gif

Aldo Ferrari (1922-2022), dernier résistant du maquis de Chauffailles

Aldo Ferrari en 1945

C'est au volant de ce Dodge qu'Aldo Ferrari (troisième à droite) a participé au défilé du 18 juin 1945 à Paris - Cliquez pour agrandir

Aldo Ferrari, dernier résistant du maquis de Chauffailles, s’est éteint lundi à quelques mois de son centième anniversaire.

Aldo Ferrari est décédé à Briennon à la veille de ses cent ans, lundi 31 janvier. Il était le dernier résistant du maquis de Chauffailles. Avec sa disparition, c’est tout un pan de l’histoire du Brionnais qui s’en va. Mais sa mémoire restera car il avait depuis des années échangé avec des jeunes du lycée Jérémie-de-la Rue à Charlieu et il avait même été filmé à plusieurs reprises. Aldo Ferrari était né le 26 juillet 1922 à Pieve di Zignago dans la province italienne de Ligurie. Ses parents étaient venus en France en 1924 pour que son père, qui s’était engagé auprès des Français durant la Première Guerre mondiale, puisse travailler dans une carrière de pierre à Saint-Igny-de-Roche. Aldo fera sa scolarité à Chauffailles jusqu’au certificat d’études puis enchaînera plusieurs métiers jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Caché pendant plus d’un an

En 1943, il part se cacher pour éviter le STO (Service du travail obligatoire). En tant que réfractaire, « il fallait que je me cache et je suis allé voir mon oncle Émile Coste qui était l’un des fondateurs du maquis de Chauffailles. Mais je ne pouvais pas rejoindre le maquis car il n’y avait pas assez d’armes et de nourriture pour tout le monde. Mon oncle m’a demandé de me cacher en attendant. Je suis d’abord allé aux forges de La Clayette, puis à Ligny en Brionnais et à Saint-Julien-de-Jonzy où Madame Raquin m’a caché avec un Espagnol pendant plus d’un an » se remémorait-il, il y a quelques mois, insistant : « On attendait qu’une chose, rejoindre le maquis pour libérer la France ».

Il participe à la libération de Montceau-les-Mines, le 6 septembre 1944

Il réussit enfin à rejoindre le maquis de Chauffailles. Il est alors surnommé Tino et son frère Bartali en référence au cycliste italien. « J’ai ensuite participé à la libération de Montceau-les-Mines, le 6 septembre 1944. Après cela, je me suis engagé dans la Première Division française libre avec Henri Girard, dit « Abel » de Charlieu. Après Dijon, nous sommes remontés vers les Vosges avec la bataille de Colmar, puis la poche de Royan, ainsi que les Alpes italiennes vers Barcelonnette. Enfin, je conduisais une Dodge lors du défilé du 18 juin 1945 à Paris. Il deviendra même un temps le chauffeur du général de Gaulle. Une fois démobilisé, le 25 octobre 1945, il revient à Saint-Maurice-lès-Châteauneuf où il travaillera comme chauffeur dans une carrière d’argile jusqu’à sa retraite en 1982. Aldo Ferrari a eu un fils, Patrice, avec sa femme Noëlle avec laquelle il a vécu « 70 ans de bonheur. » Il laisse aussi deux petits-enfants et deux arrière-petits-enfants.

Sa rencontre avec le général de Gaulle

« Un peu avant le défilé du 18 juin 1945, je passe dans un hôpital parisien avec le capitaine Gilbert. Nous croisons le général de Gaulle et nous nous saluons en nous serrant la main, comme si c’était un collègue, pas du tout hautain. Et le soir même, nous nous recroisons et je lui tends la main de nouveau. Là il m’arrête et me dit : “ Nous nous sommes déjà vus ce matin non ? ” Il avait une mémoire visuelle extraordinaire. C’était un gars très simple », souriait-il, en jurant « rester gaulliste jusqu’à sa mort. » Après la crise sanitaire, il espérait « revivre des jours heureux. Je souhaite aussi que la société change. Qu’on reprenne des réformes du Conseil national de la Résistance. »

Article rédigé par Guillaume Descave (CLP), Le JSL 02.02.2022

Aldo Ferrari mémoire d'une époque

Aldo Ferrari était la mémoire d'une époque dont il a été le dernier témoin - Cliquez pour agrandir
gif