'à 5 ; les poids jusqu'à 10 ; les lentilles jusqu'à 12 ; les fèves jusqu'à 14 ; les pesettes jusqu'à 17 ; la douzaine des œufs jusqu'à 30 sols ».

• Voir la photo du folio 89 du registre paroissial de Chasselay en 1709 (AD69)

DOMMARTIN (E. Suppl. 422, p. 285/860)

F° 71 v°, « Pour mémoire des tems avenirs. L'hyver de l'année 1709 fut si doux que personne n'avoit encore pris ses chemiselles jusqu'au 6° janvier 1709 qu'il fit un beau soleil, jusqu'à environ les quatre heures du soir qu'il se leva une bise si cruelle et si froide que, dans cette nuit, la Saône charria et le lendemain elle fut prise de part et d'autre. Ce froid si piquant dura dix-sept jours, pendant lequel tems on ne mangea que du pain gelé, Ie vin geloit dans les tonneaux. Tous les essemens de froment et de seigle furent esteints dans la terre et le prix du froment alla dans cette saison jusqu'à 18 l. et le seigle à 14. Les noyers moururent tous, les chesnes blancs ; il ne resta rien dans les jardins, mesme à Lyon, qui ne fut tout morts ; les oliviers en Provence moururent aussy tous. Toutes les vignes vieilles moururent ; il n'y eut que les jeunes qui se deffendirent un peu, encore pas une ne poussa par la pouaison, mais toute par la pense, plusieurs moururent de desitte, et, ce que j'ay veu de mes yeux, les chiens se sont mangés les uns et les autres. Dieu nous deffende de voir une pareille saison, et vous qui lisés ce mémoire, prié Dieu pour le repos de mon âme. Fait à Dommartin par moy, curé dudit lieu, ce 24 juillet 1709. Delafosse, curé. Je mettray dans le tems le prix du vin, il va de ça aujourd'huy à 20 l. ; tous les noyers moururent. Encor aujourd'huy que j'écris, personne n'a encor travaillé dans les vignes ; à présent l'on veut avoir jusqu'à 30 l. de l'asnée de vin lionnoise ».

GIVORS (E. Suppl. 487, p. 321/860)

F° 54, 1709, « Gelée généralle et mortelle, suivie d'une cherté inouye, le serrazin 13 l., le froment 20 l. le bichet, et l'ânée du vin 30 l. ».

HAUTE-RIVOIRE (E. Suppl. 535, p. 355/860)

F° 102 v°, « En l'année mil sept cent neuf, l'on mangea de la viande dans ce diocèse, pendant le carême, par une permission expresse de illustrissime messire Claude de St-George, lors archevêque de Lyon, un des plus sçavans homme qui ait vécu dans le sixième siècle (sic), à cause du grand froid qu'il avoit fait pendant l'hiver, qui avoit tué une partie des poissons, et ce qui est plus extraordinaire tous les blés hivernaux ; on ne recueillit presque dans toute la France que des trémois qui feurent, par un miracle de la divine Providence, très abondants. Le peuple étoit dans la dernière consternation ; la ville de Lyon même étoit désolée. Les greniers de l'abondance manquèrent, sans la province de l'Auvergne d'où l'on tiroit le blé, l'on seroit mort de faim. La mesure d'Hauterivoire qui est celle de Virignieu valoit six livres le saigle et l'on ne pouvoit en trouver. Dieu veuille nous donner toujours sa sainte grâce, nous devons le prier de nous préserver de pareil malheur ».

JULIÉNAS (E. Suppl. 559, p. 370/860)

Ff. 106-115, nombreux décès de mai 1709 à mai 1710.

LAMURE (E. Suppl. 582, p.385/860)

F° 51 v°, Enterrement d'une femme « âgée d'environ cent et dix ans (110 ans), selon le témoignage de plusieurs anciens agés de quatre-vingt et dix ans, qui certifient l'avoir veu toujours grande...., laquelle a demeuré près de trois jours à l'agonie, ayant toujours eue bonne connoissance et libre de son corps, jusque à ce qu'elle est morte faute de nourriture », 17 juin 1709.

F° 58 v°, Enterremment d' « Estiennette Lafont du Bergier, laquelle est morte de la faim », 16 février 1710.

LARAJASSE (E. Suppl. 597, p. 391/860)

F° 92 v°, « Le treizième jour février 1709, le carême commençant, la permission extraordinaire de manger de viande pendant les jours de dimanche, lundy, mardy et judy du carême, jusques au dimanche des Ramaux exclusive, a esté accordée par Monseigneur l'archevêque de Lyon, à cause de la grande disette, le jeûne observé ».

LIMAS (E. Suppl. 624, p. 408/860)

F° 70 v°, « Nota que le 22 du mois d'aoust 1708, environ sur les huict heures du soir, il tomba une gresle d'une grosseur extraordinaire l'espace environ d'une heure ; elle fût presque universelle. Elle ne laissa rien du tout dans la paroisse de Limas. Heureusement le bled étoit cueilli ; la dixme du vin fut abandonnée. La récolte du bled fut si modique que ce fut une petite famine ; le bled valut 5 1. le bichet le 4 de février 1709. L'hyver fut si violent et commença le lendemain des rois, par une bize si extraordinaire que nul n'at jamais veu une semblable. La Saône et le Rosne furent glacés dans ce mesme jour, et d'une glace d'une épaisseur de 26 pouces, les charettes ont passé sur le Rosne. Ce grand froit dura quinze jours avec tant de violance que plusieurs moururent en chemin. Les bords de la mer de Marseille glacèrent plus de 40 pas de loing. Le quinze du mois d'avril suivant, le bled valut 60 l. la neuvaine. L'on espérât jusqu'à ce jour du 15 avril, que les bleds que l'on avoit semé avant l'hyver paroistroient ; l'on fit même des deffenses de relabourrer ces terres où l'on espéroit les bleds. Mais le 15 avril étant passé, l'on resema toutes les terres avec orge, pezette et avoine et autre légume. L'orge valut le bichet, lorsqu'il fallut le semer, le bichet quatorze livres ; la pezette valut autant, et l'avoine quatre livres le bichet. La miséricorde de Dieu parut visiblement dans la récolte des menus grains, car elle fut si abondante que chaque mesure de grain que l'on semat en produisit quarante bichet, en telle sorte que cette année de menus grains fut plus vive et plus abondante que si la récolte n'avoit point gelé ».

F° 73, « Tel jour qu'aujourdhuy (24 mai 1709), le gros pain, la livre valoit quatre sous, le pain blanc valoit six sous ; le seigle valoit douze livres le bichet ; le fromant valoit quatorze livres le bichet ; l'orge quatorze livres le bichet. Le bichet de pezette et aricot valoit autant ; le bichet d'avoine 4 l. ; le bichet de bled noir valoit 12 l. Il ne se cueillit aucun grain de bled, de seigle, ny de fromant, presque dans tout le royaume, à l'exception de quelques coing de terre dans les hautes montagnes, qui se trouvèrent couvertes de nèges et à l'abri d'une épouvantable bize qui arriva le lendemain des Roy, qui causa une si grande gelée, qui durat tout le mois de janvier sans diminuer, que tous les bleds gelèrent, et puis les noyer et toutes les vignes. La disette du pain fut si grande que les pauvres ne vescurent le mois d'avril et de may que d'herbes de pré, sçavoir de chicoré sauvage, sarcifis sauvage, salette et feuilles de rayon, cependant jusqu'à présent, peu de morts, ny de malades. Le jour de St-Médard, 8° de juin, il plut extraordinairement, à six heures du soir, le lendemain jour de dimanche fût beau jusqu'à minuit, où la pluye recommença avec tant de vigueur jusqu'au lendemain, jusqu'à midy, que la rivière de Morgon entra un pied et demy d'hauteur dans l'église de Notre-Dame des Marès et dans l'église des pères Cordeliers, et mesmes dans la grande salle des malades de l'Hôtel-Dieu ; elle ouvrit tous les tombeau de l'église parroissiale et des Cordelliers ; elle laissa une infection si grande que l'on cessa de faire l'office pendant l'espace de trois mois dans l'église parroissiale ; l'office se faisoit à la chapelle des Pénitens Blancs. Cette famine et ce déluge furent suivis d'une grande mortalité de gens et presque tous les plus riches ; ce mal fut inconnu à tout les médecins ; ceux qui n'usoient d'aucun remède guérissoient, et tous ceux qui en usoient périssoient ou restoient très longtemps malades. L'on appeloit ce mal une fièvre pourprée, qui commançoit par des grands maux de teste ».

LONGES (E. Suppl. 650, p. 423/860)

F° 112 v°, « Il y a eu cette année (1708), 20 baptêmes de garçons, 29 de filles, en tout 49 ; 12 mariages, 32 enterrements de paroissiens et 13 d'enfants de nourrices ou d'étrangers ». — F° 125 v°, « Il y a eu cette année 1709, dans la parroisse, 17 baptêmes de garçons, 15 de filles, en tout 32 ; 2 mariages ; 36 enterrements de paroissiens et 29 d'enfants de nourrices ou d'étrangers ». — F° 134, « Il y a eu cette année (1710), dans la paroisse, 9 baptêmes de garçons, 10 de filles, en tout 19 ; 3 mariages ; 27 enterrements de paroissiens et 24 d'enfants de nourrices ou d'étrangers ». — F° 146, « Il y a eu cette année (1711), dans la paroisse, 17 baptêmes de garçons, 23 de filles, en tout 40 ; 6 mariages ; 16 enterrements de paroissiens et 11 d'enfants de nourrices ou d'étrangers ».

MARDORE (E. Suppl. 682, Tome II, p. 13/860)

F° 161 v°, « Le présent registre de mil sept cent et sept servira pour l'année mil sept cent et neuf, les précédents ayant estez remplis et ayant estez plus que suffisants pour touts les actes, soient baptesme, mortuaire et mariage, il servira donc pour l'année mil sept cent neuf (1709), qui se nomme année cruelle, à raison d'un autre année qui avoit précédée, en mil six cent nonnante-trois (1693), qui fust nommée la meschante année, où le blez valloit huict livres et le seigle six et sept livres, ainsy à proportions des autres grains. Cette mesme année il mourut quantitée de peuples de la faim s'estant servis pour nourriture de meschantes herbes dans les prez et de la fougière pour faire du pain. Cette famine commença depuis la récolte mil six cent nonnante-deux jusqu'à la récolte de mil six cent nonnante-trois, où la récolte fust fort abondante en tout ; mais pour l'année mil sept cent neuf, elle commença en mil sept cent et huit par la récolte peux abondante. Le blez en cette année mil sept cent et huit ne valoit que quinze sols la mesure, de mesme l'on ne voit pas qui en voulut achepter. Les pauvres ne vouloient aucunement du pain ; ils ne vouloient que quelque argent. La récolte ramassée, le blez commença à enchérir peux à peux, à raison de la rigueur d'un hiver où l'on en verra jamais un pire, tellement méchant qu'il jetta touts les blez en terre et une partie des vignes, tellement que le blez estoit d'un si haut prix que l'on en sçauroit trouver pour de l'argent et c'est dans plusieurs provainces et mesme dans tout le royaume. Au commencement du mois de may, l'on a esté contrainct labourer les terres ensemensiez de l'année mil sept cent et huict, pour y semer orge, blez noir, avoines et autres grains tramois n'y estant restez aucuns des hivernaux. La misère de toute part, le vol de toutte choses sur les grands chemins, soit de nuit, soit de jour, soit du gros bestail, soit autres choses. Pour ensemenser lesdites terres, l'on changoit une mesure blez noir contre une mesure comble froment, l'orge de mesme, les brechalles autrement pesette nœuf et dix livres, le blez noir huict et nœuf livres, l'orge de mesme, il ne s'en trouvoit ny pour argent ny autrement. L'on changoit en plusieurs endroits une mesure de ses menus grains en une asnée de vin qui valloit dix livres l'asnée, encore n'en trouvoit on pas. Point de récolte aparente des blez hivernaux pour faire subsister l’homme. Le présent a esté escript par le soubsigné curé dud. Mardore, le premier may mil sept cent et neuf. Les vignes qui avoient apparence n'ont rien rapportez, l'on ne trouve pas du vin pour de l'argent, quoy qu'il y en aye en quantitté des années précédentes, vingt-cinq livres l'asnée. Point de commerce de toilles dans nos cartiers, beaucoup de maladie de tous cotté, et mortalitée, point d'argent, continuation des guerre depuis 22 ans des gens ? se meurent ? de tous cottes, solidittée ? pour la taille en toutte les paroisse qui ne peuvent payer. . . pour ce sujet fort peu de blez, à semer, ainsy à cullir pour l'année 1710. Trambouze, ce 15 octobre 1709. »

• Voir la photo du folio 161 v° du registre paroissial de Mardore en 1709 (AD69)

MONSOLS (E. Suppl. 713, p. 30/860)

F° 28 v°, Gens trouvés morts de misère, 12 juin 1709.

MONTROTTIER (E. Suppl. 729, p. 43/860)

Ff 123 v° à 129, mentions de décès causés par la faim et de morts subites, 1709.

POULE (E. Suppl. 817, p. 114/860)

F° 89, « Depuis le 1er janvier 1709 jusqu'au dernier janvier 1710, nous avons ensépulturé, à cause de la famine et fièvres malignes, syavoir des grands, cent trente ; petits, cent septante six ; total, trois cens six, ce que nous certifions. Bois, curé ».

QUINCIEUX (E. Suppl. 836, p. 125/860)

Ff. 95-103, 1709, 40 enterrements, 14 baptêmes, 2 mariages.

SAINT-APPOLINAIRE (E. Suppl. 880, p. 150/860)

F° 65, « En 1709, les denrées furent si chères à cause du grand froit, dont la rigueur avoit faict mourir non seulement les blés, mais une partie des arbres, surtout des noyers, que blé noir ou sarasin se vendit dix-sept francs le bichet, mesure de Valsonne. Juge des autres. Dieu nous garde d'un pareil tems ».

SAINT-CLÉMENT-DE-VALSONNE ou SOUS-VALSONNE (E. Suppl. 897, p. 160/860)

F° 174, « Cette année (1709) a esté si m... pour le pauvre peuple que le bled a vallu le bichet ... sols jusqu'au mois de mars, et disette de toutes choses causé par le froid et gelée. Le jeudy saint le bichet du sègle a coûté 12 l. et a continue... ce prix. Tous les noyers sont mort cet hyver par tout. Au mois de juin le seigle a coûté 13 l., le froment 18 l., le peuple mourant de faim ne mangeant que d'herbe... Il n'y a tout point de vin et l'âné s'est vendu 30 l. Au mois de novembre et décembre on a mangé du pain de glands?, toute l'année du pain de fougière ».

SAINT-CYR-AU-MONT-D’OR (E. Suppl. 908, p. 165/860)

1709, « Morts subites ».

SAINT-JEAN-LA-BUSSIÈRE (E. Suppl. 1015, p. 249/860)

F° 170, « L'année cy-devant mil sept cent neuf (1709) est une des plus fatale des années de plusieurs siècles, ayant fait un hiver le plus rigoureux qui se puisse, plusieurs étant mort par le froid au milieu des chemins et ailleurs ; hiver si grand qu'il n'a point laissé presque des grains hivernaux, comme froment et seigle, n'ayant eut que trente bichet de toute la dixme de seigle et environs une mesure de froment, en tout le dixme de la cure, ce qui causat une si grande chertance que le froment a valut jusques à dix-sept livres le bichet, et le seigle treize livres dix sols, l'orge quatorze livres le bichet, le bled noir quinze et seize livres le bichet. L'avoine quatre livres dix sols le ras, à cause des essemens, un chacun taschant de semer quelques tramois pour subsister, n'ayant point d'espérance à l'autre récolte. Les légumes ont valu à proportion. Il faut adjouter à toutes ses calamités une fièvre maligne qui a régné l'esté et l'hiver même, ce qui a causé une mortalité très grande, ayant enterré sept vingt personnes dans le cour de l'année plusieur maisons sont demeurés vuides, la mort ayant tout enlevé, petits et grands ».

Dictionnaire :

Blé turquin : Blé de Turquie. Bleu turquin, bleu foncé.
Brechalle, bréchaille : Nom inconnu.
Pesette : Vesce d'hiver.
Ravon et salette : Noms inconnus.
sarcifis : Salsifis ?
Tramois ou trémois : Céréales semées en mars et arrivant à maturité au bout de trois mois, avoine, orge (CNRTL).

Complément : L’hiver 1709 et ses conséquences, récit du curé de Colombier-en-Brionnais (71).

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